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 Intrigue n°2 - Nausea & Shudder

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Anton Halvor

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Date d'inscription : 03/12/2010
Sexe du Personnage : Masculin

La vie d'avant...
Date de Naissance: 05/03/1992
Âge du Personnage: 18ans
Lieu de Naissance: Leipzig, Allemagne

MessageSujet: Intrigue n°2 - Nausea & Shudder    Dim 23 Jan - 4:03

    Du rire aux larmes, à la noirceur de la colère, jusque dans les méandres de la déception. Il oscillait joyeusement, la mort dans l'âme, entre tous ces sentiments. Frénétique, hystérique, jovial et farceur, il sombrait dans les décombres d'un désespoir inconnu. Tout devenait cendre, tout était fade. La mer apparaissait plus noire que jamais. Et, doucement, il retrouvait le sourire, animé par la flamme d'une détresse inconnue. Colère. Il avait des envies de meurtre, de violence, se cognait la tête dans les murs et s'étourdissait d'insultes avant de retomber dans les plaines de l'ennui. La mer paraissait plus plate encore, le ciel semblait gris et le Soleil riait jaune.
    Alors il s'asseyait dans la salle à manger, s'empiffrait de tout ce qu'il pouvait trouver. C'était le vide, un vide affamé.

    Oh somewhere deep, inside of this bones, an emptiness began to grow.
    Jack's lament - Nightmare Before Christmas

    Qu'il se sentait lourd, pesant, ayant ingurgité bien plus que de raison, lorsqu'il retournait s'assoir ailleurs, à l'abri des autres. A l'abri de leur influence, de leurs mots, leur rire, leur folie, leurs pleurs peut-être. C'était un bien étrange rituel qu'il répétait tout le long du jour. Jour éternel. Puis ça débordait, l'envahissait, et il ne gardait rien de son festin sauvage. Epuisé par cette agitation intérieure, il posait la tête contre le mur et tentait de s'assoupir. Il n'avait pas la force de se traîner jusqu'à sa cabine. Quoi faire, de toute façon ? S'y effondrer de sommeil et être réveillé par un cauchemar ? Récurrent. Non, vraiment. Il menait des heures sombres, mort d'ennui et riant aux éclats l'instant d'après. Ca le fatiguait. Il se sentait un enfant, perdu entre l'envie de pleurer et celle de chanter. Entre le plaisir de recevoir un présent et la déception de ne plus avoir à l'attendre. Petite déception, petite mort, superficielle, mais vivace, fugace. Savoir qu'on a gagné mais déçu de ne plus jouer. Harassé d'angoisses, il finit par s'endormir là, contre un mur, à l'ombre du Soleil.


    - A droite, à droite !

    Les pneus qui crissent. Les respirations qui s'arrêtent. La chaleur, la tension. Et qu'elle dérape, qu'elle dérape ! Anton rit, il rit aux éclats. Éclats de verre. Éclats d'obus. Eclaboussures. Peut-être qu'il pleure, il ne sait pas, il ne sent pas. Il flotte dans la voiture. Il s'entend hurler, hurler de tourner, à droite ! Mais l'enfant rit, il bouge, il bouscule. Et lui, bloqué derrière, il hurle, il hurle à pleins poumons. Rien, rien ne sort. Enfermé. Invisible. Le gosse rit, il geint, il tue, il tue ! Ils ne l'entendent pas, il n'existe pas. Il la regarde. Horreur ! Maman ! Le visage arraché de tôle, broyé du choc, déformé de sang, aplati de vitesse. La chair calcinée. Non, non ! Maman ! Et il pleure. Mais non, non. Les pneus ne crissent plus. La voiture reste sur la route. Un soleil timide brille dans le ciel. Anton est cramponné à son siège, il fixe la route. La neige qui fond sous ses yeux. Il n'y a pas de neige, il n'y a jamais eu de neige. Il lève les yeux. Axel. Qui le regarde. Inquiet ? Non, souriant. Tout sourire. Il lui parle, argumente avec des gestes. Et Anton s'évanouit dans ses cauchemars, saignant ses ongles dans le siège. Ca accélère, ca accélère. Axel arrête ! Freine ! Tu tu... Mais non, la voiture file dans la nuit, invincible, imperturbable. Toujours plus vite. La route se défait sous les roues, mais elle ne s'écroule pas. Anton suffoque. Le souffle lui manque, il halète, il supplie. Ses yeux embués se tournent vers le chauffeur. Ils doivent s'arrêter. Mais non, mais non ! On va être en retard ! Ouvre la fenêtre si t'as chaud. Il sait. Il sait que la voiture va s'écraser. Le pare-brise saigne déjà, des éclats de verre l'atteignent en plein visage. Mais pas de camion. Ca roule bien, à cette heure. Arrête, arrête ! Je t'en supplie. A genoux. Axel saigne, saigne ! Chéri, tu saignes ! Mais non, mais non. Le sang coule, tâche informe au milieu de ses cheveux, masse maligne devant le Soleil. Et qui dégouline, lentement, lentement, trop vite ! dans le cou, sur les habits. Et qui gicle, dans son œil, sur ses mains, le siège, le volant. Violet, il devient violet. Avec ce sourire, idiot, idiot. Anton ne respire plus, il hurle en silence, la bouche grande ouverte sur ce spectacle effroyable, à la représentation éternelle. Il se sent oppressé, il veut... Il veut mourir. Juste, mourir. Et Axel qui saigne, qui saigne, et qui rit, qui discute ! Et puis, et puis ce n'est plus lui. Et la voiture a disparu, et puis il est quelque part, dans sa maison. Et puis il fait nuit, et puis il y a quelqu'un. Et puis Anton s'approche, ses malheurs oubliés. Et puis c'est son père, là, assis dans un fauteuil. Ivre mort. Mort ? Plus mort qu'ivre, plus ivre que mort ? Allons, touche ! Non, non ! Il le regarde, il ne sait pas, si il respire ou s'il est trop tard. Alors il attend, dans l'expectative d'un acte, un souffle, un geste. Mais non, rien. Puis d'un coup, éclair au milieu d'une éclipse, une voix qui siffle, qui souffle, qui murmure ou qui hurle. Là, juste dans son oreille. Mais tellement loin, tellement loin. Inaccessible, intouchable. Et pourtant à portée de doigts, de bras. Juste, un peu, un effort. Mais non, qu'il retombe dans les poussiéreuses minutes qui languissent, qui périssent, à l'ombre de l'agitation.

    Réveil. En sursaut. Sursaut de conscience, soubresaut de réalité. Il se frotta paresseusement les yeux, engourdi par les langueurs du sommeil. Bientôt rattrapé par les terribles horreurs de son rêve. Joyeux amalgame de ses malheurs, joyeux mélange de frayeur. Il le sait, il connait le rêve. Sa mère, puis Axel, puis son père. Il n'a jamais eu personne d'autre dans sa vie. Jamais. Pourtant, c'est à chaque fois les mêmes émotions. L'effroi, la peur, la tristesse. Mais donc, il fut réveillé par la voix, atone, neutre, du Capitaine. Les sommant de tous retourner dans leur cabine. Un élan de rébellion le poussait à rester assis quelques secondes supplémentaires. Mais bien vite, la servitude le rattrapa, et il prit le chemin de sa cabine, traînant des pieds avec indolence. Mal réveillé, l'air pâle et hagard. Bâillant par intermittence, n'ayant cure de la politesse, qui aurait voulu qu'il mette gentiment sa main devant sa bouche, qu'il bâille en silence. Non, voyons. Et qu'il s'en décrochait la mâchoire à la vue de tous dans un soupir de satisfaction.

    Il ne savait pas trop à quoi s'attendre, de la part du Capitaine. Il leur réservait forcément une surprise. Avait-il caché, quelque part, à leur insu, un objet quelconque, du quotidien, qu'il faudrait retrouver au moyen d'indices ? Non. Anton était sûr qu'il ne leur ferait pas ce plaisir. Parce que ça les aurait occupés dans leur vacuité, animés dans leur inanité. Comme un rouleau, léger ressac, petit mouvement, une vague roulant sous le navire, la houle qui s'énerve un instant pour s'aller mourir l'instant d'après. Le Capitaine ne leur aurait jamais fait ce plaisir, offert cette occasion, cette distraction. Forcément, il y aurait de la cruauté dans son geste.

    Mais sans s'en rendre compte, il avait accéléré le pas. Parce que, même si c'était sans doute ennuyant, c'était assez grisant. Quelque chose l'attendait derrière la porte de sa cabine. Quelque chose de nouveau, d'inattendu. Un message, une clé. Miaulement de vie, vagissement d'agitation. Qu'importe ! Les choses bougeaient, dans leur immobilité. Fabuleux ! C'était fabuleux ! Son cœur avait accéléré, violemment. Joyeux, il était joyeux, il allait presque en courant à sa cabine. Un sourire béat lui étirait par moment les lèvres. C'était si inattendu, si bienvenu ! Il n'aurait pu rêver mieux ! Un emportement, une exaltation d'allégresse. Stupide. L'excitation badine d'un gamin, la nuit de Noël, qui attend, tapi dans l'escalier, la silhouette rouge et grasse de l'individu bedonnant et barbu.

    Là, il était arrivé. Enfin ! La main bloquée sur la poignée. Pouvait-il entrer ? Il trépignait d'impatience. Qu'est-ce qui l'attendait, de l'autre côté ? Si il savait, s'il avait su ! Exerçant la pression nécessaire sur la clenche, il la poussa presque avec timidité. Osant un regard par l'entrebâillement de la porte, il ne vit de prime abord rien. Rien d'inhabituel. Pressé, presque tremblant d'envie, il entra un peu plus franchement et referma derrière lui.


    Axel.


    Axel ! Axel ? Sur son lit. Axel ? Le même ? Le vrai ? Le sien ? Ici, sur la Nef. Axel ! L'allemand ? Blond ? Jovial ? Amoureux ? Collant ? Là, dans leur exil. Axel ? Son petit ami ? Détestablement candide, ignoblement gentil ? Dans sa cabine, devant lui. Axel ? Le photographe ? Le timide ? L'humain banal. Anton avait la bouche entrouverte sur ce qui s'offrait à lui. Son sourire s'était évanoui, ne laissant place qu'à l'incertitude, la confusion. Etait-il heureux de le voir ?

    Oui. Oui ! Il avait tant souhaité le revoir. Tellement souvent. Il voulait, ses bras autour de son corps. La course infernale de la peau qui court sous les doigts. Il voulait son sourire vierge, épargné de la vie, confiant. Son attitude, toujours contemplative, comme si chaque respiration d'Anton valait de l'or. Il voulait se sentir aimé, choyé. Se sentir adoré, idolâtré, cajolé. Se sentir chez lui, un petit peu. Juste un peu. Beaucoup. Retrouver le cycle morne et habituel, ennuyeux et commun des journées qui se répètent, semblables et calmes. S'enfoncer jusqu'au cou dans la fange de la routine, à peine torturée de quelques réminiscences. Retrouver quelques repères, des choses connues. Quelques rires, quelques larmes, quelques discours, quelques caresses. Voilà ce qu'il voulait.

    Que faisait-il là ? Il n'en savait rien, et ne se posait pas la question. Blasé aux extravagances de la Nef, il n'avait même plus l'audace de se demander pourquoi n'avait-il pas sa propre cabine, pourquoi était-il là. Il était mort, lui aussi ? Comment ? Suicide ? Non, jamais. Anton n'avait pas bougé. Il le regardait fixement, la bouche entrouverte, les poings crispés. Partagé entre le bonheur et l'incompréhension. D'autres ressentis l'effleuraient, bien vite couverts par le vacarme de ce débordement de joie.

    Ah, voilà. Il ne restait que quelques temps.
    Rattraper le temps perdu, qu'il disait. Oui. Il se demandait bien ce qu'il avait pu faire, depuis qu'il était mort. Combien de temps qu'il était mort, d'ailleurs ? 2 semaines, 2 mois, 2 ans ? Il ne savait pas. Aucune importance. D'un geste inconscient, il fit quelques pas. Petits pas de saccade. Il n'osait trop avancer, trop s'approcher. Parce que déjà, la haine qu'il avait nourri contre lui ressortait, tirait ses ficelles, montait son décor.

    Les larmes lui montèrent aux yeux. Sournoisement. La lèvre inférieure qui tremble, légèrement. Les yeux qui se mouillent, et ce léger picotement dans le nez, petit tiraillement. La voix qui va trembler, défaillir et s'éteindre, comme une bougie. Et pour réprimer les larmes, on mordille la lèvre, ou l'ongle, espérant juste que le sanglot va se contenir. Des larmes de quoi ? De trop de bonheur ? Pas certain.

    - A... Axel ? Tu...

    Et sa voix mourut dans sa gorge.
    Rattraper le temps perdu. Il devait lui dire, tout ce qu'il avait sur le cœur ? Non, non. Il n'était pas assez cruel pour lui infliger ça. Axel avait dû le regretter, le pleurer sûrement, sur Terre. Alors, maintenant qu'ils se retrouvaient, il n'allait pas le laisser vivre avec l'idée qu'il n'a même pas réussi à rendre Anton heureux.

    Les bras ballants, il restait là, à ne pas savoir quoi ressentir. Perdu entre son affection passée et sa haine virulente.
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Kurogane

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MessageSujet: Re: Intrigue n°2 - Nausea & Shudder    Ven 11 Fév - 1:09

I know you've suffered
But I don't want you to hide
It's cold and loveless
I won't let you be denied

Soothing
I'll make you feel pure
Trust me
You can be sure

I want to reconcile the violence in your heart
I want to recognise your beauty's not just a mask
I want to exorcise the demons from your past
I want to satisfy the undisclosed desires in your heart

Undisclosed Desires - Muse



Des couleurs. Une infinité de couleurs. Des tons sombres, clairs, chatoyants, des nuances qu’il n’a encore jamais vues auparavant. C’était une douloureuse extase qui lui brûlait les rétines, une explosion de sens qui mitraillaient et faisaient vibrer son âme d’artiste.
De la lumière. Pour chasser les ténèbres, pour purifier son corps et son esprit, pour sublimer l’instant. Comme il aurait voulu coucher tous ces sentiments sur une toile, attraper son appareil, sentir le doux contact de l’objet contre ses doigts gantés, et immortaliser cet instant, pour ne jamais oublier, pour s’évader encore, toujours, oublier la réalité trop dure et trop fade qu’il affronte tous les jours depuis qu’Il n’est plus. Lui, sa Muse, son amour, son amant, sa raison de vivre. La lumière qui éclaire sa vie, l’ombre de son clair-obscur.
Qu’il se sentait bien, plongé dans cette dimension inconnue. Immatériel, léger comme une plume blanche, il se sentait flotter. Une douce chaleur l’enveloppait.
Est-ce un rêve que je fais ? Pensa-t-il, en contemplant, émerveillé, le sublime spectacle qui s’offrait à lui. Est-ce la mort que je vois ? Vais-je te retrouver, toi que j’ai perdu ? Toi qui étais mon univers et son centre, le soleil autour duquel je gravitais ? Comment ai-je pu, tout ce temps, survivre à ta perte ?

Deux mois. Deux longs mois de souffrance et de vide, de cris et de larmes, de désespoir et d’impuissance. Deux mois qu’il avait décroché le téléphone, que la voix rauque du père d’Anton lui avait annoncé la nouvelle. Deux mois qu’il avait senti son cœur, son âme et son monde se déchirer au creux de son oreille. Il se souvenait encore de ce jour de pluie, où il était resté debout, des heures durant, devant cette fatale stèle de pierre, où était gravé le plus beau nom de l’humanité.
Il s’en était tellement voulu, tellement, tellement. C’était allé si vite. Dire que la nuit d’avant, il le serrait encore dans ses bras ; dans ses bras, il était là, lui, Anton, le seul, l’unique, son trésor, ce qu’il avait de plus cher, la raison de son existence. Il lui avait tout dit, tout, l’accident, sa mère, sa peine, son vide. Après tant de temps passé ensemble, il avait fini par lui faire assez confiance pour ça. Et lui, Axel, il n’avait rien dit. Il n’y avait rien à dire. Il aurait été incapable de trouver les mots. A la place, il avait simplement pleuré en silence, versé des larmes amères pour celui qu’il aimait, et qui s’était déjà noyé dans son désespoir. Comme toujours, il l’avait serré contre lui, l’avait cajolé, consolé, aimé, caressé, embrassé. Il ne pouvait faire rien d’autre. Alors il faisait le maximum du peu qu’il pouvait faire. Il aurait tellement voulu le soulager ; lui arracher ces souvenirs et les garder en lui, aspirer cette rancœur, cette colère, et toute cette tristesse qu’il avait, pour ne plus lui laisser que le meilleur. Il aurait tout pris pour lui, s’il avait pu. Pour le voir heureux. Il aurait tellement voulu le voir heureux, vraiment. Le voir sourire pour de vrai, rire à en perdre ses côtes. Le voir vivre, pleinement, comme lui vivait tous les jours, juste parce qu’il était là à ses côtés.
Le reverrait-t-il un jour ?

Soudain, le jeune homme ouvrit les yeux. La vue encore brouillée par la torpeur qui s’était emparée de lui, il pose sa main gantée sur ses paupières. La lumière, bien trop forte, l’avait complètement aveuglé. Mais qu’est-ce que ça avait été beau. Beau à en pleurer. Beau comme Lui. Il n’avait pas tout compris. Il ne se souvenait pas vraiment comment et pourquoi il était arrivé là. Il s’était souvenu rentrer tard après une exposition nocturne organisée par son ancienne école qu’il venait de quitter, s’être jeté sur le lit encore tout habillé, et avoir sombré. Et puis, avant que le déluge de couleurs ne l’envahisse, et que les ténèbres étaient encore là, il avait entendu une voix ; une voix indéfinissable, sombre et claire, grave et aiguë, un mystère audible qui l’avait traversé. Des paroles indéchiffrables, mais un seul mot clair : Anton. Il allait revoir Anton. Alors, fou de joie, plein de candeur, sans même se laisser habiter par la surprise ou l’incompréhension, il avait crié de bonheur mentalement, avait hurlé son nom, cherchant son visage entre ses doigts engourdis. Et maintenant, il était là, allongé sur ce qui lui semblait être un lit.

Il ouvrit lentement les yeux, redressa son buste et s’assit. Une chambre. Ou plutôt, une cabine. Des murs épurés, un plancher de bois, une armoire dans un coin, un hublot dans le mur derrière lui, au travers duquel il pouvait voir la mer tanguer. Alors il était dans un bateau ? Mais qu’est-ce qu’Anton pouvait bien faire dans un bateau ? Il était mort ! Mort, écrasé ! Il ne restait plus rien de lui ! Il en était désespérément sûr ! Alors comment, pourquoi ? Lui qui était si heureux, il y avait quelques secondes, si heureux qu’il en avait même oublié de ce poser toutes ces questions, du moment qu’il puisse le voir un instant, juste un instant, la tristesse le gagna de nouveau, un instant durant. Et si on lui avait menti ? S’il ne venait jamais ? Comment allait-il pouvoir s’en remettre ?
Lorsqu’Anton avait disparu, il avait cru mourir. Il s’était laissé peu à peu dépérir, s’entretenant le minimum possible, juste pour survivre. Oui, c’est ça, sur-Vivre, c’était le mot : il en avait oublié la signification. Il ne savait pas ce qui le rattachait encore à cette terre, comment il pouvait encore résister à l’envie d’en finir. Lorsqu’Il avait disparu, le monde avait perdu tout son intérêt. Les couleurs étaient devenues ternes, la lumière s’était éteinte, la nourriture était devenue fade. Et pourtant, il se refusait à mettre fin à tout ça pour aller rejoindre celui qu’il aimait. Ce n’était pas la solution, il le savait. Mais si seulement, si seulement il pouvait le revoir, durant une seule petite seconde, une minute, un moment, juste un moment ! Un moment pour rattraper toutes ces paroles qu’il aurait dû lui dire, ces baisers qu’il aurait dû lui donner, ces larmes qu’il n’avait pas pu pleurer !

Brusquement, l’arrachant à ses chimères, la porte s’entrouvrit. Frisson. Adrénaline. Son ventre se retourne en une seule demi-seconde. Il lève les yeux vers le fond de la pièce. Il est là, devant lui. Lui, le seul, l’unique. Il l’appelle. Il n’y croit pas, il croit rêver, il se pince, s’arrache le visage, mais il est là, il est bien là, lui…

« Anton ? » Murmure-t-il, d’une voix timide, les yeux écarquillés.

Il s’approche doucement de son mirage, lentement. Il tremble, tremble de peur et de joie. Joie de le revoir, peur qu’il disparaisse. Presque, il y est presque. Ca y est, il lui fait face. Un sourire se dessine enfin sur le visage d’Axel. C’est lui ! C’est lui, mon soleil, mon trésor, mon âme ! Il est là, devant moi ! Doucement, il lève sa main gantée, la pose sur sa joue d’adolescent, la caresse tendrement. D’un silence religieux, il l’admire. Ils sont là, ses yeux délicats, son petit nez, ses lèvres pâles et son piercing argenté qui chevauche l’une des deux, sa peau douce et blanche, blanche et pure comme la neige. Ses cheveux noirs, toujours en bataille, qui glissent entre ses doigts. Il n’en peut déjà plus. C’est trop de bonheur, trop d’émotion. Il soupire son prénom, le répète, le chante, en riant et en pleurant à la fois. Si heureux qu’il n’a pas senti les larmes rouler sur ses joues.
Il le prend contre lui, violemment ; jamais, d’habitude, il n’aurait osé, mais il était si heureux, si fou de joie qu’il ne se sentait plus capable de se contenir.

« Anton… Anton… C’est toi, c’est bien toi !… Si tu savais comme tu m’as manqué… Ah, je suis si heureux !… »

Il glisse une main derrière sa taille, l’autre dans ses cheveux noirs, et plonge son nez dedans. Il les hume longuement, s’imprègne de leur parfum envoûtant, et soupire d’extase. Ca y est. Il pouvait mourir heureux, à présent.
Il le sentit surpris lui aussi, désemparé face à la situation. Mais que lui dire ? Il ne savait même pas lui même comment, par quel miracle il était arrivé ici. Alors, il répondit simplement, en riant :

« Je ne sais pas où je suis, ni ce que je fais là. Mais je voulais tellement te revoir, tellement... J’ai entendu une voix, en arrivant ici. Je crois bien que je suis là pour rattraper le temps perdu. »

Il recule son visage, juste assez pour pouvoir le contempler encore. Il lui sourit chaleureusement. Et puis il se penche pour l’embrasser. Leurs lèvres s’épousent. Il est au Paradis.

« Je t’aime, je t’aime… Je t’aime tellement ! » Murmure-t-il, en le serrant plus fort contre lui.

Il se tait. Il n’ose plus rien dire. Cet instant est déjà si beau tel qu’il est. Pour rien au monde il n’aurait voulu le gâcher avec des paroles maladroites. Alors, il continue de le dévorer du regard et de lui sourire, inlassablement, et il l’embrasse, le serre contre lui, parce que c’est tout ce qu’il sait faire.

« Si tu savais à quel point je suis désolé… » Soupire-t-il tout de même, en un demi sanglot de bonheur et de tristesse.

Lui, Axel, l’artiste, l’amant, le pauvre humain qui a perdu son dieu.

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Anton Halvor

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MessageSujet: Re: Intrigue n°2 - Nausea & Shudder    Ven 11 Fév - 3:20

    Le vide battait la mesure, marquait tous les temps. Le néant lui crachait dans la tête, lui éructait ses vérités au visage. Il ne pensait pas, à peine assez vivant pour rester debout. Le rien, le non-être allait crescendo, l'envahissait, lui broyait l'esprit, le tordait, le pliait, et l'écrasait sous un flot de culpabilité aussi pointu qu'agressif. Anton se sentait stupide, au summum de la bêtise, de la rature humaine, un erratum, une rognure, un déchet. Sur une litière d'ordure il trônait, royalement pourri, raclure d'Enfer. Son corps tremblait. L'appréhension. Qu'allait-il lui dire ? Devait-il l'aimer ou le haïr ?

    L'avait-il aimé ou haï ? Aimé. Oui, il avait aimé, ce sourire imbécile, ces manières élégantes, ce soin qu'il apportait, la couleur qu'il vomissait dans tous les endroits sombres qu'il visitait, la chaleur douce de sa voix, le son mielleux de son rire, la caresse agréable de ses doigts, cette manie de toujours, constamment, le prendre en photo, sous tous les angles. Non, il le haïssait. Il avait toujours eu horreur de ses émotions débordantes, où était la dignité ? Non, il était sale d'ainsi exposer ses ressentis au monde. Il détestait le voir s'extasier d'une croûte, trouver poétique le vol d'un pigeon, et ce besoin constant qu'il avait de le coller. Mais Anton ne le laissait pas le coller. Il n'aimait pas se sentir étouffé par sa bonhomie, avalé par sa bonne humeur. Il se sentait monstre à côté de lui, qui était l'humanité à l'état brut, l'essence même de la pureté. Nombre de fois il l'avait rudoyé, pas toujours sur le ton de la plaisanterie, il l'avait utilisé, plié à ses désirs. Axel était son chien, pire, une vulgaire peluche dont il faisait ce qu'il voulait. Mais il n'était pas cruel, alors il ne se faisait pas plus méchant qu'il ne l'était et malgré sa froideur occasionnelle il restait toujours le plus respectueux possible. Anton le sentait sans aucune volonté propre. Comme si, et ça l'angoissait beaucoup, Axel ne vivait pas en dehors de lui. Une responsabilité intenable pour un écorché de la vie, insolent, mal éduqué, solitaire, qui ne savait qu'à peine s'occuper de lui-même. Alors, vivre pour deux ? Lui qui ne savait même pas le faire. Mais il n'avait rien vu de tout ça, embourbé dans son quotidien trivial et rassurant. Il n'y ressentait rien, n'y vivait rien, n'y faisait rien, mais c'était mieux ainsi, non ? Non. Mais il ne le savait pas, il ne voulait pas le savoir.

    La respiration de l'adolescent s'est bloquée dans sa gorge. Chaque traînée de salive lui laissait une impression d'incendie au fond du ventre. Qui avait démarré le feu ? C'était lui, lui seul, avec sa fascination morbide pour les flammes, il s'était contemplé, en train de se consumer joyeusement devant mille personnes qui le regardaient dépérir avec le sourire. Anton s'accrochait à ses idéaux, avec désespoir et rage, qui l’entraînaient immanquablement vers le fond, vers les avens creusés par ses larmes. Mais la pente était douce, alors il se laissait bercer.

    L'objet de son trouble avançait vers lui, fébrile, ému. Axel était toujours ému. Quel que soit l'état d'Anton, Axel le trouvait sublime, voulait le photographier, qu'il soit ivre ou au bord de l'extase, baigné de rage ou harassé. Et lui de répondre, presque en aboyant, de le laisser tranquille. S'il n'avait pas été respectueux, l'appareil photo aurait sans doute fini au fond du canal. Seulement, malgré tout, Anton ne voulait pas rester seul. Il avait peur d'affronter ses cauchemars tout seul, parce qu'il s'en savait incapable. En dépit de sa haine, il s'était appuyé de tout son poids sur son amant pour ne pas couler.

    Et cette voix, qui sifflait, qui grinçait son prénom, timidement, à mi-voix. Peut-être qu'il l'effrayait ? Cette voix, au timbre sucré, chaleureuse, toujours calme, toujours extasiée d'une émotion particulière, mais jamais de colère. Malgré tous ses efforts, Anton n'a jamais réussi à l'entendre hurler. Axel lui souriait, de son sourire le plus heureux. Tant de choses transpiraient de ce sourire. Un bonheur incommensurable, une satisfaction complète, la joie dans toute sa splendeur. Un condensé d'amour et de douceur. Il était tellement son opposé exact. Ses sourires à lui pleuraient la mort.

    Il lui répète son prénom, sur tous les tons possibles, le laissant rouler sur sa langue ou le faisant claquer entre ses dents, dans un soupir de soulagement ou un rire d'exaltation. Une litanie d'Anton, une kyrielle de ce prénom qu'il détestait parce qu'il était Lui. Et qu'il détestait ce qu'il était. Il était l'horreur, la mort personnifiée. Déguisée sous un visage aux contours divins, bambins et rieurs, elle avait frappé, assassinant d'un seul corps au moins trois existences. Et elle avait gardé ses traits et s'était assoupie. Il le détestait aussi pour ça. Parce qu'Axel le connaissait, dans toute son horreur. Il connaissait ses moindres états-d'âme même s'il n'en comprenait pas le sens. Il lisait en lui un peu trop du peu qu'il pouvait le faire. Mais Anton ne se comprenait pas assez pour que les autres le fassent.

    Le regard d'Anton se défia du regard luisant de son amant. Perdu, il était totalement perdu. Perdu dans une tempête qui le frappait de plein fouet, le promenait de droite à gauche, le mâchait, le mordait, le lacérait et lui triturait les entrailles. Des doigts sur ses joues. Un contact impersonnel. Ce n'était pas de la peau qui lui caressait la joue, mais du tissu, un tissu froid, aseptisé. Il n'aimait pas ces gants, ils te donnent l'air d'un chirurgien. Mais il apprécie tellement qu'on l'aime... Il ferma doucement les yeux, profitant de ce doux contact qu'il avait oublié.

    C'était tellement étrange. Il ne parvenait ni à l'aimer ni à le maudire entièrement. Alors qu'il se laissait profiter tranquillement, sombrer dans les méandres d'une félicité retrouvée, un choc presque violent le fit sursauter. Il ouvrit des yeux écarquillés sur celui qui venait de le violenter de la sorte. Axel l'avait serré dans ses bras, plus brusquement que jamais, bravant tous les interdits qu'il avait toujours respectés. Il laissait ainsi son jeune amant contempler l'immensité de sa détresse, la violence de sa misère. Une main qui se faufile sur sa hanche, l'autre dans ses cheveux. Depuis le temps qu'ils n'ont pas été coiffés. Depuis qu'Il ne les a plus coiffés. Il reste pantois, les bras ballants le long du corps, alors qu'un nez lui chatouille le cuir chevelu et que des frissons le transcendent des pieds à la tête. Mais ses bras, tant par mimétisme que par besoin d'étreinte, se joigne au mouvement et vont se poser délicatement sur la chute de reins du blond, s'y accrochant presque désespérément. Il ne voyait pas ? Il ne sentait pas ? L'angoisse qu'il pleurait par tous les pores de sa peau ? Non, il ne la voyait pas ? Non, puisqu'il avait l'air de rire de la situation. Pourquoi la Nef lui faisait-elle ça ? Pourquoi ne le laissaient-ils pas se perdre dans un quotidien diurne, banal, mort avant d'être né. Ici, le Soleil et la Lune ne se battaient plus le trône, le croissant pâle avait péri, relégué par l'astre jaune au rang de mirage, de fantasme, d'horizon inaccessible et enivrant.

    Rattraper le temps perdu.

    Encore des mots, un sourire, et des lèvres contre les siennes. Une valse routinière, morte mais ainsi ranimée, ravivée, ressuscitée. L'étincelle de plaisir que lui procuraient ces lèvres et cette langue s'était embrasée, avait rasé forêts et habitations. C'était tellement bon, suave et délicieux, l'extase apaisée d'un souhait réalisé. Et puis revint la prière des déclarations, la ribambelle de Je t'aime, qu'Anton n'a réussi à mentir qu'une seule fois. Fois unique, ultime parole, qui lui aura coûté la vie. Fou de peur, il s'était jeté corps et âme à son désespoir, s'était laissé envahir par quelque chose de plus fort que sa seule volonté, une colère grandissante et languissante qui poussait à l'ombre, galvanisée par toutes les frustrations quotidiennes et bénignes.

    Anton esquissa un sourire, qui voulait articuler un "Moi aussi" qui ne voulait pas sortir. Axel ne lui en voudrait pas. Il savait. Toujours tout garder pour soi, jalousement, de peur d'être découvert, mis à nu et abusé. Il se laissait docilement faire, peut-être inquiétant, lui qui se voulait impétueux et insolent. La Nef et l'ennui avaient-ils eu raison de son bon sens ? Non. Il était juste noyé dans ce flot d'émotions qui le dépassaient et l'engloutissaient.

    Son amant ramenait avec lui le monde où ils avaient vécu. Le Paradis piétiné par la Mort, la débauche, les déboires, le dépravé qu'il avait pu être. Il avait dans le nez les effluves d'alcool qu'empestait son appartement. Il se laissait porter par toutes ces réminiscences, doucement, bercé par le léger roulement des bons souvenirs. Les soirées de dépravation, où il terminait toujours entre des bras inconnus, des bras sales, qui l'avaient adoré ou malmené, il ne savait jamais. Les rires partagés avec Axel, parce qu'il y en avait eu. Les soirées, silencieuses, réconfortantes, passées avec son père assis l'un contre l'autre à regarder des stupidités qu'ils n'étaient pas en état de comprendre. Son acharnement à trouver le mot qui n'existait dans aucun dictionnaire, pour apprendre des langues que ses années de perdition lui avaient fait oublier. Mais la mer plate et calme des bons souvenirs s'affola, elle s'énerva, et les vagues l'écrasèrent violemment contre les pics du passé. Puis il revoyait son sang, qui coulait sur ses vêtements, ses poings qui s'écrasaient là où ils pouvaient, dans la chair ou la brique, les bagarres, dont il ne sortait pas forcément vainqueur mais toujours avec dignité, son insolence exacerbée et l'origine, la cause de tout ceci. L'accident. La voiture qui dérape, qui court, qui court, qui galope vers son déclin, comme la houle qui gronde, qui gronde, le ciel qui se grise, qui s'obscurcit, qui va se craquer, se fendre en deux et déferler son chagrin sempiternel sur les flots douloureux et gorgés de larmes et du sang des marins, comme Anton, qui se tuent à la tâche pour garder le navire ou la tête hors de l'eau.

    Pris de panique, Anton eut un violent mouvement de recul, se défaisant des bras d'Axel. Il ne l'avait pas écouté, avait laissé son corps se plier aux intentions du blond, et s'était éloigné, de plus en plus loin, jusqu'à ne plus pouvoir revenir. Alors il avait bu la tasse et se débattait vainement pour ne pas se laisser couler. Et il venait de sortir la tête de l'eau , sa respiration erratique trahissait son angoisse.

    Il regardait au sol, la bouche entrouverte, le regard qui n'osait pas remonter vers Axel, de peur de ce qu'il pouvait y lire. Comment ce temps allait-il se passer ? Il resterait collé à lui, comme s'ils étaient menottés ensemble, pour le meilleur et surtout le pire. Anton ne le supporterait pas. Il avait déjà envie de pleurer.

    Son regard remonta lentement le corps du plus âgé, pour finalement se noyer dans les yeux de son interlocuteur. Il avait besoin d'aide, toujours, tout en s'évertuant à la refuser, parce que son amour-propre était trop faible pour supporter ça. Mais il s'en voulait, parce qu'il n'était pas inhumain. Axel savait-il seulement de quoi il était réellement mort ? Comme avait-il pris la nouvelle ? Son aigreur rongeait son frein, étouffée par l'immensité de sa culpabilité. Il se donnait envie de vomir.

    Prenant la main gantée d'Axel, il l’entraîna vers son lit pour qu'ils s'y assoient. Anton regardait la couette, mordillant sa lèvre inférieure. Prenant son courage à deux mains, il releva les yeux et, ravalant sa fierté, il se vendit presque à genoux devant lui, lui offrant des excuses qui étaient rares tant elles étaient sincères :

    - Je... suis désolé. Jamais je n'aurais dû partir. Je... Ici ? C'est la Nef, un lieu d'exil où tu es condamné à ne rien faire du tout. Je... Qui te l'a dit ? Je... Pardon, c'est de ma faute.

    Sa voix était calme, elle avait des inflexions qu'elle n'avait pas auparavant. Douce, teintée d'une tristesse vague. Il baissa de nouveau les yeux, jouant du bout des doigts avec un des trous de son pantalon. Ses poings crispés retenaient du mieux qu'ils pouvaient les cris ou les larmes.
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Kurogane

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MessageSujet: Re: Intrigue n°2 - Nausea & Shudder    Lun 7 Mar - 0:41

There's me and I loved you
There's me and I was looking at you
There's me and I wanted you
There's me and I lost you

(traduction) Nakihagara (Field of crying) - the GazettE


Lui qui avait franchi les portes du paradis il y avait quelques instants seulement, le voilà de nouveau projeté en Enfer. Brusquement, Anton s’était dégagé de son étreinte. Non ! Pourquoi ? Pourquoi rompre cet instant de bonheur qu’il avait tant désiré vivre, depuis des mois ? Pourquoi maintenant, alors qu’ils venaient à peine de se retrouver, après avoir été séparés si longtemps ?
Et puis en contemplant le regard d’Anton, debout à quelques pas de lui, qui s’était plongé dans le sien, il comprit. Il ressentit, au fond de son cœur, la fulgurante détresse qui s’était de nouveau emparée de lui, il entendit, au fond de son esprit, le cri de désespoir qu’il l’imaginait pousser mentalement.
Troublé, envahi par cette vague de tristesse qui avait englouti son amant, Axel leva son bras vers Anton, comme pour tenter d’attraper l’objet de son amour toujours hors d’atteinte, murmurant :

« Anton… Est-ce que ça va ? »

Silencieux, il continue de se perdre dans ce mystérieux regard blanc qui pleure de souffrance. Un appel au secours. Mais quel idiot il était ! Ce regard, il le connaissait par cœur, pourtant ! Pourquoi ne l’avait-il pas remarqué plut tôt ? Il voulait tant le réconforter, mais il ne savait plus quoi faire. Il n’osait plus s’approcher. Il avait peur, maintenant. Peur de le brusquer, peur de décupler sa tristesse. Peur, surtout, de le perdre de nouveau. Il était si heureux, si merveilleusement surpris de le retrouver qu’il ne voulait plus rien tenter qui puisse lui retirer ce qu’il avait perdu et qu’il avait miraculeusement récupéré. Il savait qu’il n’y survivrait pas une seconde fois.
Docile, il se laisse conduire par son dieu, inquiet mais ne pouvant s’empêcher d’admirer la délicatesse de ses traits, se remémorer la douceur de cette peau si proche de lui, son parfum, sa chaleur. Mentalement, il s’auto réprimande. Laisse-le. Retiens-toi de le toucher. Il n’en a pas envie, pas maintenant. Ah, il était si proche de lui, et pourtant si inaccessible…
Mais Axel se fait violence, comme il a toujours fait. Parce qu’il aime Anton et le respecte, maladivement, et qu’il ne sait pas écouter ses propres désirs. Il se plie à la volonté de son idole, il obéit comme un fidèle digne de ce nom. Parce qu’il n’a pas, souvent, d’autre façon de lui montrer la ferveur de son amour.

Soumission ? Impossible, incroyable, inadmissible. Pourquoi est-ce que lui, Anton, sa merveille, s’abaissait-il à lui faire des excuses ? Intolérable ! Blasphème ! C’était lui, pourtant, qui l’avait mis dans cet état ! Lui, Axel ! Lui, qui s’était laissé envahir par sa peine ! C’était de sa faute à lui, l’amant désespéré ! Mais pas celle d’Anton ! Regarde, misérable artiste ! Regarde ce que tu as infligé à ta muse !
Et pourtant, il ne peut lutter contre ses instincts naturels de contemplateur. Anton se vendant à lui. Il est si beau, dans sa détresse, dans sa soudaine recherche de rédemption, qu’Axel sent les larmes lui monter aux yeux. C’est trop beau, trop triste. Il n’en peut plus, il va exploser. Tremblant, il balbutie, prenant timidement la main d’Anton sans oser pourtant le regarder :

« Non, je t’en supplie, mon chaton, ne t’excuse pas. C’est… C’est moi qui… Cette nuit-là, je n’ai pas pu… J’aurais dû trouver les mots, je… »

Il n’avait, cette fois-ci non plus, pas les mots pour lui exprimer à quel point il s’en voulait de n’avoir pas été à la hauteur, et de l’avoir laissé partir.
Mais il se tut, pour écouter la suite des paroles saccadées et dégoulinantes d’angoisse de son amant. Si seulement il pouvait absorber toute cette noirceur, cette souffrance pour l’en débarrasser. Mais il ne le peut pas, il le sait. Il ne peut qu’essayer de l’éponger un peu.
Il serra sa main un peu plus fort dans la sienne.

La Nef. Alors c’était ainsi que s’appelait cet étrange endroit. Et puis des excuses, encore. A chaque supplication de pardon, Axel était partagé entre le désespoir de le voir s’excuser et le ravissement de son expression merveilleusement rédemptrice. Si seulement il avait son appareil. Il savait que ce n’était pas le moment de le prendre en photo, mais il ne pouvait s’en empêcher, de rêver à cet instant fugace et palpitant où il capturait son image, pour s’emparer d’un peu de son être et le garder pour lui. Rien que d’y penser, il en vibrait d’émotion.
Pourquoi il était enfermé ici, il aurait voulu le lui demander. Mais il songea qu’Anton lui même ne devait pas vraiment le savoir. Alors il n’osa pas demander.
Il se concentra de nouveau sur ses paroles. Qui ? Qui l’avait pratiquement achevé, au bout du combiné, en lui annonçant la nouvelle ? Déglutissant avec difficulté, Axel répondit, d’un ton hésitant, comme s’il avait peur de l’affecter :

« C’est… Ton père. »

Songeant aux derniers mots d’excuse d’Anton, doucement, il pose sa joue contre la sienne, et murmure dans le creux de son oreille :

« Non… Pourquoi est-ce que ce serait de ta faute ? Tu ne pouvais pas savoir… Si quelqu’un est à blâmer, c’est ce conducteur… Oh, Anton… Si seulement j’avais pu faire quelque chose… J’aurais dû… Mais je… »

Il n’a pas la force de finir sa phrase. Il sent les larmes, chaudes et salées, couler le long de ses joues. Il prend du recul, pour ne pas qu’elles retombent sur celui qu’il aime. Doucement, il prend les poings crispés d’Anton, et dénoue avec ses doigts ces deux boules de stress. Sans bruit, il songe aux évènements passés.
Si Anton s’excusait, il devait y avoir une bonne raison. Même s’il avait tendance à culpabiliser, son Anton ne s’excusait pas pour rien, pas devant lui, en tous cas, et encore moins devant les autres. Il devait y avoir une bonne raison. Mais quoi ? Il n’avait pas pu, pourtant, Axel en était certain. Oui, ce n’était pas de sa faute, à lui, son amour, il était la victime d’un horrible accident… Il n’avait pas pu…
Et puis Axel se remémora les évènements de la veille. La souffrance de son amant, dans ses bras, lorsqu’il lui avait tout dit. Ce brusque départ qu’il n’avait pu empêcher.

Et là, brusquement, le doute l’envahit. Il ne veut pas y croire, et pourtant, il commence à comprendre, peu à peu. Son idéal se brise en mille morceaux. La victime se change en faucheuse. Il retient un cri de surprise entre ses lèvres pincées. Ses yeux sont remplis d’effroi. Il n’ose pas murmurer l’évidence, et pourtant, cet horrible mot traverse son esprit, l’envahit, serre son cœur à l’en faire exploser, détruit en une seule seconde de terreur intense de la vérité ses espoirs et ses croyances candides.
Suicide.

Paralysé par la tristesse et l’effroi, il se met à trembler à nouveau, et susurre, les yeux écarquillés, la voix vacillante :

« Non… Tu n’as pas pu… Pas toi… »

Ses larmes, qui s’étaient taries un instant, se remettent à couler de plus belle. Il étouffe. Il laisse glisser ses mains gantées sur ses yeux, comme s’il refusait de voir la vérité en face, et puis il sanglote, désespéré :

« Anton, mon amour… Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu… Et pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Si seulement j’avais… Je suis tellement désolé… Cette nuit là, j’aurais dû… Ah ! J’aurais dû voir, sentir… Pardonne-moi… Pardonne-moi… »

Il ne tient plus en place, il tremble tellement, maintenant, qu’il se laisse choir sur le matelas. Il n’a plus la force de se redresser, abattu par la peine. Il laisse ses larmes couler, en silence, trop occupé à user ses dernières forces pour tenter de contenir sa peine devant celui qu’il aime.
Dans son esprit, une voix hurle de souffrance. Il sent, dans sa poitrine, son cœur flétri s’effriter. Il a si mal, si mal, si mal qu’il aimerait mourir. C’était de sa faute, de sa faute, à lui, Axel, qui n’avait pas été capable d’apaiser Sa peine, qui n’avait pas été capable de Le retenir, qui L’avait envoyé involontairement à l’abattoir.
Il est détruit. Il ne bouge plus. Il se noie dans ses larmes, soupire de tristesse et de haine envers lui même, s’arrache mentalement la peau du visage et ses cheveux d’or.
Mais il avait beau hurler mentalement de désespoir, ça ne servirait à rien.
Parce qu’il était trop tard, maintenant.

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MessageSujet: Re: Intrigue n°2 - Nausea & Shudder    Lun 7 Mar - 18:29

    Le silence pesait sur les épaules du supplicié. Condamné à l'errance, à la perdition éternelle. Lui qui avait tant voulu mourir, qui avait tant voulu La trouver, qui n'avait pas su résister aux assauts fulgurants de sa culpabilité. Lui qui avait souhaité le rien, la douce froideur de la Mort, la délivrance, enfin ! Oui, il s'était senti heureux, pétri de douleur, déjà habité par cette déesse informe et invisible, étendu sur l'asphalte. Il avait senti, cette promesse de libération. Un souffle d'Enfer, de Paradis peut-être, une caresse violente et attirante, qui voulait l'enrôler. Et lui de s'y précipiter, parce qu'il ne demandait que ça. Oui, il s'était senti bien. Il n'était plus coupable, ni triste, ni violent. Il se contentait d'être tout ce qui lui restait. Un corps broyé, dévitalisé, morcelé. Et c'était bon, c'était doux. Il n'était rien et c'était tellement mieux. Il avait miroité ses illusions, idéalisé cet instant tant rêvé, il y croyait, intensément. Lui, tombé dans les limbes de la vie, s'était cru sauvé.

    Mensonge. Calomnie. Hérésie. On s'était joué de lui. A lui faire vivre les prémices de son rêve, avant de le jeter dans un Enfer cruel. Une prison sans barreaux, d'où on ne pouvait ni s'enfuir, ni mourir. On le condamnait à la souffrance éternelle. C'était injuste, tellement injuste. Il l'avait tellement voulu. Tous ses espoirs mis à terre, abattus, massacrés. Anton avait rêvé, rêvé qu'il s'élevait, au dessus de tout, libéré de son enveloppe malsaine. Combien de temps ce manège durerait-il ? Combien de temps aurait-il à souffrir cette infamie ?

    Une voix l'attira de nouveau dans cette réalité irréelle. Une voix tremblante. Pourquoi ? Il s'excusait, se faisait esclave plus que bourreau, et pourtant c'est lui qui tremble ? Anton ne comprenait pas. Mais cette main sur la sienne, qui serrait plus fort encore, cette voix si innocente ! Mal, mal ! Ca lui faisait tellement mal. La tête baissée, il ferma les yeux pour se reprendre. Axel ne savait pas. Il n'avait pas compris. Il croyait tellement en lui, il voulait tellement le savoir parfait. Non, il ne savait pas, il ne comprenait pas, il n'avait pas voulu comprendre.

    Son père. Qui d'autre ? Qui d'autre aurait pu le prévenir ? Personne. Personne d'autre n'aurait pu le regretter. Personne d'autre n'aurait pu s'intéresser à son sort. Anton connaissait cette réponse, mais il voulait l'entendre. A quoi ressemblait son père ? A quoi ressemblait leur appartement ? A quoi ressemblaient les méandres de sa vie, là-bas ? Comment était sa chambre ? Rouge, rouge sang. Son lieu de pénitence, de méditation, son mouroir. Sa chambre était le lieu interdit, la pièce condamnée. On n'y entrait pas. C'était son exil, c'était sa salle de torture. Personne d'autre que lui ne l'avait vue. Personne n'avait vu les photos, accrochées aux murs. Maman, maman. Maman, papa. Maman, papa, le monstre. Lacéré. Partout, partout. On n'y distinguait plus le papier, on n'y voyait plus les murs. Elle était partout. Personne n'entrait ainsi, personne ne pouvait violer autant son être.
    Que ça lui semblait loin tout ça.
    Plus qu'un mirage, lointain et vague, comme un sourire, barré au feutre rouge.
    Pire qu'un naufrage, bien loin des vagues, comme un souvenir, marqué au fer rouge.

    De nouveau, Anton avait la preuve. Axel ne savait pas. Blâmer le conducteur ? Diable non. Jamais il n'aurait pu l'éviter. Eviter ce fou, dressé sur la route, qui suppliait qu'on l'abatte. Si ça n'avait pas été lui, c'en aurait été un autre. Qu'importait ? Il fallait qu'il disparaisse. Comment pouvait-il le croire si pur ? Comment avait-il pu se mentir à ce point ? Bien sûr que non, il n'y était pour rien ! Bien sûr ! C'était tellement un ange ! Maudite voiture, que faisait-elle là ?! Franchement ! Il tremblait. C'était fou ce que ça pouvait lui faire mal. Depuis bien longtemps il ne s'était pas senti si vulnérable, si vivant et si fragile.

    Des larmes qui coulent, mouillent ses joues. Non ? Panique. Etait-il entrain de pleurer ? Non. Il se sentit soulagé. Axel s'était éloigné, pour ne pas l’inonder de larmes. Il savait. Anton savait ce qu'il devait faire. Le consoler, le serrer dans ses bras, sécher ses larmes, l'aimer un peu. Mais il ne pouvait pas. Il était paralysé, pétrifié, et il ne savait pas. Il n'avait jamais su faire ça. Essuyer des larmes sans faire mal, trouver les mots sans qu'ils cinglent, serrer quelqu'un sans l'étouffer, l'aimer sans le haïr. Il en était incapable. Il tenta de résister aux mains d'Axel qui voulaient franchir ses limites, puis se laissa faire.

    A quoi Axel pensait-il ? Le silence était électrique. Parce qu'Anton savait qu'il était entrain de comprendre. Il voulut s'enfuir, courir à toute vitesse, s'échapper, se jeter à la mer, juste lui échapper. Ne pas voir son regard, plein de pleurs et de questions, ne pas voir la tristesse qu'il allait encore causer. Trop de peine.

    Anton avait relevé les yeux vers le visage d'Axel. Il attendait la sentence, en silence. Qui approchait, inexorablement, qui s'approchait et le menaçait.

    Là, maintenant. Si, il avait pu. Si, lui. Qui d'autre mieux que lui ? Bien sûr qu'il avait pu. Sinon, qu'aurait-il fait là-bas, dehors ? Qu'aurait-il fait au milieu de la route la plus occupée ? Qu'aurait-il fait dehors si peu vêtu, le visage plein de larmes ? Pourquoi se serait-il éclipsé, confidences faites, pour s'aller promener par une nuit glaciale ? Non, vraiment. Comment pouvait-on le croire victime ? La seule chose dont il soit victime, était de la trahison des cieux. Il avait enfin trouvé la force et la rage nécessaire pour s'abandonner tout à fait, et pourtant non. Peut-être n'avait-il pas assez payé ?

    Quel égoïste il faisait. Se complaindre ainsi sur son sort, devant son amant mort de tristesse. Et qui ne comprend pas, et qui s'excuse. Encore. Mais quoi ? S'excuse pourquoi ? Pour qui ? De quoi ? Qu'aurait-il fait ? Rien ne l'aurait arrêté, rien. Certainement pas lui, cause ultime de son désespoir.

    Anton voulait répondre, s'énerver, hurler. Il allait tout laisser sortir, exploser, imploser. Mais son amant s'effondra sous ses yeux, tout en tremblements et en pleurs. Puis, pire, il ne tremble plus. Mais les larmes, les larmes ! Il pleure, inlassablement, intarissable. Détruit, il est détruit. Anton sait qu'il vient de détruire ses dernières croyances. Il vient de le mettre face à la vérité, incapable de se voiler la face encore plus. Mais, ne valait-il pas mieux qu'il sache ? Non ! Le pauvre ! Lui qui, bientôt, se verrait condamné à retourner chez les vivants, à retourner dans son immonde quotidien vide de sens et de vie. Quelle horreur il venait de lui faire.

    Jamais l'adolescent n'a eu plus de volonté à consoler quelqu'un. Mais comment faire ? Il voulait le calmer, répondre à ses questions. Il voulait qu'il arrête de pleurer, qu'il arrête de lui lancer sa cruauté au visage sans le vouloir. Il voulait se faire doux et tendre, aimant, câlin, susurrer des mots doux pour apaiser sa peine. Il voulait lui sourire et le faire rire, pour tarir son chagrin. Mais non. Il ne sait pas faire ça.

    - Arrête voir. T'y es pour rien, c'est bon. Tu voulais voir et sentir quoi ?! T'es pas le bon Dieu, putain ! Tu peux pas sauver le monde. Et puis c'est pas maintenant qu'il faut réagir, ça sert à rien.

    Aussitôt, il se mordit la lèvre inférieure. Ce n'étaient pas ces mots là. Il ne voulait pas lui dire ça, pas comme ça. Pas avec rage et colère, pas aussi férocement. Mais il n'avait jamais su consoler autrement.

    Doucement, il se leva, saisit les bras d'Axel, et tira dessus pour le forcer à s'asseoir. Quelques instants, il contempla son visage, il regarda ses traits. Déformés par les larmes et la douleur. Anton n'imaginait que très mal l'horreur que devait vivre Axel depuis qu'il était parti. Persuadé qu'il était d'être totalement futile, il ne s'imaginait pas être le centre de gravité d'une existence entière. Encore une fois, il n'avait pensé qu'à lui, en se donnant la mort. Il n'a pas pensé à l'Après, à la vie qui aurait continué pour le peu de proches qu'il avait encore. Il ne pensait qu'à lui, à son Salut, sa rédemption, sa délivrance, l'allégresse qui allait l'envahir. Et pourtant, derrière, c'était poussière et cendres qu'il répandait. Même une fois ici, il ne pensait qu'à peine à eux, il les imaginait morts ou heureux. Mais jamais accablés de chagrin par sa disparition, condamnés à continuer de subir l'existence. Non, il n'avait jamais pensé à tout ça.

    C'était à lui-même qu'il en voulait, mais sa haine ne s'exprimait que sur les autres. Aussi se mit-il à reculer, avant de reprendre, la voix étouffée de larmes et de rancoeur :

    - Mais qu'est-ce que tu croyais ?! Je venais de de me livrer tout entier ! Et toi tu pensait que... Que j'allais gentiment te réveiller pour te dire que je voulais me foutre en l'air ?! Mais t'as la moindre idée du vide que ça m'a fait, de tout te balancer ? T'as la moindre idée de ce que c'était, de se sentir abandonné par ses souvenirs ? De se sentir étranger à soi-même ? Pendant tout ce temps, t'as cru que j'étais parti pour quoi ?! T'acheter des croissants ? Mais putain t'as jamais ouvert tes yeux sur la réalité ?! Qu'est-ce que je pouvais foutre au milieu de la nationale à ton avis ?! Comment tu... Comment t'as pu me croire assez bon pour que ça soit un accident ? Comment tu... pouvais autant te mentir ? Axel... Je t'en supplie, tu n'as pas été aussi naïf ? Dis-moi que...

    Il n'ajouta rien. Les traits de son visage s'adoucirent légèrement. La crise était passée, le calme après, ou avant, la tempête. Il venait, une fois de plus, de lui hurler dessus. Parce que c'était son seul moyen de défense, parce qu'il était à genoux, qu'il lui appartenait déjà trop. Anton le savait. Il savait aussi qu'Axel n'avait jamais su le comprendre, qu'il n'avait jamais su l'aimer. Il l'aimait maladroitement, du mieux qu'il pouvait. Mais c'était trop. Anton avait besoin de limites, d'un maitre. Il aurait fallu lui dire, où aller, comment faire, le remettre à sa place. Il avait pris trop de place, il ne savait plus s'arrêter, il ne savait pas comment faire. Rendre ce trop plein d'amour, rendre cette tendresse exacerbée. Non.

    Il se rapprocha de son amant. Il voulait se faire pardonner, il voulait s'excuser à sa manière. Alors il s'assit sur ses genoux, glissa sa main dans ses cheveux ambrés, colla son front contre le sien. Planta ses yeux dans son regard, et se fit le plus doucereux possible.

    Puis, après lui avoir lancé ses reproches au visage, il trouva l'audace de susurrer :

    - Mais tu sais, mon amour, tu n'as pas à t'en vouloir...

    Anton avait peur. Peur qu'Axel le voit vraiment tel qu'il était. Peur qu'il se rende compte de ses faux-semblants, qu'il décide de cesser cette horrible mascarade. Mais si ça n'était jamais arrivé, pourquoi cela arriverait-il ?
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