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 Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}

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Ryû Haru
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MessageSujet: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Dim 23 Jan - 18:39

    Le retour dans ma cabine se marqua par le passage d’une ombre sur le mur des couloirs. Je gardais mes yeux clos, à la fois excité et terrifié par l’accomplissement de mon souhait. J’arrivais dans mon petit chez moi, et aussitôt je filais dans ma petite salle de bains pour aller me rincer le visage. J’attrapais une serviette, me séchais, pour enfin prendre la direction de mon lit. Je m’asseyais calmement, cherchant à maintenir paix et concentration dans mon esprit, mais c’était impossible.

    Je baissais ma tête pour la diriger vers mes mains posées sur mes jambes. J’appréhendais … Mes mains, à quoi pouvaient-elles bien ressembler aujourd’hui ? Cela faisait si longtemps que j’étais aveugle que j’en avais oublié certains traits de mon apparence. Poussé par une voix me disant « Tout ira bien, ouvre tes yeux Haru. », je réussissais à trouver le courage de bouger mes paupières. A peine cet acte avait commencé qu’un rayon de lumière me perçait la rétine. Je finissais d’ouvrir mes paupières et je découvrais par magie mes mains. Chaque petit détail, je le percevais, je le voyais. C’était drôle, je pensais pleurer à cet instant, et non, un simple sourire était présent sur mes lèvres.

    Je me redressais et je filais me voir à travers le miroir accroché au dessus du lavabo. Je m’approchais sensiblement pour revoir la couleur noisette ornée mes yeux. Après des années à vivre dans le noir, le monde me paraissait étrange, et si beau à la fois. Je revenais dans ma chambre et vis le tableau que j’avais demandé à Hui Ying de me décrire, grand dieu qu’il était moche ! J’explosais de rires tout seul dans ma cabine, elle avait été bien aimable d’avoir essayé de me le cacher. Sans tarder, je le décrochais et je le posais par terre.

      - « Je te rangerai dans la cale de la Nef demain. »


    Maintenant, qu’allais-je faire ? La dure réalité s’abattait sur moi, mon temps était compté, je devais profiter de mes yeux. Plusieurs choses me vinrent rapidement, je voulais regarder des films, voir à quoi ressemblait ce fichu Kurogane, peindre peut-être, aller rendre visite à chaque échoué pour voir leur visage, et choisir un nouveau tableau pour ma cabine ... Tant de choses me venaient à l’esprit.

    Je rassemblais quelques affaires avant de repartir, j’en profitais pour reposer mon sabre sur la commode en le saluant dignement. Cela aussi, c’était très plaisant, je pouvais à nouveau admirer toute l’esthétique de mon katana. Sur le point de partir, ma main buta sur ma montre en se faufilant dans la poche de mon pantalon

      - * Depuis combien de temps n’ais je pas regardé quelle heure il était ? *


    C’était idiot au fond, sur la Nef le temps était stoppé. Cependant, j’attrapais ma montre à gousse, je l’ouvrais. A chaque fois, je relisais ce qui était gravé à l’intérieur : Pour que tu n’oublies jamais, qu’à chaque minute je pense à toi. Ta femme qui t’aime. Catherine. Cette montre en argent et gravé de superbes motifs m’avait été offert par ma regrettée Catherine le jour de notre mariage. C’était magnifique de pouvoir relire ces quelques mots. Mais l’instant d’après, je m’apercevais de quelque chose de particulier. J’entendais le cliquetis des aiguilles, mes yeux se baissaient un peu plus bas, et par je-ne-sais quel miracle, ma montre fonctionnait. C’était impossible ! Depuis mon arrivée ma montre ne fonctionnait plus, j’en étais persuadé. Et je n’étais pas au bout de mes surprises.

    La porte de ma cabine était entre-ouverte, j’allais partir, figé devant ma commode en contemplant ma montre, un parfum vint me stimuler l’odorat. J’avais beau avoir retrouvé la vue, la sensibilité de mes autres sens n’avait pas disparu. Quand je sentis cette odeur, la montre s’échappa de mes mains et vint heurter violemment le sol, car ce parfum, je le connaissais bien, très bien même. Des bruits de pas se faisaient entendre, quelqu’un approchait, et s’arrêta devant ma porte. L’odeur exquise qu’émanait cette personne était tout simplement invraisemblable, surréaliste. Je reconnaissais la majorité de mon entourage par le parfum de leur corps, et le rythme de leur pas. Sauf qu’à cet instant précis, ce parfum et ce pas n’appartenaient qu’à une seule personne en ma connaissance. Et cette personne n’était qu’autre que ma femme, Catherine.
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Anton Halvor

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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Dim 23 Jan - 23:50


    Chaleur. Elle avait chaud, terriblement chaud. Mais froid, également. Elle sentait son corps, enveloppé d'une chaleur glaciale, d'une fraîcheur brûlante. Un engourdissement la prenait, la couvrait, la couvait. Du bout des doigts jusqu'aux épaules. Tout était lourd, même sa tête. Comme après un long séjour dans un glacier. D'abord, l'incompréhension. Elle était interdite, ainsi allongée. Que faisait-elle là ? Où était-elle ?

    C'était venu doucement. Comme si on la tirait de son néant, qu'on la secouait dans son rien. D'une caresse légère, le contact devenait violent. On ne cherchait plus à la ménager, l'amener tout doucement à reprendre quelque chose qui lui avait depuis longtemps échappé. Non, on la brusquait, on la rudoyait, on la dépêchait. A peine éveillée, à peine enlevée à ce non-être, on la lançait, tête la première, dans un endroit qu'elle était sûre d'avoir oublié. La vie. Elle redécouvrait son corps. Lourd, lourd et lent. Déshabituée qu'elle était, à se sentir. Elle sentait, vaguement, ses yeux qui bougeaient sous les paupières, les fourmillements au bout de ses doigts.

    Mais surtout, surtout, un bruit habituel, un bruit anodin, le tambour régulier de son coeur.

    Chanson éternelle, violente ou douce, apaisante, jamais peuplée de silences. Oui, elle était vivante. Du moins, ça s'y apparentait férocement. Aurait-elle pu oser espérer ? En avait-elle le droit ? N'était-elle pas morte, partie ? N'avait-elle pas laissé derrière elle la Terre, la vie, son métier, sa maison ? Et en plus, en plus, n'avait-elle pas laissé son mari ? Son bien-aimé. Si, si. Toujours ainsi étendue, incapable encore de se mouvoir, elle se souvenait. Elle le revoyait, paniqué, mourir de peur presque, alors qu'elle le rassurait calmement. Mais au fond, elle aussi, elle avait peur, non ? Il faisait chaud. C'était l'été. Les traits de son visage se froissèrent, que de souvenirs désagréables. Elle venait à peine de naître, que déjà elle s'assombrissait l'avenir.

    Aller de l'avant. Il y avait forcément une raison. Elle n'était pas ainsi revenue à la vie par hasard. Alors elle devait forcer, forcer un peu ses membres, et découvrir pour quels desseins on l'avait tirée du sommeil éternel. Elle tenta d'abord de plier les doigts. Elle était déshabituée à ça, sentir les articulations craquer. Saurait-elle marcher, parler ? Oui, elle s'en sentait capable. Après les doigts, le bras. Quelques tiraillements dans les muscles, mais ça repartirait vite. Elle n'avait pas oublié. Elle n'avait rien perdu de tout ça.

    Après quelques efforts, elle se trouvait debout, appuyée contre un mur. Vacillante, un peu. Voilà un lieu bien étrange. Jamais de son vivant elle n'avait vu un tel endroit. Elle en était persuadée. Peut-être n'était-elle qu'arrivée à sa destination finale. Le Paradis ou l'Enfer ? Non, elle n'avait pas envie de penser à ça. Elle n'avait pas envie de penser. C'aurait été douloureux, de se dire qu'elle allait devoir consumer sa vie retrouvée seule, sans Lui. A cette idée, elle put confirmer qu'elle était vivante. Son ventre s'était noué, à la manière d'un étau, sous l'angoisse de la solitude.

    Mal assurée, elle fit quelques pas. Où aller ? Tout droit. Elle verrait bien, là où elle atterrirait. De prime abord, elle s'appuyait au mur, pour s'assurer l'équilibre. Mais bien vite, elle n'en eut plus besoin. C'était comme si jamais elle n'avait perdu son corps. Comme si elle venait simplement de se lever, au lendemain d'une journée banale et heureuse, encore alanguie de somnolence, un peu léthargique, peut-être.

    Mais elle n'osait pas être heureuse. Elle ne pensait qu'à une seule chose : Retrouver Haru. Où qu'il puisse être, elle le retrouverait. Son souvenir était précis, imprimé dans les moindres détails, peinture éternelle.

    Puis juste là, sur sa gauche, une porte entrebâillée, un bruit de choc au sol. Et elle voulut savoir, inconsciemment, ce que c'était. Comme un appel, cette entrée lui attirait l'oeil. Il fallait qu'elle entre, qu'elle sache. Elle s'était arrêtée devant, quelques instants, avant de frapper. Très légèrement, à peine. Persuadée qu'elle était que la pièce était vide. Qui pouvait bien se trouver là ? Du bout des doigts, elle poussa la porte pour regarder à l'intérieur.


    Utopie.

    Non, non, non ! Elle s'appuya contre le chambranle de la porte, manquant de s'écrouler. La mélodie de son coeur allait crescendo, une armée qui marchait au pas, désordonnée. Une mélodie erronée, où les temps se chevauchaient et les silences se prolongeaient. Une cacophonie de chair, une aubade emportée. Cette silhouette, cet homme... Non. Ca n'était pas possible, si ? Que faisait-il ici ? Avait-elle le droit d'y croire ?

    Elle avait entrouvert la bouche pour dire quelque chose, mais le souffle lui manqua, et elle resta ainsi, prostrée devant lui, appuyée contre la porte pour rester debout.

    Effusion de joie. Elle ne voulait plus se poser de questions. Profiter, profiter tant qu'elle le pouvait. Qu'importaient les raisons et le lieu, il était là ! Devant elle ! Lui-même ! A portée de ses doigts. Lui qui avait été si loin, si loin ! Pour vérifier son authenticité, elle tendit le bras, et alla effleurer sa joue. Il ne s'était pas désintégré, n'était pas tombé en poussière, n'avait pas disparu, révélant la supercherie de son esprit.

    Une larme roula le long de sa joue, caressa ses lèvres étirées d'un sourire, pour glisser dans son cou. Frisson d'euphorie. Peut-être qu'elle n'avait pas réalisé, peut-être qu'elle n'y croyait pas vraiment. Mais elle était heureuse. Comme jamais elle n'avait pu l'être. Rien que sa main, sur Sa joue, et elle le contemplait, elle l'admirait. Toutes questions étaient superflues.

    Tout ce qu'elle parvint à faire, ce fut d'articuler, difficilement, avec espoir :

    - Haru... ?

    Ce prénom aimé, chéri. Etait-ce un rêve ? Étaient-ils morts tous les deux ? Des questions qu'elle chassait vivement, à la manière d'un mauvais rêve. Instant présent avant tout, oui.
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Ryû Haru
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Lun 24 Jan - 21:12

    Le son qui parvint jusqu’à mes oreilles avait, semble t-il, traversé la vallée des morts. Je n’osais porter le regard sur la personne qui venait de rentrer dans ma cabine. Ce n’était pas possible, ce ne pouvait pas être Elle. Avec la courte distance qui nous séparait, mon odorat était inondé de son parfum et quand j’entendis mon prénom être prononcé si gracieusement entre ses lèvres j’eus un pincement au cœur.

      - Non … Tu … tu es …

    Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase que son bras se tendit pour porter sa main sur ma joue. J’eus le sentiment que cette caresse s'enfonçait jusqu'à mes os, provoquant un picotement électrique qui secoua ma moelle épinière et frémit au fond de mon ventre. A peine cet effleurement s’en était allé que ma main bougea toute seule et alla aussitôt retrouver la main qui venait de me caresser. Je sortais enfin de mon inertie.

    Mes yeux pivotèrent enfin vers Elle. La première chose que je vis était cette robe d’hôpital blanche qu’elle portait depuis sa maladie, cette vue me glaça le sang. Je remontais pour retrouver les courbes de sa silhouette, et quand enfin je vis son visage, plus aucun son ne parvenait à sortir de ma bouche. J’étais abasourdi, je croyais rêver … Elle était si belle. J’étais persuadé de n’avoir jamais oublié le moindre détail de son visage, mais je me trompais. La vision que j’eus d’Elle était si pure. Mes jambes me lâchèrent d’un coup, je tombais au sol mes yeux inondés de larmes. Elle s’agenouilla près de moi, et je la pris soudainement dans mes bras.

    Mes mains, qui venaient de glisser sur son dos, touchaient à nouveau son corps. Je sentais sa chaleur contre moi, et même pénétrer en moi. Mon visage avait trouvé refuge au creux de son cou, je sentais sa peau contre moi. J’attrapais une mèche de ses cheveux pour sentir leur douceur et leur parfum. Cette odeur irrésistible et enivrante inondait mon cœur comme si un fleuve tout entier se déversait à l’intérieur. Je glissais mes lèvres près de son oreille et lui susurrais.

      - Suis-je en train de rêver ? Dis-moi que tu es vraiment là …

    Mon esprit était totalement perdu, même si cela n’avait aucune importance. J’aurais été plongé dans la plus fantastique création d’un illusionniste, je lui aurais demandé de ne jamais s’arrêter. Je serais devenu complètement fou de chagrin, je n’aurais jamais voulu guérir. Car elle était là, près de moi. J’avais décidément bien changé, elle m’avait transformé. En tout bon japonais que j’étais, j’avais eu une profonde réserve de sentiments dans les premières années de ma vie. On se voulait discret et pur dans ma famille, mais Elle, qui était française, c’était de l’expressivité à l’état brut. Et j’adorais cela, et j’aimais tellement cela que j’étais devenu aussi expressif qu’Elle, tout du moins en sa présence.

      - J’ai tellement imaginé et rêvé de cet instant. Je me demandais ce que je te dirais si un jour je te revoyais. Maintenant, nous sommes là, et je ne sais pas quoi dire …

    Je me sentais profondément décevant, j’avais honte de ne pas pouvoir lui dire tout ce que j’aurais aimé lui déclarer encore : je t’aime, chaque matin je pense à toi, chaque journée je le vis pour toi, le monde me semble vide sans toi, je suis seul dans l’immensité de la foule, je suis tellement désolé de n’avoir pas su te garder auprès de moi … Tu me manques … Tu me manques affreusement comme si le Soleil s’était à jamais couché dans mon univers.
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Anton Halvor

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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Lun 24 Jan - 23:33

    Souffle d'extase. Crépitement d'ivresse. Débordement d'émotion. Elle croyait défaillir, à chaque seconde. Secondes éternelles et trop courtes. Qui lui couraient entre les doigts tout en se prélassant autour de ses jambes. Son coeur frappait jusque dans ses oreilles. Bouillonnement confus, effervescence de bruit, désagréables, qui crissaient, qui grinçaient, sifflaient. Les battements cardiaques, mélodie sans paroles. Rien d'autre, elle n'entendait rien d'autre. Rien que le souffle d'un vent inventé, le bruissement des feuilles des arbres oubliées.

    Essoufflée, soufflée. Il avait posé sa main sur la sienne. Une chaleur, une tiédeur douce. La quiétude, une promesse ravivée. C'était ses cendres qu'on rassemblait. Morcelée. Enveloppée d'une fièvre bienheureuse, tendre, d'un élan de calme. Comme si, après des siècles d'errance, elle avait enfin renoué avec l'essence même. Lui. Tout de lui. Elle le regardait avec avidité. Une avidité sage, une agitation passive, un amour ardent, comme au premier jour. Se serrer contre lui, tout contre son coeur. Et se laisser vivre, se laisser bercer. Ses yeux brillaient sous l'émotion, luisaient sous l'émoi. Et à tout moment, si fragile dans sa force, elle semblait pouvoir se briser. Au moment où l'illusion s'effilocherait, où le tableau perdrait ses contours dans les couleurs du paysage, au moment où le poignard s'enfoncerait dans son être pour la rejeter dans ses ordures, dans son rien, gisement de vide, sa perdition éternelle. Parce qu'elle ne pouvait pas encore y croire. Elle n'avait pas la force de risquer une si cruelle déception.

    Son regard lui secoua le corps au moyen d'un frémissement de douleur. Un léger froissement sur son visage la poussa à jeter un oeil à ses oripeaux. Sa bouche s'ouvrit dans un étonnement muet. Elle eut une envie pressante de les arracher, de se débarrasser de cet accoutrement, cruelle cicatrice de ce qu'elle avait été. De ce qu'elle redeviendrait peut-être, qui sait ? Sans se démonter, elle releva les yeux vers son visage, son regard noisette, vibrant d'amour. Juste un signe, un murmure, un froissement, bourdonnement de voix. Sa voix grave, veloutée, mâle et sensuelle pourtant. Sa voix, qu'elle imaginait toujours rouler sur sa langue, traverser ses lèvres. Ca, ça lui aurait prouvé la véracité de la situation.

    Mais non. Effondré, évaporé. Plus là, plus jamais là. Disparu. Pour toujours. A tout jamais. Elle était de nouveau seule. Pour une éternité ? Où était-il ? Reviendrait-il ? N'avait-elle guère été suffisamment bonne, dans ses actes, pour mériter un peu plus ? N'était-elle vouée qu'à errer dans cette chambre, où il y avait son odeur, où il y avait ses gestes, où il y avait eu son corps ? Comment pourrait-elle ? Y survivre ? Ou simplement mourir ? Comment, comment, comment, comment, comment ?!

    Sotte ! Un sourire radieux lui étira les lèvres. Là ! Il était là, juste là ! Juste par terre. Si près, si près ! Pas parti. Oh non, il était bien là. Retrouvant son calme et son aplomb habituels, elle se jura de ne plus se laisser aveugler par les frasques et l'absurdité de sa situation. Allons, n'était-elle pas calme et réfléchie ? Ne réfléchissait-elle plus avant de céder à la panique ? Reprenant le contrôle de ses émotions, elle s'était agenouillée auprès de lui. Il pleurait, il pleurait ! Un torrent, océan, ouragan de pleurs !

    - Mon amour...

    Sa voix se faisait murmure, perdue dans les effluves d'une intimité retrouvée. Déjà, avant qu'elle ait pu esquisser un mouvement, il l'avait prise dans ses bras. Envahie. Enveloppée. Recouverte. Noyée. Submergée. Dévorée. Avalée.
    Protégée. Abritée du monde et de ses folies. Préservée des divagations. De la mort, peut-être. Ses mains, chaudes et douces, couraient sur sa peau. D'instinct, elle s'approcha un peu plus. Resserrer l'étreinte, la rendre éternelle, incassable, invincible. Pour que plus rien, plus jamais rien, ne puisse les séparer. Jamais, jamais plus. Sa tête juste là, ses doigts dans ses cheveux. Et ses lèvres, lambeaux de paradis, qui s'ouvrirent.

    Sa voix ! Qui lui lécha les oreilles, les effleura, les frôla, les caressa, et les combla. Non, non ! Ils n'étaient pas en plein rêve ! Ils étaient là, ici, ensemble, envers et contre tout, pour le meilleur et le pire ! Autres maximes et préceptes, bien des choses encore ! Elle trépigna de bonheur, sautillant presque de joie.

    Reculant à peine assez pour admirer son visage, elle laissa glisser quelques larmes sur Son nez, Ses lèvres. Rayonnante. Sublimée de bonheur, elle le contemplait avec jubilation, avec une grâce et une félicité peintes en mille couleurs chatoyantes et douces sur chaque trait de son visage. Elle s'écria, presque trop fort :

    - Mais non ! Je... suis là ! Tu... On...

    Elle parlait si vite, oh tellement vite. Les mots se marchaient dessus, se piétinaient. Désordonnée, brouillon, mais radieuse. Superbe de confusion, somptueuse d'anarchie. Mais que Diable ! C'était mieux que la vie ! Les sanglots lui tordaient presque le ventre, tant elle se battait pour les retenir. Ce n'était pas une femme faible, allons. Pas de pleurs, de jérémiades ! Pourtant, oh oui pourtant... Elle voulait l'inonder de baisers, le couvrir de rires, de larmes, de bonheur.

    La coupant dans son élan, sa voix l'apaisa de nouveau. A chaque fois, elle la remplissait d'une assurance posée, d'un recul admiratif. Ca avait toujours été ainsi. Toujours. Et elle songeait avec délice à tous ces moments, où elle s'était sentie heureuse à la caresse de sa voix sur sa peau.

    Ses lèvres. Elle voulut l'embrasser. L'embrasser, goûter ses lèvres à nouveau. Juste, juste pour le sentir près d'elle, toujours plus près, toujours plus là, plus tangible. Posant ses genoux au sol, elle glissa ses doigts dans Ses cheveux, caressant Sa joue. Avec un sourire à la fois tendre et violent. De la détresse, sur ses lèvres fines, non ? Une détresse avide, affamée, insatiable. Une détresse béante, qui hurlait dans ses sourires, qui saignait dans ses rires. Le manque, c'était le manque. Pourtant il était bien là, juste là, au bout de ses doigts. Mais tellement loin. Combien d'années les séparaient ? Combien de temps l'avait-elle abandonné ? Non, elle ne voulait pas y songer. C'était difficile, ça faisait mal.

    Elle posa sa main sur son torse, sentant la vie sous ses doigts, laissant vibrer les palpitations de son coeur. Puis elle souffla, à voix basse, sur un ton de confidences :

    - Alors laisse, laisse ton coeur, ton âme parler. Pas besoin de réfléchir, tu sais. Juste... Parle. La vérité y naîtra.

    Puis elle réduit la distance qui les séparait encore, s'arrêtant à quelques millimètres de Sa bouche. Désireuse d'en avoir plus, mais effrayée à l'idée de redécouvrir ces sensations impétueuses qui allaient la tirailler, pour aller se mourir dans l'ombre de ses souvenirs, les décombres de sa mémoire. Et qui, de là-bas, lui souffriraient qu'elles soient à présent évanouies à jamais. Incapable qu'elle était de s'oublier dans une passion fiévreuse à peine ressuscitée et pourtant jamais morte.

    Je t'en supplie, offre-moi ça, juste ça.
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Mar 25 Jan - 17:08

    La sonorité si précieuse de sa voix était d’une rareté infinie. La main qu’elle avait posé sur mon torse semblait représenter la possession qu'elle avait sur moi. C’était vrai, je lui appartenais, autant qu’Elle m’appartenait aussi. J’en frissonnais de l’intérieur. Elle se serrait de plus en plus à moi, je sentais une fusion s’opérer entre nos corps et nos âmes. Je pouvais maintenant percevoir l’enivrant désir de ma femme de saisir mes lèvres. Sa bouche à quelques millimètres de la mienne, son souffle traversant le mien, c’était d’une telle sensualité. Si intense. Je ne pouvais plus me retenir moi non plus. « Je t’en supplie, offre-moi ça, juste ça ».

    L’une de mes mains vint épouser sa joue, et je déposais fougueusement mes lèvres sur les siennes. Une énergie intense envahit alors mon cœur. Mon âme criait de bonheur tel un dragon crachant ses flammes. Flammes d’un volcan endormi, meurtri, sans identité, ni âme. Aujourd’hui, ce volcan se réveillait, il revivait. Ces lèvres ne cessant jamais d’embrasser les miennes s’ouvrirent naturellement pour que je puisse glisser ma langue sur la sienne. Le goût de ce baiser langoureux était indescriptible. Cette sensation me donnait l’impression d’avoir touché le corps d’une déesse. Et j’étais totalement sous l’influence de son pouvoir.

    Depuis six années, j’errais en ce bas monde en traînant ma solitude et mon passé. Mais Elle venait de balayer tout cela. Une vague d’amour déferlant sur les terres de Tristesse, où les eaux les plus enivrantes et aimantes inondèrent la moindre parcelle, la moindre fissure.

      - Si tu savais à quel point tu m’as manqué … J’étais perdu sans toi. J’étais comme un navire sans port ni boussole.

    Lui dis-je enfin sur une voix calme et heureuse. Je retrouvais peu à peu mes forces. Pour rien au monde, je n’aurais souhaité être dérangé, et cette porte entre-ouverte cultivait en moi la possibilité qu’une personne n’arrive gâcher cet instant. Je me relevais, mais je ne pouvais pas me résigner à l’abandonner ne serait-ce qu’une seule seconde. Je la pris dans mes bras pour la redresser avec moi, puis je donnais un grand coup de pied pour que ma porte puisse se fermer enfin complètement. Continuant sans cesse de l’embrasser comme un loup affamé, j’interrompis un instant l’émoi de nos baisers.

      - Comment as-tu fait ? Comment as-tu fait pour me revenir ?

    Cette question ne trouvait aucune réponse dans mon esprit. C’était merveilleux, mais ma conscience la plus sage et la plus profonde me disait que c’était trop beau. Debout et collé contre Elle, alors qu’Elle était appuyée contre un mur, je revivais nos premiers instants d’amoureux. Ses premières journées chargées d’émotion, de regards, de baisers, et de manque. J’avais le sentiment de redevenir si jeune d’un coup.

    J’attendais patiemment la réponse à ma question en la gardant dans mes bras. Ma main caressait son tendre et délicat cou qui ne demandait qu’à être croquer. Soudain, mon cœur m’ordonna de le lui dire sans plus tarder. Je déposais aussitôt un doigt sur ses lèvres.

      - Attends ! Avant de répondre …

    Ma tête s’écarta, et mes lèvres allèrent se poser près de son oreille. Je lui susurrais alors tendrement.

      - Je voulais te dire une chose. Et j’aurais voulu te le dire plus souvent. Je t’aime …

    Je signais cette déclaration par un délicat baiser que je déposais sur son cou, comme j’avais l’habitude de le lui faire durant notre vie commune au Japon. Je fermais mes yeux et profitait du moment présent avec ma femme dans le lieu le plus intime et éloignée de la civilisation des Hommes, notre maudite et controversée Nef.
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Mer 26 Jan - 0:29

    Juste ça, étincelle de paradis, pétillement d'El Dorado. Juste, une pression douce, chaude, armistice d'années d'isolement, trêve d'une solitude infinie. Au coeur même de la Mort, elle sentait là, sous ses os, la déchirure tenace causée par l'absence. Le manque de tout, peut-être même du rien, le manque de bruit, le manque d'absence, le manque de calme. Mais par dessus tout, le manque de Lui. Elle manquait de souvenirs, là-bas. Rien, rien. Elle n'avait rien. Mais elle n'était rien, non plus. Alors, quelque chose est-il apte à manquer au néant ? Oui, oui. Il lui avait manqué, ou du moins lui manquait. Elle aspirait à sentir, tout contre ses lèvres, son souffle régulier et chaud. Elle voulait, être traversée, transpercée, animée, abusée par le désir. Une appétence de bonheur, d'une enivrante extase. Ravivée. Ranimée.

    Frémissante, elle le suppliait intérieurement de se hâter. Elle mourait, elle crevait d'envie de précipiter le mouvement, brûler des étapes déjà franchies, consumer trop vite leur union retrouvée. Mais non. Parce que, ne fallait-il pas souffrir d'attendre, avant d'enfin profiter ? Oui, l'Humanité fonctionnait ainsi. Et même si elle l'exécrait, l'attente était délectable. Le regarder, prendre son temps, glisser sa main sur sa joue, la faire mourir d'une caresse, et s'approcher. Réduire, diviser, amoindrir, affaiblir, pour enfin anéantir la distance qui les séparait encore. Preuve ultime du miracle, gage suprême du prodige. Le goût si caractéristique de ses lèvres. Salées des larmes qui finissaient de mourir. Goût indéfinissable et infiniment précis. Fermant à demi les yeux, elle se rassasia de ce délice. Poison divin, drogue céleste qui lui courut dans les veines à la manière d'une marée, violente, puissante. Un flux vital, vivifiant, qui emportait tout, tout sur son passage. Comme si, par cette énergie féroce, le sang coulait enfin, faisant battre son coeur plus fort que jamais. Elle perdait ses respirations saccadées dans des souffles épuisés, écrasés d'exaltation. Exultation. Volupté interminable. Là, là elle revivait. Qu'elle fusionnait de nouveau avec la sève, avec la souche, avec la Vie, la vraie. Pas d'existence amorphe, atrophiée. Enfin, enfin, elle se sentait Elle. Plus cette femme, errant dans des couloirs inconnus, à moitié folle d'y croire encore, d'y croire en vain, mais d'y croire tout de même. Elle se sentait femme, Sa femme, elle se sentait humaine. Et c'était terriblement bon.

    Sans même s'en rendre compte, elle avait quémandé. Elle avait quémandé une valse, langoureuse et violente. Agressive de sensation, mais si douce d'amour. Une valse endiablée et caressante. Asservie. Elle était sous sa gouverne, à ses pieds. Une servitude délicieuse, dont elle se nourrissait. Maître et esclave à la fois. Ils étaient les deux, complémentaires et additionnels. Sa poitrine implosait et renaissait à chaque seconde, millième d'instant. Sa respiration lui brûlait la gorge, intoxiquée à ce baiser. Plus que Ryû, c'était la vie qu'elle embrassait à travers lui. Une vie passée et exaltante, difficile par moments. Non, très simple, très fluide. Sans accroc. Pas depuis Lui. Puisqu'il était, comme il pouvait l'être en l'instant, son Soleil dans une nuit sans fin, son oasis dans le désert, son radeau dans la tempête, sa flamme dans le gel. Il était ses souffles et ses soupirs, ses rires et ses sourires, son pire et son meilleur. Amalgame. Il était l'équilibre de sa passion et sa sagesse. Son soutien, colonne de marbre au coeur de cristal. Guerrier au sang d'or fin.

    Mettant fin au baiser pour lui glisser ces mots, il remplaça l'extase du baiser par la sagesse sempiternelle de sa voix. Elle ne trouva guère la force de se mouvoir, presque agrippée à son torse, à lui. Figée de bonheur, statufiée dans l'ivresse de l'étreinte. Hymne à la vie qu'elle devenait, recueil de félicité, condensé d'espoir.
    Alors qu'elle tendait vers l'inertie la plus totale, qu'elle espérait rester là, ainsi vulnérable et tellement forte, il se leva. Se faisant, il la força à reprendre appui sur ses jambes, qui semblaient deux flasques et frêles arbustes, à peine habitués à leur tâche.

    Pour s'aider, elle s'appuya toute entière au mur, qui l'épaulait dans la difficile épreuve de soutenir toutes ces émotions debout. Le claquement de la porte lui fit l'effet d'une douche froide. Elle retombait de ses nuages, atterrissant avec douceur dans la même myriade de sensations agréables. Elle n'était plus là-haut, perdue entre ciel et terre, mais bel et bien ici, dans ce lieu inconnu, couvée par des bras aimés. C'était presque mieux que le rêve.

    Lui offrant mille plaisirs tout aussi éphémères qu'éternels, elle ferma de nouveau les yeux. Elle alla perdre ses doigts dans les cheveux de son bonheur, savourant chaque baiser comme un assouvissement promis, comme une promesse honorée. Elle jouissait de chaque effleurement de peau comme si c'était le premier, comme si elle vivait enfin ce qu'elle avait tant vu en rêves. Distraitement, elle songea qu'elle ne lui avait guère répondu. Mais cette pensée se noya sous le flot des baisers et puis, quoi lui répondre ? Qu'elle était désolée de l'avoir ainsi abandonné, de l'avoir voué au naufrage, condamné à la tempête éternelle, à errer, de branche cassée en bois flotté, de bouée percée en rivage imaginaire ? Qu'elle s'immolerait devant ses yeux si ça pouvait le réchauffer un peu ? Qu'elle s'en voulait, beaucoup ? Qu'est-ce qu'elle y pouvait, elle ? Ce n'était pas elle qui avait choisi, si ? Non. Non, non, non !

    Il la ramena de nouveau à sa réalité, il jetait l'ancre, pour l'obliger à s'arrêter quelque part, dans la mer de ses dérives. Une réalité qui, en un instant, devenait lourde, suffocante, une véritable étuve. Oui, comment ? Comment, et surtout pourquoi ? Quel accès de clémence l'avait ramenée vers lui ? Ou de démence ? Rien, rien, elle n'en savait rien. Et, à mieux y réfléchir, c'était très angoissant. Oppressant même. Avait-elle quelque rôle à jouer ? Était-ce quelque supercherie mesquine, maligne ?

    Mais surtout, que répondre ? Quoi lui dire ? Comment ? Mais comment Diable était-elle arrivée là ? Et puis, où étaient-ils ? Elle n'en savait même rien. On l'a ravivée, on l'a arrachée à son néant désespéré pour la plonger toute entière dans le bonheur puissant et brut, comme dans une caverne de cristal. Tout était fragile, et tellement beau à la fois. Une force fragile, une fragilité forte. Beauté gracile. Mais pourquoi ? Que devait-elle dire ?

    Plongée dans le silence, un silence latent, passif. Un silence qui attendait, une bribe de mots, esquisse de réponse. Elle était livrée à son incompréhension, livrée à ses questions vides de réponses. Plus de voix, ni de baisers. Juste un corps, collé tout contre elle, puissant et doux. Et c'était déjà énorme. C'était déjà tellement. Et puis cette caresse, lancinante et apaisante, qui s'étirait dans la longueur. Plus d'échanges fiévreux, d'embrassades passionnées. Un amour plus pur, plus calme, quelque chose de tranquille. Elle se croyait un jour, n'importe lequel, à faire quelque chose, n'importe quoi, et qu'il s'approchait pour glisser ses mains sur sa peau, pour dessiner les contours de son cou, sa gorge. Et à elle de frissonner, feignant l'indifférence. Peut-être pour s'aider à réfléchir, elle déposa sa tête brune contre Son torse. Ecouter la vie, qui grouillait là-dessous. Peut-être y lirait-elle la réponse ? Bercée par le va-et-vient des respirations, elle tentait de trouver une origine, une raison à ce bonheur. Peut-être un but aussi. Mais qui disait but, disait éphémère. Mais elle, elle voulait être là pour toujours. Ici, ou ailleurs, nulle part peut-être, mais pas seule. Avec Lui. Supporterait-il de la perdre encore une fois ? Si jamais elle retournait à sa mort, qu'en serait-il de lui ? Non, non, non. Rien de tout cela n'était dit ! Elle n'avait pas le droit de ruiner ce bombardement de joie qui les assaillait.

    Alors qu'elle relevait la tête afin de se résigner à avouer son incapacité à lui répondre, il posa son doigt sur ses lèvres. Surprise, elle arrêta sa parole, la bouche entrouverte sur les mots qui n'étaient pas encore prononcés. Il lui demanda d'attendre. L'éternité s'il voulait. Elle ne voulait pas la réponse à sa question. Elle en avait bien trop peur. Peut-être qu'elle savait, qu'une part inconsciente, loin au fond de son esprit, s'en doutait. C'était si simple d'oublier ces soucis-là. C'était si tentant. Plus facile, moins douloureux, oui oui ! Alors, pourquoi le faire ? Non, vraiment...

    Ses élucubrations mentales furent interrompues par deux mots. Deux mots, bénins et banals. Non ! Tellement plus ! Ils étaient tout. Le résumé d'un livre, le titre de toute une vie, la raison des lendemains, avaleurs de soucis, fabricants de rêve. Ils étaient l'asile pour qui n'avait pas de toit, ils étaient le feu pour qui mourait de froid, l'eau pour l'assoiffé, les parents pour l'orphelin. Un concentré de tout, de toute sa raison d'être. Magnifique invention, besoin vital, sans âge ni nature, sans origine ni mort. Quelque chose de pur et de fragile et pourtant malsain et fort. Irrésistible tentateur, ignoble de beauté.

    Ses larmes glissaient, lentement, de ses yeux à sa gorge, mourant parfois entre ses lèvres. Je t'aime, il avait dit. Et ça résonnait, tambourinait, hurlait de béatitude dans sa tête. Fanfare improvisée, cacophonie de l'absurde. Arc-en-ciel, feu d'artifice. On repeignait son cerveau aux mille et une couleurs de l'amour.

    Attrapant son visage de ses deux mains, toujours inondée de bien-être, elle murmura :

    - Moi aussi, oh moi aussi ! Je t'aime.

    Elle déposa un baiser fiévreux sur ses lèvres, puis remis sa tête contre son torse, l'encerclant de ses bras pour mieux fusionner encore avec lui. Elle s'abandonna une nouvelle fois aux délices d'être en vie, à nouveau. Quel bonheur. Dans une volonté de ne pas laisser ses questions en suspens, elle reprit, sans bouger sa tête pour le regarder.

    - Comment ? Si seulement je le savais. J'ai été tirée de... là où j'étais, et projetée ici. Ici où j'ai cru être seule, mais non. Tu étais là. Mon amour... Combien de temps je t'ai abandonné ? D'après ce que j'ai vu, quelques années déjà, non ?

    Cette fois, elle avait relevé la tête, et le regardait avec un sourire en coin. Ses yeux pétillaient de malice, et elle avait envie de rire. Elle se mordit légèrement la lèvre inférieure. Oui, quelques années. Mais pas d'importance, il était toujours aussi superbe. L'incarnation de la perfection. Virilité et douceur. Elle se noyait dans la contemplation de son visage, elle se noyait entre ses bras. Elle avait l'impression de le découvrir pour la première fois, mais de le connaître depuis toujours. Chaque détail, chaque morceau, chaque léger pli de sa peau, chaque émotion qui glissait dans ses yeux, elle redécouvrait tout. Avec adoration, admiration. Fabuleux.
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Ryû Haru
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Mer 26 Jan - 18:02

    Ni Elle ni moi ne comprenions comment ce miracle de la vie avait-il pu se produire ? Rien, absolument rien ne se tenait, tout était illogique, cela sortait de nulle part. Et c’était dans un sens vrai, elle était revenue du néant des morts. Pourtant, si j’avais été plus attentif quand la voix du Capitaine retentit alors que je me redirigeais vers ma cabine, j’aurais tout de suite deviné dans quel mascarade je me tenais là à présent. Pour une raison qui m’échappe toujours aujourd’hui, je n’avais strictement pas entendu sa voix m’ordonnant de revenir à mes appartements.

    Bref, en cet instant, je nageais dans l’incompréhension la plus totale. Au fond de moi, je percevais qu’Elle allait repartir. L’équilibre de la vie et de la mort est une constante qu’on ne peut influencer. Mais alors que tout mon cœur était écrasé par l’étau de la peur, Elle chassa tous les démons qui m’entouraient d’un simple regard, d’une simple parole. Je décidais alors de bannir hors de mon royaume cette peur, pour apprécier chaque centimètre de sa peau, chaque particule de son parfum divaguant dans l’air, chaque mot jaillissant de sa voix. Je décidais de l’aimer encore plus. Mon esprit me rappelait à quel point je pouvais être chanceux, combien de veufs avaient souhaité retrouver leur femme ? Combien d’orphelins avaient aimé revoir leur mère ou leur père ? Combien de frères, de cousins, d’amis, de personnes proches … Je devais me l’avouer. Même si elle disparaissait à l’instant, quelle chance j’avais eu d’être là, et de me tenir à nouveau à ces côtés.

    Je la sentais un peu soucieuse quand elle me demanda la période qui nous sépara. Elle disait qu’elle m’avait abandonné ? J’étais sous le choc de cette annonce. Mais non … Tu te trompais mon amour, jamais, jamais tu m’as abandonné.

      - Abandonner ? Ne dis pas cela, c’est faux, tu étais malade. C’est moi qui n’est pas su prendre soin de toi … En y réfléchissant, nous aurions peut-être du emménager en France ? Tu aurais été mieux là-bas.

    Mais je la voyais me regarder. Son regard me disait : « Haru, combien ? ». Son regard pesait sur moi, et les mots étaient des pierres dans mon cœur. Je n’osais lui dévoiler tout ce temps où j’avais survécu sans Elle. Mais Tu insistas mon amour, alors je te l’ai dit …

      - Six ans …

    Six ans … Mon dieu … Pourquoi j’avais l’impression que cela faisait vingt ans dans mon cœur ? Peut-être plus encore. Je la serrai dans mes bras pour la réconforter. Je ne voulais pas qu’elle se sente coupable. Elle avait été si forte pour combattre son cancer. Jamais Elle n’avait laissé tomber. Telle une lionne blessée, Elle avait tenu toujours, Elle se relevait peu importe la distance à parcourir. Son courage face à sa maladie fût la clé de mes nombreuses victoires.

    #FLASH BACK#

    Championnat national de Kenjutsu – Tokyo – Automne 2007

      - Mesdames et messieurs, nous voici arrivés à la grande finale qui opposera Anno Tanaka, trois fois champion du monde Kendo, quatre fois champion du Japon en Kenjutsu et Iaido, face au challenger Ryu Haru.


    La foule m’observait alors que je ne pouvais la voir. Assis sereinement dans le coin de mon tatami, maître Saru était venu me voir pour me parler avant que le duel ne commence.

      - Comment te sens-tu ?
      - Bien.
      - Tu te souviens ce que tu m’as dit ce jour-là ?
      - Lequel ?
      - Celui où tu m’avouais qu’une sorte de bête était au fond de toi, comme s’il s’agissait d’un dragon en colère qui te détruisait de l’intérieur.
      - Oui.
      - Je veux que cette bête sorte, Haru. C’est le moment, laisse la s’en aller. Tu peux remporter ce duel.

    Le combat commença après cela. Mon adversaire était un grand sabreur, un formidable épéiste. La précision et la puissance de ses coups étaient redoutables. La finale tournait à son avantage, il était rapide, trop rapide pour que mes sens puissent parfois détecter à temps ces mouvements. Je me souviens d’un coup qui m’aurait été presque fatal, qui avait balayé mes appuis. Je me souviens que je gisais sur le tatami. Il ne lui restait plus qu’à poser son boken sur ma tête, et le combat était terminé. Et dans mon esprit, tu es apparue.

      - Lève-toi. Qu’est ce que tu attends ? Debout.
      - J’en ai assez …
      - Debout ! Je t’en prie … Tu es plus fort que ça.

    C’est alors que je me souvins de cette lionne luttant avec acharnement pour sa survie. Je voulais être aussi fort qu’elle pour remporter ce duel, mais aussi pour éponger toute cette colère qui stagnait dans mes entrailles. Et j’étais certain que tu vivais en moi, et donc si tu étais en moi, j’avais moi aussi cette force. Et le dragon se réveilla à l’intérieur de moi.

    Grâce à toi, j’avais remporté ce duel. Je réussis à mettre à terre mon adversaire. Il m’avoua même à la fin du combat à quel point il fut honoré de me combattre.

    #FLASH BACK#
      - Je t'aime … Viens, suis moi.

    Je quittais ses bras, et je l’emmenais sur mon lit en gardant ma main dans la sienne. Je l’embrassais une fois encore comme si ces lèvres m’avaient déjà manqué. Les mains parcourant ces hanches de manière délicate, je lui dis.

      - Tu n’as jamais été aussi belle qu’aujourd’hui.

    Je ressaisis ses lèvres fougueusement. Je ne parvenais plus à m’arrêter. Cette chaleur qui s’était un peu évanouie toute à l’heure revenait m’entourer. Je me sentais à nouveau plein d’énergie, de vitalité. Assez de paroles encombrantes ou de mystères à résoudre … Je la désirais plus que tout au monde.
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Anton Halvor

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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Jeu 27 Jan - 23:38

    Coupable. Une lame de déshonneur dans un écrin de culpabilité. De l’espièglerie naissait la conscience. Soubresaut de conscience qu'elle croyait vraie. Un millier de voix qui hurlaient, à l'unisson, refrain diffamatoire, corbeau vorace : Ta faute, ta faute ! Traîtresse ! Pécheresse ! Ignominieuse, infâme, abjecte ! La véracité de ses propos lui revenait en plein visage, et elle se sentit une haine profonde pour elle-même. Comme si elle eût été réellement coupable, qu'elle était l'auteur d'une félonie. Un rebut violent lui souleva le coeur. Ta faute ! Elle se sentait broyée, compressée dans un corps qui n'était plus elle, un corps immonde et déloyal. Allons, allons, combien de temps ? Combien de temps l'avait-elle pendu à la vie ? Elle y avait mis toute son âme, tout son courage, pour arriver à le traîner plus bas, le rouler dans la fange, les raclures du monde, rognures d'ongles. Réponds, réponds mon amour, combien de temps t'ai-je tué ? Sa chair, enfermée dans cette blouse d'hôpital, se contractait sous la douleur de ses mots. Elle l'avait condamné à la perdition, à s'échouer dans le désert, et qu'elle revenait, radieuse, vomissant un amour ravivé, à oser railler le temps de son abandon.

    Elle l'avait traité comme un animal. Animal qu'elle aurait abandonné au bord de la route, éreinté, éclat de verre dans l'oeil, balles perdues dans les pattes, la langue pendante et mourant de faim. Comme s'il était même trop faible pour mourir, trop épuisé pour se laisser délivrer par la Mort. Qu'il agonisait, éternelle kyrielle de gémissements, litanie de jappements de douleur. Qu'il avait hurlé à la mort pour des années et des années. Combien, combien ?

    Il se défilait, il l'épargnait. Toute monstrueuse qu'elle avait été, il se refusait à lui infliger l'horreur de Sa réalité. Elle avait envie de le croire, parce qu'elle savait qu'il avait raison. Mais son sentiment de mépris était si virulent, si fielleux, qu'il surpassait et anéantissait toute tentative de raison. Pourtant elle voulait, elle aspirait à le croire, à boire ses mots. Mais ses yeux demandaient, ses yeux agressaient pour obtenir leur réponse.

    Combien ? Combien ? Combien ?


    Six ans.

    Tombés comme une guillotine, les mots lui avaient coupé la respiration. Combien de jours ? Combien d'heures, de minutes ? Six ans ! Des mois, des années ! Milliards de secondes ! C'était immense, innombrable, innommable. Elle ne réalisait pas, pas vraiment. Elle ne pouvait, ne voulait pas réaliser. Six ans. Qu'avait-il fait ? Avait-il vécu ? Comment ? Où ? Elle sentait, elle sentait tout autour de lui que non, non. Il n'avait pas vécu, il n'avait pas vécu une seule seconde. A peine survécu, sous-vécu, sans jamais vivre, même l'ébauche de l'esquisse d'un instant. Millième d'instant, invisible à l'oeil nu. Mais qui grandissait, l'envahissait, l'attirait vers les tréfonds de la mésestime d'elle-même. Les instants lui apparaissaient, violents et vides. Ils étaient le reflet d'une existence, vidée de son fluide vital, un corps exsangue, démembré, éventré. Et ils arrivaient, par vagues, vides mais emplis de peine, désarmés, dévidés, dépecés.

    Elle avait chaud, et puis froid, mais tellement, tellement mal ! Mal au coeur, une lourdeur infinie de l'âme, un désespoir de l'esprit. Elle était lourde, plus vraiment là, flottante et pourtant vissée au sol, chevillée dans son corps. Elle s'en voulait, mon Dieu tellement, tellement ! Remplie et vide, elle était un néant, une tâche, un erratum, une fausse note. Elle se sentait le sang dans la pureté, elle se sentait la faute de frappe dans un roman d'amour, elle se sentait le piège tendu aux héros. Peut-être qu'elle l'avait serré plus fort, parce qu'elle serrait les dents, à se les briser. Le vague à l'âme, un étrange et féroce sentiment de culpabilité, elle était crispée, agrippée à lui comme au bord d'un ravin. Après tout ce qu'elle lui avait fait endurer, elle s'accrochait à lui, comme un nourrisson à sa mère, après l'avoir fait souffrir le martyr pendant des heures.

    Puis, il la tirait de sa léthargie, il la réveillait, l’entraînait avec lui. Encore empêtrée dans ses accusations, elle se laissa faire, suivant sans trop comprendre. Plus fragile que le silence, qui se brisait d'une respiration, elle vacillait sur ses jambes, comprenait-elle ? Que faisait-elle là ? Osait-elle encore revenir le hanter ? Oui, oui, oui ! Elle répondait aux baisers, enrobée d'un bonheur vague, qui lui paraissait tellement lointain, tellement oublié. Mais elle en avait besoin, cruellement besoin. Le sentir, tout contre elle.

    Sa déclaration la gifla violemment. Comment pouvait-il dire ça ? Elle était si laide, engoncée dans cette chemise d'hôpital, si perdue, si surnaturelle, si morte dans sa vivacité. Il lui mentait, il lui en voulait. Bien sûr. Peut-être même qu'il se mentait. Il s'illusionnait, pour ne pas voir son horrible personne. Non ? Non, peut-être pas... La conscience lui revenait. Et si elle avait faux ? Et si elle n'était pas ce concentré de méchanceté ? Peut-être était-elle simplement victime, elle aussi. Ne s'était-elle pas battue, corps et âme, pour ne pas se laisser sombrer ? N'avait-elle pas voulu le rassurer de doux sourires ? Un peu perturbée, elle recula de quelques millimètres, restant toute proche de lui. Elle voulait qu'il la rassure. Ses yeux luisaient de crainte, de pleurs contenus. Et elle souffla doucement, les yeux baissés :

    - Tu m'as vue ? Tu m'as seulement vue ? Dans cette horrible tenue... Et puis je t'ai fait si mal... Haru, tu m'en veux ?

    Ses yeux se relevèrent, suppliants, parce qu'elle avait besoin de savoir. Avant de se laisser porter par la brume du bonheur, et du désir aussi, elle voulait juste savoir. Parce qu'elle avait peur. Elle n'avait pas voulu lui faire de mal, vraiment ! Non, tout mais pas ça. Elle avait essayé, tellement de fois elle avait essayé.

    Puis finalement, elle s'oublia. Si elle pouvait au moins l'aider un peu, l'aimer un peu plus, encore plus, beaucoup plus. Elle récupéra fiévreusement les lèvres qui étaient siennes, se pencha un peu plus vers lui. Malhabilement, presque timidement, comme si elle avait oublié, ses lèvres vinrent embrasser sa mâchoire, glissant doucement dans son cou, qu'elle parsemait d'une myriade de petits baisers, aussi doux que furtifs, puis aussi profonds que passionnés.
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Sam 29 Jan - 17:25

    Ma femme était dans mes bras, je pouvais la voir, elle culpabilisait. Je passais ma main dans ses cheveux, puis je la faisais glisser sur sa joue pour diriger son regard vers le mien. Je lui offrais un sourire pour la rassurer. Notre histoire ressemblait à une mauvaise série B si on avait un œil critique. Mais Dieu qu’on s’en fichait … car c’était notre histoire.

      - Tu m'as vue ? Tu m'as seulement vue ? Dans cette horrible tenue... Et puis je t'ai fait si mal... Haru, tu m'en veux ?

    C’est vrai qu’elle ne paraissait pas à son sommet de charme et de beauté, pas de robe, pas de belles chaussures, les cheveux mal coiffés, pas de maquillage mais bon cela je n’allais pas m’en plaindre je la préférais sans de toute manière. Pas de bijoux, ni de parfum ornant son cou. Malgré le fait qu’elle se tenait comme cela dans mes bras, je la trouvais magnifique comme épurée de tous ces accessoires inutiles en fin compte. Certes, c’était la première fois que je pouvais revoir depuis six ans et tout me paraissait beau. Mais Elle, c’était autre chose, une myriade de traits et de couleurs qui ne s’étaient mariés pour donner naissance qu’à cette forme si spécifique, qu’à ce corps si unique. A mes yeux, rien n’était plus rare que la beauté que je tenais dans mes bras.

    Je posais un doigt sur ces lèvres. Je la regardais sagement comme si je contemplais une œuvre d’art. Lui en voulais-je ? Non, j’en voulais à la Maladie, j’en voulais à la Mort, j’en voulais à Dieu s’il existait, j’en voulais … Je m’en voulais. Pourtant, maître Saru m’avait bien démontré que je n’y étais pour rien. Cependant, cette douleur était à nouveau là. M’étais-je pardonné finalement ? Non, je ne m’étais jamais pardonné. Et je ne pouvais pas lui demander, je savais ce qu’elle allait me répondre.

      - Tu n’as rien à te faire pardonner. Tu veux que je t’en veuille pour quoi ? Pour les belles années que nous avons passé ensemble ? Pour tout l’Amour que tu m’as donné ? Pour avoir accepté de m’épouser ? Tu es folle …

    Je la serrais à nouveau contre moi en déposant de délicats baisers sur son cou.

      - Tu te trouves horrible dans cette tenue …

    Lui disais-je avec un sourire aux lèvres. Mes mains glissèrent en bas de son dos, j’attrapais cette « horrible » tenue d’hôpital, qui devait sans doute lui rappeler la maladie et les mauvais souvenirs. Je glissais le vêtement vers le haut, puis le long de ses bras. Mon dieu … Je bouillonnais. Je jetais le vêtement à terre. En six ans, je n’avais pas ressenti la peau, ni vu le corps nu d’une femme. Ma respiration commençait à devenir un peu irrégulière, je croyais revivre ma première fois. Mes mains de sabreur s’échouaient sur la peau douce de son dos telles l’écume des vagues caressant l’estran, et mes lèvres bénissaient de délicats baisers le long de son cou jusqu’à son épaule.

      - Oublie les idées que tu te fais sur toi. Balaye-les. Je veux que tu sois en paix. Est-ce que je ressemble à quelqu’un qui t’en veuille ? Venez par ici, Madame Ryû.

    Je saisissais délicatement son menton pour porter ces lèvres sur les miennes. Je sentais une énergie vive me gagner, une excitation si forte. Une de mes mains vint caresser sa jambe, je m’allongeais complètement, Elle assise sur moi en train de m’embrasser. Je sentais le vertige avant l’extase, une décharge de pur bonheur. Je fermais les yeux en goûtant à ces lèvres délicieuses. Je me sentais ensorcelé par la plus belle femme qui soit, plus séduisante qu’une sirène, plus forte qu’une sorcière, plus sensuelle qu’un succube, plus irrésistible qu’une déesse.
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Lun 31 Jan - 0:31

    Il avait fini de la rassurer. Elle retrouvait doucement sa confiance, qui s'était dissipée comme la poussière sous le vent, évaporée comme l'eau sous le Soleil. Si mal l'instant précédent, elle s'enhardissait alors qu'il la réconfortait. Recouvrant sa fougue et sa force, elle se sentait bête de s'être laissée emporter par les brumes de la culpabilité. Non, elle n'y était pour rien. Elle s'était battue, de toutes ses forces. Tout, elle avait tout fait pour s'en sortir, alors qu'elle se savait vouée à la Mort. Elle était son esclave, sa chienne, qui tentait tant bien que mal d'inverser la tendance, en vain. Oui, elle s'était battue au corps à corps, avait flirté avec les limbes de l'existence. Mais non. On ne l'avait pas laissée s'en sortir. Parce que les humains ne sont pas immortels, parce qu'ils ne sont pas tout puissants. Contrairement à ce qu'elle voulait croire. Elle avait envie, elle, de voir s'accomplir la suprématie de l'être humain. Mais non, ils avaient été incapables de la sauver. Mais alors qui, qui ? Qui l'avait tirée de là ?

    Quelle importance ? Quelle folie la poussait à s'affaiblir de questions sans réponses, à s'épuiser d'interrogations en sursis ? Ne devrait-elle pas plutôt profiter, toute prête qu'elle était à repartir sur l'instant ? Ne devrait-elle pas s'épanouir, ainsi protégée de bras tant regrettés, tant aimés, tant voulus ? Si, si elle devrait. Pourtant non, elle s'étourdissait, elle s'abrutissait d'énigmes aussi obscures qu'insignifiantes. Allons, ça y est oui ! Finis les raisonnements irrationnels !

    Ressaisie, les questions laissèrent rapidement place à l'excitation. Excitation qui s'accentua vivement quand elle sentie l'air frais frapper sa peau de plein fouet. Plus de blouse, plus d'hôpital, l'humanité et la santé à l'état brut. Elle redevenait l'essence humaine, vilaine pécheresse qu'elle allait devenir. Un frisson lui courut des pieds à la tête, sans qu'elle sache s'il était dû au froid ou à l'anticipation. Elle s'en fichait, elle exultait. Sa tête légèrement penchée, son cou offert aux baisers, elle ne répondait plus de grand-chose, contrôlée par le désir qui l'envahissait sournoisement. Il glissait entre ses doigts, lui hérissait les cheveux, laissait sur sa peau un souffle de chaleur comme une caresse. Et elle était là, enchaînée à l'ivresse du moment, prisonnière de sa respiration erratique, anarchique.

    - Venez par ici, Madame Ryû.

    Sensuelle. La voix lui léchait encore les oreilles, aguicheuse. Mais ce n'était plus la sagesse qui en ressortait. Elle devint plus impétueuse que les flots, indomptable et fière qu'elle se sentait. Femme, épouse, aimée. La fièvre colora ses joues d'une légère rougeur, et ses cheveux détachés, emmêlés, sauvages eux aussi, caressaient son dos nu. Des lèvres la dévoraient, elle se sentait gibier, traqueur. Où était-elle ? Savant mélange de force et de douceur.

    La peau de sa cuisse glissait sous Ses doigts, elle se sentait partir. Ses genoux repliés sous elle, de chaque côté de ses jambes, elle se pencha pour rejoindre ses lèvres une fois de plus. Multitude d'unions, éphémères et éternelles; douces et violentes, précises et vagues. Ses mains voguèrent sous son habit, redécouvrant son torse, redécouvrant sa peau, redécouvrant chaque parcelle, infime cellule de Sa Perfection. Rien d'autre, elle n'aspirait à rien d'autre. Absorbée qu'elle était, ses yeux clos et son corps frémissant d'une extase imaginée. Interrompant le rythme endiablé des baisers, elle se redressa pour ôter son vêtement, le lançant sur le côté. Un sourire espiègle aux lèvres, elle déposa une légère morsure sur la lèvre inférieure de celui qui se trouvait sous elle, puis laissa ses lèvres explorer ce corps nouveau alors qu'elles n'avaient connu que celui-là.

    Interrompant de nouveau ses baisers, elle se rassit, toute parcourue de frissons agréables. Ses mains s'attelèrent à détacher son pantalon, hâtives, précipitées. Elle ne voulait, ne pouvait plus attendre. Elle le voulait, tout entier, tout de suite.


    [ Tout petit ! Pardon >< *Tuée* ]
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Mer 2 Fév - 1:36

    Ce que je revivais, je n’osais pas y croire. Ma femme allongée sur moi, enivrée et bouillante de désirs sensuels. Mes pensées se mélangeaient entre elles, et se perdaient. La chaleur qui m’entourait était le souvenir d’une sensation fabuleuse qui refaisait soudainement surface. Je sentais son corps se serrer de plus fort en plus contre moi, la douceur de sa peau contre la mienne, le parfum grisant que je sentais, ses longs doigts et fins passant sensuellement dans mes cheveux, je suffoquais d’excitation, de chaleur, d’impatience, d’amour, de tendresse, de sensualité.

    Mes mains parcouraient l’ensemble de son corps. Toutes ces années passées dans le noir ... J’appréciais beaucoup plus ma femme de manière tactile grâce à cela. Les courbes de sa silhouette … Il n’y a pas de mots pour décrire ce que je ressentais quand je passais mes mains sur Elle, en particulier ces jambes. J’adorais ces jambes. Et voilà qu’elle prenait le pas sur moi, après m’avoir débarrassé de mon haut, je voyais ces mains délicatement glisser sur mon torse, puis sur mon ventre, saisir la ceinture de mon pantalon et commencer à déboutonner avec un sourire horriblement coquin.

    C’était pourtant loin d’être ma première fois avec Elle, mais je la vivais presque pareil. J’étais nerveux, mais cette nervosité n’était pas négative, au contraire elle me, nous, conduisait dans un état jouissance que je me souvenais à peine. J’avais très envie d’Elle, et Elle aussi avait envie de moi. J’étais sur le point de croquer ce cou, dévorer ces yeux, inonder ces lèvres, partir à la conquête de son corps.

    Je sentais mon pantalon glisser le long de mes jambes, et enfin être arraché de mes pieds pour être ensuite jeté à terre. Nous étions quasiment nus tous les deux à cet instant. Je l’attrapais par la taille pour me retrouver au dessus d’Elle. Le baiser que nous venions d’échanger, je croyais qu’il n’allait jamais s’arrêté sur le moment. Mes lèvres s’ouvraient en même temps que les siennes, sa langue vint se glisser sensuellement sur la mienne m’offrant le goût de l’ivresse, de l’extase.

    Je descendais le long de son cou, semais de baisers son cou, sa poitrine, son ventre. Je passais ma main doucement sur sa cuisse droite en la saisissant plus fermement, et je décidais de m’attarder sur cette partie de son corps en y déposant le mouillé et la tendresse de mes lèvres. Après quelques minutes, qui j’espère furent appréciées plus particulièrement, je continuais mon périple en portant sa jambe sur mon épaule tout en continuant d’embrasser le long de celle-ci jusqu’à la cheville.

    Quand cette croisade de baisers fut terminée, je respirais un instant. J’avais chaud, c’était tellement bon de revivre ça. Je tenais du bonheur à l’état brut entre mes mains, je pouvais le sentir contre moi même. Ces lèvres me manquaient, je n’hésitais pas un instant, je la prenais par les hanches et la déposais contre moi. Assis sur ce lit, l’un contre l’autre, nous nous échangions tout l’Amour qu’on avait pour l’être aimé. Des mouvements de bassin commençaient à se faire plus fréquents, plus intimes, plus intenses. Je sentais des mains se crispées sur la peau de mon dos, alors même que je n’avais pas encore commencé. Je m’approchais de son oreille et lui dis.

      - Mon cœur va éclater ...

    Je me souvenais qu’on avait l’habitude de le faire sous une douche à l’époque. Sous l’excitation et le souvenir des jours heureux, je ne pouvais pas me retenir de lui proposer. Mais la réponse m’était bien égale en fait …

      - Tu te souviens où on le faisait avant ?



    HS : Désolé, il est tout petit aussi =(
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Ven 4 Fév - 1:39

    Elle haletait, chétive presque, maladroite tant ses gestes étaient saccadés, imprécis. Embrouillée d'envie, brûlante de désir. Et pourtant agile dans sa saccade, douée dans ses gestes, mais perdue. Presque, elle voyait presque flou. Le sang lui montait au crâne en une explosion de couleurs, une infinité de camaïeux dansait devant ses yeux. Son coeur implosait. Ainsi prostrée, concentrée, affairée, sa lèvre inférieure mordue et les cheveux tombant doucement sur ses épaules, elle allait tomber, mourir d'impatience si elle ne se dépêchait pas d'y parvenir. Superbe de sensualité, simple et sauvage, elle était une parfaite eurythmie, courbée de concupiscence, lascive.

    Cambrant les reins, elle replongea toute entière dans ce bain d'acide qu'était l'amour, qui lui rongeait l'âme, qui la comblait d'une volupté à nulle autre pareille. Elle se délectait de ses lèvres, faisant glisser son habit le long de ses jambes, fermant les yeux pour mieux apprécier. Plaisir gustatif, paradis du sens. Toutes les saveurs les plus délicieuses du monde devenaient obsolètes, superflues, comparées à ce ravissement de langue, de palais, de papilles. Jamais mieux, jamais jamais. Quelle privilégiée elle était ! Revenir ainsi du fond du trépas, pour s'enivrer de bonheur dans les bras de son Eden. Qui l'avait pu ? Personne. Non, personne, jamais. Était-elle la première ! Qu'avait-elle fait de si remarquable ? Elle ne se souvenait pas d'avoir sauvé le monde, pourtant. Si ? Avait-elle ? Non, vraiment. Rien, du tout. Elle avait aimé, à la folie. Mais rien de plus. Ah, quelle importance ? Elle n'était qu'à peine capable de penser, alors elle devait profiter. Juste s'oublier ici, entre ces bras divins qui la pétrifiaient de caresses, qui l'extasiaient de bonheur.

    Sans presque s'en rendre compte, elle s'était retrouvée contre lui, pas inférieure mais égale toujours. Elle était ainsi couverte par sa force, protégée et aimée. Une plénitude, une tranquillité l'envahissaient, ajoutant au plaisir qui ne faiblissait pas. Au contraire, il allait croissant, engourdissant chacun de ses membres.

    Le baiser prit fin à son grand regret. Regret qui ne dura qu'à peine, puisque rapidement noyé dans la douceur des caresses données. Qui descendaient, descendaient. Lui réchauffaient le cou, puis la poitrine. Et qui descendaient, encore, encore. Ses lèvres chaudes, douces, humides. Tactile. Nirvana, Olympe, sa chair qui frémissait sous Ses doigts experts, ses lèvres aguerries. Qui avaient colonisé, conquis, sa peau dans les moindres recoins, qui avaient gagné la guerre. Mais elle avait précipité sa défaite, au fond. Elle avait rendu les armes bien vite. Et elle s'était laissée aller toute entière aux plaisirs charnels. Parce que c'était doux, c'était chaud.

    Et qu'elle était là, à se tortiller de plaisirs sous les baisers, ses mains dessinant des arabesques abstraites sur le dos musclé de son Amour. Les baisers la griffaient jusqu'au ventre, lui lacéraient les entrailles. Ils étaient beaucoup, beaucoup, mais pas assez. Elle en voulait plus, beaucoup plus, toujours plus. Ne restait plus beaucoup de tissu les séparant encore.

    Mais les bassins bougeaient déjà, et elle de s'agripper à lui, condensé de plaisir. Respiration anarchique, erratique. Et cette voix, sensuelle, terriblement sensuelle, qui lui susurrait des mots vagues, connus, mais qu'elle n'avait pas l'impression de comprendre. Perdue, elle n'aurait pas su dire, qui elle était, pourquoi elle était là. C'était comme une perte de conscience. Jamais, jamais ça n'avait été si fort, si puissant. Pourquoi ? Cet étourdissement, cet abrutissement presque ? Elle se sentait idiote, abêtie, mais bon sang, c'était si bon ! Tellement plus fort. Une douleur vivace et agréable, qui la brûlait dans la gorge. Et elle frémissait d'extase à l'idée de ce que ça allait être ! Allait-elle y survivre ? Quelle belle plaie d'amour c'était là si elle en mourait. Jamais rêvé mieux. Mourir de bonheur. Crever d'extase. Mais non, elle n'y mourrait pas. Jamais. Pas à cause de Lui. Mais son coeur lui faisait si mal dans son plaisir. C'était tellement étrange.
    Tellement... Paradoxal.

    - Tu te souviens où on le faisait avant ?

    Oui, oui. Elle avait compris cette fois. Les mots formaient une phrase intelligible. Mais non. Elle ne pouvait pas attendre. Parler ? Peut-être. Mais pas attendre. Pas encore. Non, elle le voulait là, dans l'instant. Bien sûr, l'eau qui ruisselle, glacée ou bouillante, sur la peau qui tremble, entre les corps qui s'aiment. Mais elle ne pourrait pas marcher. Et puis, ce lieu lui était familier, un peu. Elle s'y sentait bien. Que sentait-elle, au fond ?

    Parvenant à reprendre assez ses esprits pour articuler quelques mots, elle geint :

    - Oui... Mais je... vite...

    Suppliante. Elle aurait tout fait. Et déjà ses mains s'attaquaient au dernier morceau de tissu qui barrait encore son plaisir, qui lui gâchait toujours l'extase. Elle tâtonnait, noyant son regard brouillé dans le visage viril de son mari. Aime-moi, comme jamais, mon amour. Le vêtement rejoignit le reste sur le sol de la chambre. Et elle se tendait toute entière vers lui, pour happer ses lèvres une fois de plus, pressant un peu plus vivement son corps contre le sien.

    Elle s'arracha elle-même un son rauque de satisfaction, alors que ses ongles étaient plantés dans son cou. Elle respirait difficilement, les joues rougies de plaisir, le corps bouillant de désir.
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Ven 11 Fév - 23:14

    J’étais vraiment en train de revivre. Je ne m’étais pas senti si humain si vivant qu’à cet instant. Mon corps exultait pendant que je dévorais la saveur de sa peau. J’avais rarement vécu un moment si sensuel et excitant dans ma vie. Et quand le dernier vêtement vola, je sentis à quel point Elle me désirait, et jusqu’où Elle voulait qu’on s’élève. J’oubliais absolument tout à cet instant, ma vie sur la Nef, mes nouveaux amis, mon passé, ma cabine, j’en oubliais presque mon corps. Je n’étais qu’avec Elle. La chaleur de l’excitation monta encore très haut, et nous avons fait l’amour en prenant tout notre temps.

      - J’avais presque oublié à quel point c’était bon quand je te faisais l’amour. Ca été extraordinaire Catherine …

    Lui susurrais-je à l’oreille en la tenant dans mes bras. Ma main gauche caressait son avant-bras. Sur le moment je ne réalisais pas, mais c’était ahurissant. Elle était là avec moi, dans mon lit, gisant dans mes bras alors que nous venions il y a quelques instants de faire l’amour. Je me croyais revenu à nouveau dans ma vie de couple épanouie. Cependant, je ne réalisais pas ces petits moments. Je me remettais de mes émotions peut-être.

    Je me réveillais, mes yeux s’ouvrirent délicatement. J’avais rêvé. De tout ? Non, s’il vous plait. Mais cette crainte s’envola vite quand je revis ma femme allongée près de moi en train de dormir paisiblement un léger sourire aux lèvres. J’eus à peine bougé que sa tête vint se reposer contre moi, et sa main aussi vint se glisser sur mon ventre. Je lui déposais un léger bisou sur le front, et je refermais mes yeux en me concentrant sur sa présence tant tactile qu’olfactive.

    Mais non, le sommeil n’arriva pas à me prendre quand je découvris que la main posée sur mon ventre commençait à bouger. Madame était réveillée visiblement, je le sentais.

      - Je t’ai réveillé ? Excuse-moi …

    Ma main vint traverser ses cheveux ébène. Et ce fût là que la réalité reprit un peu possession de mon esprit. Il était temps, je devais lui dire dans quel lieu je vivais, et plus que tout je voulais savoir si la Nef allait me permettre de garder auprès de moi ma femme. Le sujet était délicat, mais qui d’autre qu’elle ne pouvait mieux me comprendre ? Je me lançais.

      - Chérie … Je dois te parler de quelque chose. Sur le coup, je n’ai pas pu t’en parler, c’est un miracle que tu sois là. Je devais encaisser ton retour et aussi le retour de ma vue.

    Je me relevais dans mon lit pour bien lui parler en face.

      - Voilà, tu ne sais pas où tu te trouves n’est-ce pas ? Alors laisse-moi te préciser certains détails sur ce lieu. On se trouve sur ce qu’on appelle la Nef. En fait, je sais relativement peu de choses sur ce lieu. Alors le mieux c’est ce que je te raconte tout depuis ton départ.

      Après ton départ, sache que mon père t’a suivi quelques mois après … Déjà à l’époque je commençais à avoir des problèmes de vue, elle s’obscurcissait. J’ai été détruit quand tu es décédée, tu étais tout pour moi. Mon oxygène, mon soleil, le courage qui faisait que je me levais pour aller travailler, mes espoirs, mes projets. Ca été dur sans toi, ma famille m’a donc envoyé dans un monastère quand j’ai perdu définitivement la vue. J’ai fait la rencontre d’un homme extraordinaire qui me donna les moyens de surmonter ma cécité. Quand je fus prêt, j’ai décidé de quitter le Japon pour venir m’installer en France, à Paris.

      Je cherchais constamment à te sentir près de moi. Et je ne sais si c’est toi, mais j’ai tout de suite aimé Paris. Tes parents m’ont même aidé à m’installer dans un appartement, et j’ai pris une place à l’université de la Sorbonne en tant que professeur d’histoire et de culture orientale. A partir de là, la vie a commencé à se stabiliser, mais aussi à perdre tout son intérêt, la vie devenait fade. Mis à part des étudiants à former, je n’avais aucun projet. Un jour, j’ai pris le métro pour me rendre à l’université, et j’ai été transporté ici.

      Tout ce que je sais c’est que je me trouve dans un lieu entre la vie et la mort où le temps ne s’écoule pas et dont les naufragés viennent de n’importe époque. Au départ, je pensais que c’était un lieu de pénitence pour moi, mais jamais, jamais, je n’aurais cru te revoir aujourd’hui, et d’autant plus que c’est précisément aujourd’hui que j’ai retrouvé la vue. Je sais que c’est difficile à concevoir, mais voilà la vérité. Et j’ai peur … j’ai peur que la Nef ne t’arrache à moi …
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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Ven 25 Fév - 2:25

    Plus haut, plus fort, plus intensément que jamais. Personne, personne au monde n'avait jamais dû se sentir si vivant, si humain. Elle était là, enchaînée à lui, liée au moindre de ses mouvements, délivrée par la plus infime de ses respirations. Il la possédait toute entière, chaque effluve qui émanait de son corps, chaque soupir qui s'échappait de ses lèvres, chaque battement de cil, chaque effleurement de peau. Tout, elle n'existait que pour lui, pour lui seul. Elle n'était faite que pour lui, son corps n'était modelé que pour lui plaire, son sourire ne rayonnait que parce qu'il le voulait. Elle était sienne, sa création peut-être. Oui, elle était faite pour lui, elle en était persuadée. Jamais homme n'aurait pu l'élever si haut, n'aurait pu la tuer et la sauver d'un mouvement de hanches.

    Mais alors qu'elle quittait les méandres de l'extase, qu'elle tombait de son paradis pour venir heurter la réalité, un flot de doutes l'envahit. Elle ne comprenait pas. Où étaient-ils ? Étaient-ils ? Elle ne savait pas, ne savait plus. Vivait-elle ? Mais depuis quand, quand ?! Elle voyait son corps, mort, elle savait qu'elle était morte. Elle était partie, pourquoi maintenant ? Pourquoi, après six ans, on avait voulu les réunir ? Et si elle n'était qu'un songe, qu'un rêve ? Et si les sensations qu'elle croyait ressentir n'étaient pas siennes ? Et si son corps, si confusément précis, n'était que le dessin d'un souvenir que l'imagination avait truffé de détails ? Et si ces gestes qu'elle avait cru effectuer n'étaient qu'une agitation du vide ? Un bruissement de rien ? Elle avait peur, sa sensibilité exacerbée par le paradis qu'elle avait atteint, que tout ne soit que chimère. Que bientôt, son amant se réveille et qu'elle soit de nouveau réduite à l'état de rêve, de passé. Voilà, elle avait peur d'être au passé. Ces instants magiques venaient-ils d'avoir lieu ? Une main courait-elle le long de son bras ? Des mots d'amour glissaient-ils à ses oreilles ? Elle n'en savait rien, et elle luttait de toutes ses forces pour ne pas bouger, ne pas dormir, ne rien faire. De peur de disparaître. Elle ne voulait pas disparaître. Mais bientôt, les brumes du sommeil effacèrent tous ses doutes et seul lui restait cet ébahissement de l'âme et cette tendresse nichée dans le ventre. Et ce sourire vissé aux lèvres. Elle aurait au moins profité de son rêve. Dormir. Comme cette idée lui paraissait étrange. La mort n'était-elle pas un long sommeil sans rêves ?

    Quelques roulis de-ci de-là. Elle luttait encore un peu, préserver le sommeil, le calme, la plénitude encore quelques instants. Dans une volonté instinctive de retenir les secondes, elle se serra contre son mari, glissant ses doigts sur son ventre, sa tête contre sa peau. Ni tout à fait endormie, ni vraiment éveillée, elle oscillait entre le sommeil profond et le réveil. Mais comprenez, elle était si bien, là, contre lui, invulnérable, invincible. Se sortir de cette torpeur était difficile, ça faisait mal.

    D'un mouvement inconscient, sa main bougea, caressant vaguement la peau de son mari. Il était toujours là. Étaient-ils toujours un rêve, un songe ? Un souhait ? Une illusion de réalité ? L'illusion du réel ? Non, ce n'était pas possible. Peut-être que c'était un miracle, après tout. Peut-être que c'était la réalité, et que tout resterait comme ça. C'est ce qu'ils voulaient tous les deux, et qu'ils avaient prouvé. Mais... Non. Rien.

    Le son de Sa voix lui fit oublier ses questionnements divins et ses élucubrations. Elle se rendit soudain compte qu'elle voyait. Pourtant, elle ne se souvenait pas d'avoir ouvert les yeux. Encore trop endormie pour répondre de vive voix, elle lui adressa un sourire. Il était magnifique. Sublime. Chaque seconde il lui paraissait plus merveilleux encore. C'était l'effet du manque ? C'était la noirceur de son rien ? Elle ne savait pas, mais elle serait bien restée, juste là, à le regarder sans rien faire d'autre. Jamais rien d'autre. Parce que ne pas bouger c'était s'assurer l'absence de risque. Risquer de le perdre, ne plus le voir, disparaître, mourir encore. Non, non, non. Elle était si bien là.

    Mais les mots suivants présageaient de bien sombres minutes à venir, elle l'avait compris. Il voulait lui expliquer, ou essayer de comprendre. Lui aussi, il avait peur. Lui aussi, il craignait la fin du mirage. Il craignait l'atterrissage. Oui, ils auraient mal s'ils s'écrasaient. Oui, ils mourraient encore si on les séparait.
    Un frisson lui courut le long du dos, elle se rassit également, la tête penchée, à attendre. Avec crainte et envie. Elle voulait savoir. Que voulait-il dire ?

    Elle a écouté. Toute tentative de sourire évanouie. Elle redevenait la femme de confiance, qui écoute et qui comprend. Ses traits se contractaient à l'évocation du manque, à l'évocation de sa mort. Elle avait tout emporté sur son chemin, tout. Toute sa vie, tous ses espoirs, ses projets, tout. C'était monstrueux. De même que l'évocation de sa mort lui froissait le visage, l'évocation de ses parents lui tordait le ventre. Ses parents. Elle n'y avait pas pensé une seule fois depuis qu'elle était ici. Comment s'en sortaient-ils ?
    A la fin de ses explications, elle sentit un vide immense s'engouffrer en elle. Ainsi, il était dans un exil, éternel ? Une sorte de faille au cours du temps lui-même, de "portail espace-temps" comme dans les films ? Et lui périssait ici, condamné à jamais ? Que d'injustice !

    Pendant quelques secondes, minutes, elle le considéra sans rien dire. Le temps d'assimiler les informations, de retracer le parcours de sa vie, de son départ à aujourd'hui. Il avait perdu la vue ? A cause d'elle ? Non ! Ce n'était pas possible, hein ? Elle avait mal compris. Forcément. Elle n'avait pas le choix... Tout cela lui faisait mal. Mal pour lui. Toute la souffrance qu'il avait dû endurer à cause de son départ. Pourtant, elle savait très bien qu'elle n'y était pour rien. Elle n'avait pas choisi. Mais c'était tout de même douloureux d'imaginer ce qu'une personne peut causer comme peine par son absence. Surtout quand cette personne, c'est soi-même.

    Elle prit une profonde inspiration et tenta de réagir de la manière la plus objective qui soit, la plus neutre, la plus posée et réaliste. Mais sa voix tremblait légèrement :

    - Je... suis désolée. Encore. Je sais que je n'y peux rien, mais je suis désolée de ce que tu as eu à souffrir. Je n'ai pas totalement saisi le concept de ce lieu. Mais apparemment, c'est quelque chose hors du temps, c'est ça ? Si jamais il fallait que je... reparte, il faudra que tu continues, hein ? Je veux dire... Ne pas te laisser abattre de nouveau. Mais je suis là, et aussi longtemps qu'ils vont nous accorder, nous devons en profiter.

    Elle marqua un temps, cherchant ses mots. Elle avait envie de pleurer. Elle baissa les yeux et se mordit légèrement la lèvre inférieure. Ses yeux s'humidifièrent. Elle ne pouvait pas, n'avait pas le droit de pleurer. C'était lui, qui souffrait ! Pas elle, qui ne savait que mourir. Et plutôt deux fois qu'une !

    Elle releva les yeux vers lui, pleine d'espoir et articula :

    - Tu... penses qu'il y a une chance ? Une chance que je reste ici pour toujours avec toi ? Tu crois que c'est possible ?

    Mais elle la connaissait la réponse, pas vrai ? Ils la connaissaient tous les deux.


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MessageSujet: Re: Intrigue II ~ Retrouvailles {PV Anton alias Catherine}   Ven 25 Fév - 13:50

    Les mots étaient comme des pierres dans mon cœur quand je lui racontais le récit de ma vie à Paris et de ma « vie » sur la Nef. Oui, j’avais peur qu’elle parte une seconde fois. Mon cœur trouva cependant le moyen d’atténuer cette sensation.

      - Tu... penses qu'il y a une chance ? Une chance que je reste ici pour toujours avec toi ? Tu crois que c'est possible ?
      - S’il y a bien une chose que j’ai appris ici, et tu en es la preuve aussi, c’est que tout est possible sur la Nef. De plus, nous nous trouvons dans un lieu entre la vie et la mort, alors si un vivant peut y résider, pourquoi pas un mort ?

    Je la rassurais, mon discours se tenait en fin de compte, j’avais de bons arguments. Mais après tout, qu’est-ce que j’en savais ? Je n’étais pas le Capitaine, ni un quelconque responsable ici. Je ne pouvais que cultiver un espoir, un espoir de la garder auprès de moi. Après son départ, plus grand-chose n’avait d’importance, et je ne pensais pas vivre si longtemps après son décès, ça m’était égal. Mais là maintenant, l’avoir devant moi tout en sachant qu’elle pouvait disparaître à jamais à tout instant pour la deuxième fois, je devais l’avouer, je n’avais jamais rien vécu d’aussi horrible.

      - Viens par ici.

    Lui disais-je en la conduisant dans mes bras. Je me rallongeais avec son corps nu contre le mien. J’embrassais son front et lui prodiguait de douces caresses sur son dos. Elle était si belle, elle sentait si bon, elle était si douce que je pouvais en crever. Je n’ai jamais été très croyant, et tout ce que j’avais vécu dans ma vie me fit interroger sur les mythes de Dieu. Mais je devais reconnaître qu’il y avait quelque chose de spirituel en cette Nef, et sa compréhension m’échappait. Et si le divin existait réellement et qu’il avait créé tout ceci, j’aurais voulu lui dire que s’il y avait un être plus doux et plus tendre qu’Elle sur Terre et bien … Je ne l’avais pas connu. Et que pour me l’avoir arraché déjà une fois, je le maudissais pour l’éternité, mais s’il osait me l'arracher une seconde fois je n’hésiterais pas à défier les cieux pour me venger de ce nouvel affront.

    Je me retournais à présent vers elle, je décidais d’apprécier sa présence. Je l’aurais embrassé sur les lèvres sans m’arrêter, je lui aurais fait l’amour sans jamais me fatiguer, je l’aurais aimé pour l’éternité. A peine était-elle arrivée que je sentais déjà qu’elle m’échappait. Alors je la serrais fort contre moi pour la protéger de ceux qui viendraient la reprendre.

      - Je t’aime. Je t’ai toujours aimé, et je t’aimerai toujours.

    Je lui souriais tout en lui caressant les cheveux. Peut-être trouvait-elle mes paroles d’un certain cliché ? Mais je m’en étais voulu de ne pas lui avoir dit assez à quel point je l’avais aimé, à quel point je l’aimais, et à quel point je l’aimerais. Ma Catherine à moi, non, c’était plutôt l’inverse en fait. C’est moi qui lui appartenais, je voulais lui appartenir. Je lui aurais bien volontiers vendu mon âme.

      - Que veux tu qu’on fasse maintenant ? Tu veux que j’aille te chercher à manger, tu veux que je mette de la musique, ces petites choses ont du te manquer ?

    Mais avant je repassais mes lèvres sur son cou, et je savourais une nouvelle fois le parfum le plus enivrant qu’il m’ait été donné de sentir.

      - Tu sens bon. J’en veux encore !

    Lui disais-je en dévorant son cou. Je passais mes doigts sur son ventre, je voulais la chatouiller, la faire rire. Nous avions peur tous les deux, mais même en cet instant je la voulais heureuse.

      - Alors dis-moi, tu veux quoi ?
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