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 Hunter [ Kurogane ]

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Anton Halvor

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MessageSujet: Hunter [ Kurogane ]   Jeu 9 Déc - 1:43

    Quelques temps déjà qu'il errait d'un bout à l'autre. Il s'arrêtait parfois manger, boire, mais il ne parvenait pas à dormir. Alors il allait, de l'avant à l'arrière, harassé d'une fatigue factice. Il en aurait presque eu le mal de mer, si seulement la mer avait bougé. Si seulement cette eau, plate, lisse, immobile, stagnante, sombre, se décidait à faire quelques roulements, renverser le navire, le bousculer, le brusquer, l'abimer, le couler, le casser. Faire quelque chose. Une brise, rien qu'une brise. Ou une bourrasque, une tempête, un orage. Que le soleil bouge, que les heures passent, que le sommeil le transcende, que la pluie s'abatte, qu'il meurt encore, pour de vrai.

    Oui, il avait compris son sort. Cela lui avait pris un long moment. Enfin, un long, qui sait ? Peu importe, un certain temps, mais il avait compris. Pas de temps. Pas de vie. Pas de mouvement. L'immobilité, solide, dure, intouchable. Le vide, le calme plat, l'éternité, le néant. Sa mort serait faite de rencontres, continuelles, éphémères, vagues, floues, précises, désagréables, fragiles. Ce serait des rencontres et un exil, perpétuel, éternel. Des impressions fugaces, passagères. Un isolement peuplé de souvenirs. Cruels, cruciaux. Des souvenirs blessants, agressifs. Des fantômes inconscients qui griffent, qui lacèrent, qui rappellent ce qui n’a pas été fait. Voilà ce que serait son éternité. Intemporelle, intempestive, peuplée de vide, remplie de rien, d’un temps qui attend, qui s’arrête, qui passe trop vite et trop lentement. Un temps qui ne passe pas, qui se retient. Des milliers de bouches, interrompues dans un cri, qui retiennent les secondes, qui les avalent et les recrachent au gré de leurs humeurs.

    Un frisson parcourut l’échine du jeune homme. Toutes ces pensées macabres lui faisaient froid dans le dos. Tant et si fort que, un court instant, il crut sentir une brise, un léger souffle. Mais personne, ni le vent, ni personne. Décidant d’aller noyer son ennui dans la salle de jeux, il jugea que, au préalable, il était nécessaire qu’il se change, qu’il se lave. Non, il n’avait pas la force de se trainer jusqu’aux bains, il ferait le minimum dans l’évier de sa chambre. Il n’aimait pas sa cabine. Il ne l’avait pas encore aménagée. Avant de pouvoir l’habiter, il fallait qu’il comprenne ce qui lui arrive, puis qu’il combatte cette lassitude extrême et cette fatalité irrémédiable qui s’étaient abattues sur sa tête. Après quoi, il parviendrait à se sentir un peu plus léger, et, ensuite, il pourrait songer sereinement à la décoration de son espace personnel.

    Mais ça irait, il ne s’y éterniserait pas. Et il en fut ainsi. Il se changea en quelques minutes, et passa un peu d’eau sur son visage, ne manquant pas d’inonder l’environnement proche. Puis il sortit et se dirigea vers la salle de jeux. Il y avait vu des choses intéressantes, des choses de son époque. Des choses connues. Du réel, un peu.

    A la vérité, Anton rêvait d’y croiser quelqu’un. Il n’avait que très peu parlé, toujours à des gens pressés - pressés de quoi ? ou occupés à autre chose. Résultat, il passait encore inaperçu, il passait les mailles du filet, malgré lui. Qu’on l’insulte, qu’on le pousse, qu’on l’agresse, qu’on soit gentil, qu’on rit. Qu’on lui fasse prendre conscience qu’il était là, et pas totalement invisible. Là, il se sentirait mieux. Echanger quelques mots, dire des bêtises. Non, en fait, il voulait rentrer chez lui. Ou fumer. Ou les deux. Il voulait mourir, peut-être. Il n’en savait rien. Un soupir s’échappa de ses lèvres alors qu’il se dirigeait, le plus tranquillement du monde, à la salle de jeux. Il avait des vues sur le billard. Axel lui avait appris à jouer au billard.

    Axel... L’adolescent fronça les sourcils. Non, il l’avait trahi. C’était de sa faute, après tout. Déterminé dans son désespoir, à croire qu’il n’y était pour rien, il pestait à voix basse des injures sur ledit Axel. Après tout, il n’avait rien demandé lui. Pourquoi s’était-il introduit dans sa vie ? Pourquoi avait-il déclenché la guerre, creusé ses tranchées, gagné une bataille ?

    T’as gagné celle-là mais t’as pas gagné la guerre, mon amour.

    Amour ? Oh non, rien de tel. Peut-être qu’il avait cru, qu’il avait espéré. La folie des premiers temps, l’extase électrique des corps qui se trouvent, la chaleur glaciale des bouches qui se cherchent, des mots qui s’attendent, la souplesse raide des reins qui s’effleurent et se heurtent. Non, ça n’était pas l’amour. C’était sexuel, bestial. C’était l’excitation. Alors, peut-être, la fièvre des rires qui pleurent d’ennui, la moiteur sèche des journées exaltantes qui vomissent de niaiseries ? Non, non plus. C’était les combles, les fondations, ce n’était rien, il fallait juste ça. Non, vraiment. Si il y avait cru, ce n’était pas ça.

    Mais, après tout, peut-être que ça l’était un peu quand même.

    La colère s’effaçait peu à peu, laissant place au manque. Le manque de lui, le manque de tout. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Tellement perdu dans ses délires, Anton en avait oublié la direction de ses pas.

    Ah, la salle de jeux. Il y était, enfin. Le chemin lui avait paru tellement long, peut-être trop court à la fois. Que de bizarreries. Vide. L’adolescent poussa un grognement désapprobateur. Jouer au billard seul ? Jouer au bowling seul ? Tant pis, restait le flipper. Il se dirigea vers la machine, s’installa tranquillement devant et commença à jouer.

    Au début, il s’ennuyait fermement. C’était lassant, inintéressant, abêtissant, et ça n’avait pas le mérite d’occuper son esprit. Mais, peu à peu, alors qu’il était très concentré sur sa partie, les images se métamorphosèrent. La boule de flipper devint une balle 9mm qui percutait des tempes, qui se cognait dans les murs, les objets et qui rebondissait, inlassablement. Et lui, il la retenait. Etait-il héros ou tortionnaire ? Tentait-il de préserver la victime, le trou béant ? Ou alors voulait-il que la balle perce, que la balle perfore, que la balle fore, que la balle force, que la balle se perde sur les innocents, qu’elle en tue une centaine ou deux milliers. Il était l’intérmédiaire, l’éternel indécis. Opportuniste.

    Rien n’avait d’importance que cette chasse à la mort qu’il se donnait à lui-même, appliqué, concentré. Il entendait les sirènes de police, il entendait les cris, il entendait tout, sauf la réalité, sauf ce qui se passait autour de lui, ce qui arrivait, ce qui entrait, et il était là, vulnérable, acharné, décharné.
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Kurogane

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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Ven 17 Déc - 23:37

In the maze without an end…
« Hate yourself » Drowning in all your faults
In the maze without an end…
Why do you still breathe ?
Sorrow made you.

THE INVISIBLE WALL – The GazettE


Les yeux fermés, allongé sur le dos et enfermé dans ses draps, Kurogane songeait au passé.
Ou plutôt, il essayait de se souvenir.
Cela faisait longtemps qu’il était arrivé sur la Nef ; (il était arrivé le quatrième, s’il se souvenait bien) et il n’avait toujours pas résolu le mystère de son arrivée ici. Il se souvenait s’être réveillé sur le pont, à moitié nu et en boxer, avec le visage de Nephtys penché au dessus de lui. Mais avant ça, oui, juste avant, qu’avait-il bien pu faire, cette fois ? Comment avait-il réussi, lui qui avait si souvent essayé de se tuer, par le passé ?
Mais il avait beau se creuser la tête, c’était le trou noir ; comme si les ténèbres qui l’avaient englouti tout entier avant de le libérer sur le pont avaient emporté ses souvenirs. Réfléchissons. Est-ce qu’il était mort pendant une mission ? Est-ce qu’il avait sauté d’un immeuble ? Bu du poison ? Ou est-ce qu’il s’était tranché les veines une fois encore ?

* Dôyatte shinda no ka oboero yo ! * S’ordonna-t-il, furieux contre lui même.
*Allez, souviens toi comment t’as fait pour mourir !

Qu’est-ce qu’il avait fait, le dernier jour avant d’arriver là ? Peut-être que s’il essayait de recomposer sa soirée, il se souviendrait… Voyons… Il se souvenait d’avoir mis un costume : il se revoyait encore en train d’ajuster sa cravate devant le miroir, avec un sourire satisfait… C’est donc qu’il avait dû aller à un gala de la haute société, ou quelque chose comme ça… Ensuite… Il se revoyait parler à une très belle jeune femme en robe du soir… Faire tinter leurs flûtes de champagne… Puis, il avait croisé une connaissance. Ah, oui, ce mec là. Un yakuza, lui aussi. Il appartenait à un clan ami. Il se vit sortir de la salle avec lui, tous deux un sourire mauvais aux lèvres, pour aller autre part...
Son souffle s’était accéléré. Forcer sur son esprit pour tenter de se rappeler les évènements passés n’était pas une partie de plaisir. Mais il n’allait pas se laisser abattre. Oubliant son mal de crâne naissant, il poursuivit ses efforts. Une nouvelle image apparut.
Ah, mais, c’était son appartement, ça. Celui où il organisait des fêtes. Mais oui, ça lui revenait, maintenant ! Il avait invité quelques amis à lui après le gala pour finir la soirée en beauté…

Les images commencèrent à affluer d’un coup dans son esprit. Des corps nus entrelacés, des rires, des cris, des soupirs de plaisir… des seringues, de la poudre blanche… de l’alcool coulant à flots… Une orgie.
Et puis, l’Extase.
Il s’était effondré sur son lit, comblé, et ne s’était jamais réveillé.
Et voilà, mon garçon, tu y es. A force de jouer avec le feu, tu a fini brûlé vif.
Une overdose. Voilà de quoi il était mort.
Kurogane passa sa main dans ses cheveux, en poussant un long soupir. Quelle crétin il avait été. Et comme c’était ironique, d’être mort comme ça. Une fin digne de lui, dans l’excès et le péché.

D’autres souvenirs, plus anciens, virent le hanter à cette occasion. Des souvenirs plus sombres encore, si toutefois c’était possible.
Ses nombreuses tentatives de suicide, évidemment. A ces pensées macabres, Kurogane sourit. Nerveusement, il ricana, même. La plupart des gens, sur ce bateau, devaient croire qu’il était vraiment le dernier type, de toute l’histoire de l’humanité, qui aurait envie de se suicider. Qu’il avait tout eu : le pouvoir, l’argent, les femmes. Qu’il était trop attaché aux sensations qu’il avait sur terre.
Les idiots. Si jamais ils savaient que, s’il cherchait toujours le plaisir, l’angoisse, l’adrénaline, sans répit, c’était parce que c’était la seule façon qu’il avait trouvée pour se sentir vraiment vivant… Tout s’était terminé cette nuit là, de toute façon. Cette nuit où on lui avait pris ses parents, son clan, son héritage. Il avait certes eu la chance d’être le seul survivant, mais à l’intérieur de sa poitrine, son cœur était mort.
Comme Jack Skellington, lui qui avait déjà écoulé toute sa réserve de bonheur, il n’avait plus rien à espérer de la vie.
Il ne pouvait pas se plaindre, en même temps. Jusqu’au bout, Raijin s’était très bien occupé de lui. Il l’avait traité comme son fils ; lui avait même donné une vie meilleure, et bien plus d’amour et d’affection que ses parents ne lui en avaient jamais donné. Mais c’était tout simplement inexplicable, ce qu’il ressentait depuis ce jour. Comme un vide, au plus profond de son être ; un vide que ne pouvaient combler ni la luxure, ni la drogue, ni l’alcool, et autres paradis artificiels qui coloraient parfois son monde noir comme la mort.

Il pouvait encore sentir, comme si c’était hier, la sensation si familière de l’acier dur et froid du poignard contre sa peau ; il lui semblait revoir de nouveau le rouge rubis, la plus belle couleur qui soit, de son sang qui coulait doucement de ses plaies, jusqu’à ce qu’il s’évanouisse. Puis, la blancheur aveuglante de la chambre d’hôpital, le brouillard, et le visage de Raijin qu’il voyait apparaître peu à peu, dur, grave, triste.

« Pourquoi ? Qu’est-ce qui te manque ? » Lui semblait-il encore entendre, d’une voix douce et grave, aussi crépitante et basse qu’une voix déformée par une vieille radio mal réglée.« Je croyais pourtant t’avoir tout donné… Que veux-tu ? Je te donnerai n’importe quoi ! Dis-moi seulement ce que tu veux, Akame Kuro ! »

C’était toujours la même chose, au fond. Guérison, période de latence, à nouveau le sang, et puis l’hôpital. Comme un cycle sans fin. Mais cet horrible scénario avait beau recommencer sans arrêt, ça ne servait à rien.
« Pourquoi ne comprenais-tu pas, toi que je croyais le plus proche de moi ? Ce qu’il me manque ? Un cœur, une âme, une raison de vivre. Je voulais la vengeance, tu me l’avais promise, après tout ; je la voulais à m’en arracher ces yeux pour lesquels mes parents sont morts, mais j’en ai assez. Tu ne me l’as toujours pas donnée, tu ne me la donneras jamais. Tu attendras que je me lasse et que j’oublie, noyé dans ma propre décadence. »
« Je n’en peux plus, du sang, des meurtres, des cris de douleur et d’extase ; je veux ne plus jamais revoir cette terre, fermer les yeux pour m’endormir comme l’enfant que j’étais et ne plus jamais me réveiller. Goûter au repos éternel, me fondre dans les ténèbres, être enfin libre.
Moi aussi, j’aurais dû mourir cette nuit là, de toute façon. »
Voilà ce qu’il aurait voulu lui dire. Mais c’était trop tard.

Transi d’angoisse, les dents serrées, Kurogane passa ses doigts dans ses cheveux, et les pressa contre son cuir chevelu, comme s’il voulait faire exploser son crâne de l’intérieur. Pourquoi est-ce qu’il ressentait encore tout ça ? Il avait eu ce qu’il voulait, pourtant ! Il était loin de tout, à présent , de Tôkyô, de la mafia, des meurtres. Il n’aurait plus jamais à les supporter. Alors pourquoi est-ce qu’il se sentait toujours aussi mal ? Pourquoi est-ce qu’il avait aussi désespérément mal, à l’intérieur ?

Furieux, il se leva et se saisit d’un couteau qui traînait sur la table. Il blessa de nouveau ce poignet couvert de cicatrices, en serrant encore les dents. Ca faisait toujours aussi mal.
Le sang coula un instant, et puis, comme il s’y attendait, la plaie se referma sans bruit.
Combien de fois cela faisait-il qu’il essayait, encore et encore, comme s’il était encore sur terre ? Il sentit des larmes de désespoir lui monter aux yeux, et posa ses mains sur son visage, comme s’il voulait se cacher, comme s’il avait honte. Même la mort ne voulait plus de lui.
Il se laissa tomber sur son lit, et ferma les yeux.
Une lourde torpeur s’empara de lui.

Il se réveilla, quelques « heures » plus tard, dans les draps blancs couverts de taches rouges. Le regard vide, il redressa son buste, et s’assit. Ca ne servait à rien. Il fallait qu’il fasse quelque chose, n’importe quoi, pour oublier un moment, juste un moment, encore. Il ne savait faire que ça ; se divertir pour oublier.
Poussé par une force inconnue, il se leva, et attrapa un T-shirt et un jogging noirs dans son placard. Il n’avait même pas envie de s’habiller correctement. Il n’irait pas voir Nepthys, ni Edward, d’ailleurs. Il n’en avait pas la force.
Il s’habilla finalement, couvrit ses poignets avec des guêtres noires et sortit de sa chambre en claquant la porte, marchands pieds nus sur le parquet froid du bateau. Il ne pouvait pas tomber malade, de toute façon.
Il erra quelques instants dans les couloirs vides, le pas las, les mains dans les proches, sans savoir où aller. Sans réfléchir, il se retrouva devant la salle de jeux. Un petit jeu vidéo, peut-être que ça le détendrait un peu, finalement. Il ouvrit la porte, juste par flemme de trouver autre chose à faire. Quelqu’un était déjà là, debout devant le flipper.

La porte se referma derrière Kuro. L’inconnu se retourna. Un jeune homme, de son âge, aux cheveux noirs. Les yeux cachés derrière des lentilles blanches, des piercings et des vêtements déchirés. L’adolescent sourit. Il l’avait reconnu.

« Tiens tiens… Anton-kun, c’est bien ça ? » Susurra-t-il, d’un ton amusé.

Il l’avait croisé quelques fois, avait échangé quelques mots avec lui. Un petit nouveau, qui, il devait l’avouer, avait sacrément attiré son attention. Bon, d’accord, c’était d’abord pour son joli visage, sa peau pâle, ses traits fins et son look de visual kei ; mais c’était de Kurogane qu’on parlait, après tout. C’était limite si, de son vivant, il n’aurait pas kidnappé le chanteur des Gazette pour pouvoir le violer sauvagement. Et puis, pour une fois qu’il avait trouvé quelqu’un de son âge… Il en avait assez des vieux.
Mais c’était autre chose, également. Comme une aura qui s’échappait d’Anton, et qui l’attirait. Une aura qui ressemblait à celle qu’il dégageait lui même. Mais il était incapable de définir précisément ce que c’était.
La cicatrice du jeune homme, qui déchirait son cou, attira son regard. Son sourire s’étira plus encore sur ses lèvres. Etait-ce lui qui s’était lacéré ?

« Ca tombe bien. » Reprit-t-il. « Je voulais avoir une petite conversation avec toi. Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais pu mettre la main sur toi. Mais là… On dirait bien qu’on est tout seuls… »

A ces mots, il ricana. Ah, ça y est. Le Kurogane normal de la Nef était de retour.
Avec ce même sourire mauvais, il se dirigea vers la première console estampillée sony, l’alluma, et jeta une manette à son congénère.

« Si on s’amusait un peu, tous les deux ? » Lança-t-il, en le dévorant du regard.

Et plus si affinités, bien évidemment.

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Anton Halvor

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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Dim 19 Déc - 21:24

    Tourne, tourne, tourne.


    Les images tournaient, et ses mains se crispaient sur le flipper, ses mains s'agrippaient à lui, ses mains s'accrochaient à ce morceau de vie. Ce morceau de vie où il donnait la mort. La pression lui montait à la tête, il n'entendait plus que le bouillonnement confus du sang, il sentait presque les effluves de la mort, l'odeur si caractéristique de la peau qui se calcine, de la chair qui brûle, puis qui pourrit. Jaillissaient de nulle part des tâches rougeâtres, le feu. Sous ses doigts, la moiteur des corps, la froideur de la mort, et sur sa langue, le goût ferreux du plasma. Synesthésie de sens, apothéose de sensations. Ses paupières rabattues sans qu'il ne sache à quel moment il les avait fermées, contemplaient ce massacre avec satisfaction, une forme de jouissance.

    Pourtant, ce n'était qu'un gamin qui jouait au flipper.

    Non, non. Ce n'était pas ça. Il ne pouvait pas être ici. Pas échoué, perdu entre deux enfers, dans les raclures du paradis, si vivant et si mort. Trop vivant pour mourir mais trop mort pour vivre. Il n'avait pas le droit. Anton avait tellement de choses à faire... Et qu'il y songeait amèrement. Tant et si bien que ses pensées le giflèrent à grands coups de culpabilité.
    Anton, mon chéri, pourquoi tu l'as laissée ? Pourquoi tu les as laissés, eux ? Pourquoi t'as pas été capable ? Finie la course-poursuite, fini le massacre, fini l'oubli. Par habitude, il laissa ses doigts courir dans son cou, y effleurer la cicatrice, puis agripper son T-shirt. Qu'allait-il devenir ? Il allait devenir fou. Plus encore qu'il ne pouvait l'être à l'heure actuelle.

    Étouffement. Il était en train d'étouffer, de suffoquer. Il allait tomber là sur le sol et mourir, comme un chien, comme un animal oublié, comme un vieux meuble usé. Avachi sur le sol, entrailles béantes, bave aux commissures, retrouvé des semaines plus tard, décrépi et dévoré aux mouches, aux vers, aux insectes. Il attirerait toutes les bestioles attirées par les odeurs pestilentielles, et il deviendrait festin.
    Maman, j'arrive. Il se retrouverait jeté sur elle, dans le caveau familial. Peut-être qu'il y trouverait son père. Enlacés dans une dernière étreinte, les corps s'effritant d'usure, s'abîmant du temps. Ils giseraient là, tous les deux. Sa mère, non identifiable. Le crâne broyé comme il l'était, le visage aplati, certains membres déformés par l'explosion. Dans ce tombeau, il ferait chaud. Une chaleur étouffante. La chaleur de la terre qui macère. Mais rien, rien ne pourrait le réchauffer. Et il resterait transi, transi de froid, violacé. Les cadavres s'étreindraient, ils s'aimeraient une dernière fois. Et on jetterait Axel, avec une marque au cou, comme la sienne. Pendu. Et, et...

    Il ouvrit la bouche pour happer de l'air, puis laissa échapper un soupir. C'était toujours pareil. Une émotion forte, la rage, la tête qui tourne, l'air qui manque, et les visions sordides. Il connaissait ça par coeur, mais il ne s'y faisait pas. A chaque fois, il vivait ça comme une expérience nouvelle, entrevue en rêve, aux contours abstraits. A chaque fois l'asphyxie, la peur, le tourbillon d'images, et le dégoût. Un dégoût de soi, violent. Ces fantasmes mortuaires ainsi révélés, toujours plus horribles, toujours plus précis, toujours plus écorchés. Ses mains en tremblaient encore, appuyées sur la surface en verre du flipper. Il y colla sa joue, cherchant la fraicheur, cherchant l'oxygène.

    Il aurait dû écrire, avant de partir. Pauvre Axel, qui devait se demander où, pourquoi, comment. Mais la folie l'avait ravagé, et si il avait été nu, en maillot de bain ou portant une robe, rien n'aurait été différent. Il y aurait eu les mêmes voitures, les mêmes éclats de sang, les mêmes...

    Autre chose.

    Peut-être qu'il devrait décorer sa cabine, après tout. Il devrait y accrocher des yeux, des bouches, des...

    Encore.

    Il voulait boire, il voulait boire jusqu'à l'ivresse, oublier. Arrêter de penser, arrêter de survivre, quelques instants. Oui, il voulait boire. Mais ses jambes refusaient de bouger. Il s'était redressé, avait ébouriffé ses cheveux plus qu'ils ne l'étaient déjà. Un sourire amer lui traversa les lèvres. Lui, il aurait râlé, en disant qu'il n'en prenait pas assez soin. Et il se serait moqué, gentiment. Anton secoua la tête. Si il laissait ces pensées lui envahir la tête, il ne s'en sortirait jamais.

    Faire table rase du passé, Anton.

    Le regard perdu dans le vide, il essayait de trouver quelque chose, qui soit autre chose que le passé. Quelque chose de différent. Quelque chose de fort, mais qui ne soit pas le passé.
    Tirant le jeune homme de sa torpeur, la porte de la salle de jeux s'ouvrit. Revigoré à l'idée d'être en présence humaine, il se retourna pour détailler l'inconnu.

    Ah, il l'avait déjà vu. Ils avaient échangé quelques mots. Les banalités à pleurer, les usages, les bonnes manières. Les prénoms, en fait. Kurogane. Il le regardait approcher. Il l'avait captivé. C'était étrange, cet effet. Etaient-ce ces yeux rouges ? Ce regard dur, ce visage ces vêtements ? Aucune idée. D'ailleurs, il ne s'en souciait déjà plus. Oubliées ses angoisses, oubliés ses problèmes. Concentré sur la perspective d'enfin parler à quelqu'un. D'aussi beau que lui, de plus. Par réflexe, il se lécha les lèvres. Apparemment, le jeune japonais non plus, ne l'avait pas oublié. Cela facilitait les choses.

    Patient, Anton ne répondit pas. Ce genre de questions n'attendaient pas de réponse. Elles voulaient juste introduite le véritable sujet, la véritable conversation. Ses yeux parés de blanc parcouraient le jeune homme qui lui faisait face, évitant toujours ses yeux. Non pas qu'il les trouvât repoussants, mais il avait cette façon étrange de regarder tout de coin, de biais. Ce n'était pas qu'il était intimidé, il voulait juste préserver sa vie. Un vague sourire lui flottait sur les lèvres. De soulagement, peut-être. Enfin, enfin, quelqu'un ! De contentement. Pas n'importe qui, en plus ! Kurogane aussi souriait. Se moquait-il ? La paranoïa manqua de reprendre le dessus, mais il se trouva tellement stupide qu'il eut envie de se gifler.

    « Ca tombe bien. »

    Anton sourit. Il savait. Autre chose devait venir, et c'était venu. Il s'adossa au flipper et croisa les bras sur sa poitrine, attendant la suite.

    « Je voulais avoir une petite conversation avec toi. Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais pu mettre la main sur toi. Mais là… On dirait bien qu’on est tout seuls… »

    Il haussa les sourcils. Sous quel prétexte voulait-il avoir une conversation avec lui ? Avec un sourire en coin, il se demanda si c'était vraiment une conversation qu'il voulait avoir, par rapport à la fin de sa phrase. Amusé, il glissa :

    - Voyez-vous ça, tu voulais parler ?

    Le jeune homme ricanait, un sourire qu'Anton aurait pu juger de mauvais aux lèvres. Décidément, il n'avait pas les intentions qu'il prétendait. Il trouvait ça très amusant, ce sourire, ce regard, cette impression vague qui planaient sur son visage et autour de lui. Passant sa main dans ses cheveux, il regarda Kurogane s'éloigner. Jeu vidéo. Parfait. Enfin, voulait-il seulement y jouer ?

    Suivant le mouvement, il restait en retrait, laissant ses yeux parcourir malgré eux le corps de la créature devant lui. Pris au dépourvu, il attrapa la manette de justesse.

    « Si on s’amusait un peu, tous les deux ? »

    Ah, ce regard. Affamé. Il était certain que c'était la faim qui passait dans ces yeux. La faim de chair, apparemment. Comment réagir ? Offusqué ? Ca serait mentir. Entreprenant ? Non, laisser venir. Timide ? Bah, à pleurer. Qu'importe, il laisserait faire.

    - Avec plaisir.

    Ainsi répondit-il, avec un ton suave, en appuyant sur le plaisir. Lâchant le jeune homme des yeux, il se concentra vaguement sur l'écran, avant de tourner de nouveau la tête. Viendrait ce qui viendrait, il se posait quand même pas mal de questions. Si ils devaient passer à autre chose, ils y passeraient plus tard. Après tout, il avait le droit d'être informé, avant de faire quoi que ce soit, non ?

    - Comment t'es arrivé... ici, enfin nulle-part, enfin merde, toi ?

    Reportant son attention sur le jeu, il se tuait mentalement d'avoir posé cette question. Il s'en foutait pas mal, non ? Non. Mais viendrait le retour, et toi ? Rien. Jamais. Tant pis, au moins il saurait. C'était intrigant. Peut-être que c'était un secret, qu'il ne fallait pas le dire ?

    Anton jeta un regard à son compagnon. Peut-être l'avait-il froissé ? Et si il avait gâché tout lien social ? Non, non, il avait déjà eu du mal à rester sans personne. Bah, tant pis, si il s'énervait pour si peu...


Dernière édition par Anton Halvor le Sam 8 Jan - 2:57, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Mar 21 Déc - 21:28

Dès les premiers mots d’Anton, le sourire de Kurogane s’étira sur ses lèvres. Il avait une insolence délicieuse. Il fallait avoir pas mal de cran pour lui tenir tête, à lui, le mafieux. Il avait apprécié plus encore ce ton malicieux avec lequel il avait répondu à son invitation. Alors comme ça, tu veux jouer au vilain garçon avec moi, Anton-kun ? Tu te révèles de plus en plus intéressant, décidément, toi… Pensa-t-il, en se mettant à farfouiller parmi les boîtes de jeu. S’il était encore à Tôkyô, il l’aurait bien pris dans son staff personnel.
Après quelques minutes de recherche et d’hésitation, il finit par dénicher un jeu de combat, adapté d’un shônen manga avec des ninjas qu’il aimait beaucoup quand il était petit. Il montra la boîte à Anton, et s’enquit :

« Tu aimes les jeux de combat ? »

En fait, s’il l’avait choisi, c’est parce que c’était le type de jeu le plus facile d’accès lorsqu’on était deux à jouer. Il sortit le cd de la boîte et le glissa dans la console qui l’engloutit en poussant un petit bip de contentement, comme un animal de compagnie à qui on aurait donné ses croquettes. Il lança le jeu, et, se tournant vers son congénère, il dit, en tapotant le sol, un sourire complice aux lèvres :

« Approche, je ne mords pas, tu sais <3 »

Enfin, tant qu’il ne cherchait pas à se faire mordre, du moins…
La question d’Anton qui suivit le prit tellement au dépourvu qu’il en resta muet durant un instant. Nerveusement, il éclata de rire, face à l’ironie de la situation. Cette question ne pouvait pas mieux tomber, on dirait ! Dire qu’il était venu ici pour ne plus songer à tout ça… Enfin, peut-être que ce n’était pas si mal, finalement. Se confier l’aiderait peut-être à oublier sa honte. Et puis, ça lui permettrait également de retourner la question à son congénère. Il avait vraiment envie d’en savoir plus sur lui. Peut-être parce qu’il lui semblait avoir trouvé, pour la première fois, quelqu’un qui lui ressemblait un peu.
Bon, avant tout, il lui fallait de la nicotine, et vite. Il sortit un paquet de cigarettes de sa poche, son zippo et s’en alluma une. Il poussa un soupir de soulagement. Ah, que serais-je sans mes clopes ? Il posa le paquet ouvert devant Anton, comme pour l’inviter à en prendre aussi, et répondit, un léger sourire aux lèvres :

« Et bien, j’ai découvert il y a peu que je suis mort d’une overdose. Tu comprends, j’avais fait une petite fête, la veille de mon arrivée et… On peut dire que je n’ai pas vraiment fait attention à ce que j’ai pris. Et toi ? »

Il l’avait dit sur un ton presque badin, avec un large sourire, comme s’il ne réalisait pas la gravité de ses paroles ; ou plutôt, comme s’il ne se rendait plus compte lui même à quel point ses mots pouvaient choquer quelqu’un de normal. Mais Anton ne semblait pas normal. Il semblait trop intéressant, trop particulier pour être juste « normal ».
Kurogane tira une bouffée de fumée sur sa cigarette et la souffla lentement sur l’écran, bloqué au générique de début du jeu. Anton semblait quelque peu tendu. Peut-être Kuro n’aurait-il pas dû lui retourner la question. Mais c’était la règle du jeu. Si le yakuza se risquait à lui avouer des choses qu’il n’avait encore dites à personne ici, même pas au Fou, parce qu’il en avait trop honte, il estimait qu’Anton aussi pouvait se confier.

« A ce propos… J’aurais une petite question à te poser, moi aussi. » Poursuivit-il, en laissant tomber la cendre sur le sol. De toute façon, elle disparaîtrait d’elle même.

A ces mots, il s’approcha un peu plus du jeune homme, et désigna du doigt (il n’osa pas y toucher, de peur que ça lui déplaise) la longue cicatrice qui déchirait son cou blanc.

« C’est toi qui t’es fait ça, dis ? »

Il n’avait pas pu s’empêcher de lui poser cette question. Cette cicatrice l’intriguait depuis qu’il avait vu le jeune homme pour la première fois.
Laissant retomber sa main sur le sol, Kuro détourna le regard et se mordit les lèvres. Que ce soit lui qui était à l’origine de cette cicatrice ou non, il avait été peut-être un peu direct, sur le coup. Pensif, il se dit que, s’il ne pouvait rattraper son erreur, il allait essayer de se faire pardonner à sa façon. Poussant un petit soupir, il retira ses guêtres, et posa ses poignets sur ses jambes pliées en tailleur, laissant apparaître au grand jour ses propres cicatrices. Il releva la tête et sourit à son congénère ; un sourire à la fois insolent et ironique, qui semblait dire : « Tu vois, moi aussi j’ai fait des bêtises plusieurs fois ». Si la Nef ne permettait pas de guérir instantanément, ses plaies auraient été encore sanglantes à ce moment là. Il déclara alors, d’un ton détaché et en passant sa main dans ses cheveux, comme si ses propres paroles ne l’intéressaient guère :

« Disons que… J’ai eu une relation très particulière avec les couteaux, les cutters et autres armes blanches pendant longtemps. »

Il leva les yeux au ciel et soupira, comme désespéré de se sentir aussi pathétique, et ajouta, en se tournant de nouveau vers son congénère :

« J’espère que tu ne vas pas me fuir, maintenant que tu le sais. »

A ces mots, il releva ses yeux rouges vers Anton, et lui adressa un léger sourire ; son regard, d’habitude brillant de malice, était à présent triste et froid. Sans rien ajouter, l’adolescent ramassa les guêtres et les enfila de nouveau. Il n’osa pas demander au jeune homme si, lui aussi, il avait vécu la même chose. Il préférait attendre qu’il prenne cette initiative par lui même. Il avait comme l’envie qu’Anton se confie à lui à son tour.
Il avait un peu l’impression d’avoir trouvé un ami. A part Edward, le seul sur la Nef à jamais avoir été gentil avec lui, il n’en avait jamais eu. Surtout pas de son vivant. Les gens qu’il fréquentait à Tokyo ne l’aimaient pas pour ce qu’il était, mais pour son statut de futur parrain. Pff. Tous des hypocrites. Il avait donc l’espoir, même minuscule, qu’Anton l’accepte.
Et puis, qui sait. Il n’était pas très bavard, mais peut-être qu’il avait vécu plus de choses qu’il n’y paraissait.


Dernière édition par Kurogane le Mer 22 Déc - 1:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Mer 22 Déc - 0:43

    Ainsi, ils étaient partis pour un jeu de combat. Le jeune homme se demandait pourquoi le combat et la mort le poursuivaient autant, aujourd'hui. A qui donnait-il la chasse ? A ses fantômes, à ses cauchemars ? A ses erreurs, son désespoir ? Et qu'il les tuait par milliers, qui qu'ils soient, quoi qu'ils soient, sans distinction aucune. C'était peut-être pour combler l'absence de mort, l'absence de mort qui régissait ici. On n'y était dans l'incapacité de mourir, il l'avait constaté. Oui, pris de panique, il s'était jeté par-dessus bord. C'était cette même rage, cette même colère, qui avaient envahies son esprit. Les mêmes que le soir de sa mort, couché contre Axel. Oui, c'étaient les mêmes. Elles s'étaient emparées de lui, et, dans une détermination funeste, l'avaient jeté par dessus-bord. Ce qui n'avait servi à rien, puisqu'il s'était retrouvé de nouveau sur le pont, transi de froid. Que c'était désagréable, d'être rejeté par la Mort, noyé en son sein. Ainsi donc, il comblait cette lacune en remplaçant tout par une certaine notion de la mort. Il devait se calmer, il fallait qu'il se calme, ça devenait dangereux. Sa colère prenait des proportions inquiétantes, et il n'était plus en mesure de la contrôler quand celle-ci frappait.

    Un rire.


    Eclatant. Horrible de nervosité, ignoble d'angoisse. Anton frissonna. Le rire avait tellement secoué le jeune homme qu'il en ressentit presque les vibrations contre son corps. Durant l'instant de silence, il en avait profité pour répondre à la gentille provocation de Kurogane, et s'était considérablement rapproché.

    Et ce rire, et ce rire qui l'avait statufié quelques instants lui résonnait dans la tête. C'était stupide, comment quelque chose de si anodin qu'un rire pouvait faire écho au plus profond de son être ? Tout, absolument tout, devenait amplifiable. Remis de cette émotion soudaine, il remarqua le paquet de cigarettes qui sortait de la poche. Si il n'avait pas eu un minimum de retenue, il aurait arraché des mains de Kurogane son paquet de paradis et ne lui aurait jamais rendu. La fumée s'échappait déjà alors que le paquet venait se poser à côté de lui. Frémissant d'extase (sans exagération aucune), il se saisit d'un petit rouleau de nicotine et l'apporta à sa bouche. Rien que cette sensation lui procurait un bien-être intense. Il sortit un briquet de sa poche et l'alluma également, s'affalant presque de tout son être tant c'était bon. Un sourire amer lui traversa les lèvres. A présent, il était totalement immunisé contre ce fichu cancer contre lequel on l'avait toujours mis en garde.

    Le sourire de l'autre adolescent laissait à penser que sa mort était anodine, toute bête, stupide, normale. La mort que tout un chacun est capable de rencontrer. Anton se sentait presque déçu, il n'avait pas imaginé cela. Et si il n'était que banal, finalement ?

    Mais sa réponse lui prouva bien le contraire. Une overdose, hein ? Lui aussi, avait failli y passer comme ça. Non, ce n'était vraiment pas une mort normale, c'était quelque chose digne de ce qu'Anton pensait de lui. Non qu'il ait l'audace de se permettre des exigences quant aux vies de ses compagnons d'errance, mais il dégageait quelque chose de si fort... Et cette nonchalance, ce flegme au moment de l'annoncer, qu'est-ce que ça signifiait ? Etait-ce fait exprès, au fond ?

    La fin de la question l'arrêta dans ses réflexions. Evidemment, quoi d'autre ? Quoi d'autre que, "Et toi ?", la phrase qu'il haïssait sans doute le plus au monde, surtout en cet instant. Comment répondre ? Banaliser, amplifier, mentir, avouer, rire, pleurer, s'enfuir ? Non, non, il devait agir comme l'adolescent l'avait fait. Oui. Il n'avait pas le droit de passer à côté, de dévier. Il devait aller droit au but.
    La cigarette, qui ne quittait presque pas sa bouche, manqua de peu de se faire entailler par sa mâchoire qui se crispait. Un accident. Ca pouvait très bien être un accident.

    Alors qu'il bataillait, le regard perdu sur l'écran de la console, pour trouver comment formuler sa mort, Kurogane prit de nouveau la parole. L'adolescent eut un sursaut, comme réveillé d'un cauchemar, et tourna la tête vers lui. Ainsi, il avait une autre question ? L'Allemand déglutit difficilement, regardant anxieusement les yeux rouges s'approcher encore plus. Qu'allait-il dire, faire ? Qu'allait-il demander ? Apparemment, c'est son cou qui l'intéressait. Le jeune homme serrait nerveusement les dents, et attendait la sentence.

    « C’est toi qui t’es fait ça, dis ? »

    Quelle angoisse, quelle terrible angoisse. Quelle horrible question, aussi. L'adolescent récupéra péniblement son souffle et de l'air. Son interlocuteur avait eu l'extrême intelligence de ne pas oser y poser son doigt. Qui sait comment il aurait pu réagir ? Quelqu'un l'a fait, un jour, par méchanceté, et Anton, tout éméché qu'il était, l'a frappé si violemment que le samu s'est déplacé. Il était sobre, mais le risque n'était-il pas le même ? Cette forme de respect, bien qu'accompagné d'une question un peu rude, lui fit plaisir. Les yeux plongés vers la fumée de sa cigarette, il répondit, les dents serrées :

    - J'suis mort de, d'un accident de voiture. Tout bête, tout, un simple accident de voiture, rien d'autre quoi...

    Certes, c'était un semi-mensonge, mais, après tout, la voiture lui avait roulé dessus, non ? Mais la façon dont il s'acharnait à prononcer accident prouvait que l'accident n'en était pas un, au fond. C'était déjà un grand miracle, un grand fossé de comblé, qu'il ose parler de lui en son nom à un parfait inconnu. Mais qu'avait-il à redouter, ici ? Tout. De plus, il était persuadé que la confession de ses péchés ne résoudrait rien. Il le savait, on allait le châtier si il avouait, on le battrait jusqu'à la mort. Et malgré tout, la perspective de souffrir de quelqu'un d'autre que de lui-même était une idée effrayante. Ses doigts passèrent dans son cou, retracèrent le sceau de son enfer, et il reprit, voix et mains tremblantes :

    - Non, non c'est pas moi. Mais je, c'est de ma faute, alors c'est tout comme... Oui, c'est tout comme...

    Un ricanement nerveux lui souleva le coeur. Non, il n'avait pas fait ça lui-même, pas sciemment, pas volontairement. Mais son excitation, sa joie de vivre, ses gestes l'avaient marqué à jamais au fer rouge. Quoi qu'il en dise, quoi qu'on en pense, il ne pourrait jamais se laver de cette peine, de cette douleur. Cette mère si aimante, si chaleureuse, si douce, si souriante, à jamais envolée. Son visage aux contours effacés, falsifiés, erronés, déformés. Il aurait été incapable de se remémorer son visage, si il n'avait pas eu son collier. Dernière relique d'une vie passée, c'était tout ce qui le rattachait encore à elle. A cette pensée, les larmes affluèrent derrière ses lentilles, et il dut fermer les yeux pour les retenir.

    Inspirer, expirer. Dis-toi qu'elle est là, autour de toi, dans ton coeur, partout, elle te surveille. Et si tu te prends parfois à sentir la douceur et la chaleur autour de ton corps, n'oublie jamais que c'est elle, ses bras, son rôle. Mais n'oublie pas non plus qu'elle t'en veut, qu'elle t'en veut, qu'elle t'en veut, qu'elle t'en veut, qu'elle t'en veut, qu'elle t'en veut, qu'elle t'en veut.

    Anton tourna violemment la tête dans la direction opposée, de manière à masquer la larme qui lui courait le long de la joue. Qui était ce diable, pour oser faire remonter ce supplice ? Il essuya la goutte et tenta tant bien que mal d'en faire de même avec la traînée noirâtre de son maquillage. Non, Kurogane ne faisait pas ça par méchanceté. La preuve venait de ses poignets, dont on voyait encore les entailles fraîches et plus vieilles. Un frisson lui traversa l'échine. Oh comme il les connaissait, ces marques là. Il avait eu la chance inouïe que les siennes s'effacent complètement. Cependant, celles sur ses mains, masquées par des mitaines, restaient encore tout à fait visibles. Tous l'avaient cru, quand il avait prétexté des bagarres, des griffures, des écorchures bénignes et d'origine inconnues. Notamment l'une, une longue trace blanche, à peine percéptible au toucher. Il avait frappé, contre un mur, jusqu'à ce qu'il ait mal, terriblement mal, plus mal que jamais. " Un scooter m'a roulé sur la main. "

    Qu'avait donc pu vivre cet adolescent, meurtri ainsi en son âme, en sa chair ? Anton brûlait d'envie de le savoir. Peut-être pourraient-ils se comprendre, peut-être pourraient-ils s'apprécier, peut-être qu'il pourrait se confier. Peut-être, beaucoup de peut-être. Mais qui sait ?

    Le sourire qu'abordait Kurogane en lui montrant ses plaies lui semblait un peu déplacé. Mais peut-être était-ce pour lui une carapace supplémentaire. Après tout, il aurait pu en faire de même, il en aurait sans doute fait de même.

    Son vis-à-vis lui avoua qu'il avait succombé aux lames, de toute sorte, tant qu'elles tranchaient la chair. Qu'il avait également senti, cette douleur vibrante, cuisante, atroce, mêlée à ce sentiment de pureté, la purification, ce frisson de douleur qui passait par tous les membres, du cuir chevelu aux genoux, en passant par chaque muscle. Une sensation indescriptible. Alors on voulait la revivre, et on tailladait de nouveau, jusqu'à ce que ce soit un peu tard, et que la sensation s'estompe, au profit du néant. Peut-être que Kurogane, lui, le faisait vraiment pour mourir. Mais Anton n'avait guère une estime de lui assez haute pour s'autoriser la mort. Il voulait juste le châtiment le plus long, et il voulait juste se punir. Ses yeux étaient remontés jusqu'au visage de Kurogane.

    « J’espère que tu ne vas pas me fuir, maintenant que tu le sais. »

    Anton haussa un sourcil. Pourquoi le fuirait-il, alors qu'il avait enfin trouvé quelqu'un susceptible de le comprendre ? L'éclat qu'il avait précédemment remarqué, cette étincelle de vie qui était habituellement en ces yeux rouges avait totalement disparu. Peut-être qu'elle avait laissé la place au véritable reflet de son âme. Jamais il n'avait regardé quelqu'un dans les yeux aussi tôt, mais Anton avait maintenant son regard, tout aussi morne, planté dans les yeux rouges. Son sourire hurlait de tristesse, et l'adolescent se sentit vraiment mal pour lui.

    Une fois que le jeune homme eut remis ses guêtres et sans presque le quitter des yeux, Anton retira ses mitaines et de nouveau les enchevêtrements du jeune homme. Posant sa main sur son bras, il releva les yeux vers lui. Qui sait quel élan de folie, quelle poussée de courage, quel éclat de confiance pouvait le pousser à agir et se dévoiler ainsi. Toujours est-il que, pris de cette enivrement étonnant, il dit, avec animation et une sorte de joie :

    - Moi aussi, tu vois. Moi aussi, j'ai connu ce plaisir que de se faire mal, jusqu'à l'évanouissement. Alors, vraiment, aucune raison de fuir, tu crois pas ? Ca change quoi ? Sérieux ?

    Quelques instants, il redouta que la haine remonte, comme elle l'avait déjà fait. Mais c'était une sorte d'apaisement, un doux réconfort qui l'enveloppait. Il recouvrit ses mains, et s'autorisa à reprendre une cigarette. Peut-être qu'enfin, il avait trouvé quelqu'un avec qui il se sentait bien, quelqu'un qui lui ressemblait, blessé au plus profond de son âme, avec une plaie béante à la place du coeur.

    Ramenant ses genoux tout contre lui, il récupéra la manette qu'il avait abandonnée un peu plus tôt. Un léger sourire lui flottait sur les lèvres.

    - Alors, cette partie, on se la fait ?

    Se rembrunissant un peu, il ajouta :

    - Toi, tu faisais ça pour mourir ?

    La question lui paraissait bête, mais il avait besoin de la poser. Après tout, c'était intéressant que de savoir quel était son dessein, à lui.
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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Jeu 6 Jan - 0:57

Entre ses doigts, la précieuse cigarette agonisait lentement. Mais l’adolescent n’en avait que faire. Il était bien trop occupé par les paroles de l’autre jeune homme près de lui pour y prêter un tant soi peu d’attention. Lorsque celui-ci commença à répondre à ses questions, Kurogane sentit l’angoisse montante qu’Anton transpirait par tous les pores de sa peau. Il le connaissait si bien, lui aussi, ce sentiment qui le prenait au ventre, dans ses entrailles mêmes, et le tordait de l’intérieur sans relâche, jusqu’à ce que la nicotine daigne l’apaiser pour quelques temps. Il comprenait mieux que quiconque sur ce bateau qu’on puisse, seulement avec quelques mots mal choisis, se sentir assez mal pour pleurer de désespoir. A cette pensée, il s’en voulut de lui avoir infligé toutes ces souffrances. Mais il avait l’impression que s’ils passaient tous les deux par là, ils trouveraient quelque chose qui en vaudrait la peine.
Et puis, cette prétendue mort par accident de voiture… Ca ne collait pas avec un ton aussi tendu, et des paroles formulées aussi rapidement, comme un mécanisme de défense. Kurogane avait interrogé trop de gens pour ne pas reconnaître lorsque quelqu’un mentait, ou ne lui disait pas toute la vérité. Et il sentait qu’Anton n’avait pas été tout à fait franc à propos de sa mort. Cependant, il n’osa pas insister. Il avait trop peur de le blesser plus encore.
Ce fut la même sensation qu’il eût lorsqu’Anton le renseigna sur sa mystérieuse cicatrice. Comme s’il cherchait encore à se réfugier derrière une carapace de glace, qu’il avait encore peur de se dévoiler complètement. En même temps, Kuro le comprenait. Il était pareil. Il se cachait constamment derrière ses sourires, lorsqu’il allait mal, ou qu’il se risquait à avouer quelque chose de grave le concernant, comme il l’avait fait il y a peu. Il se demanda tout de même ce qui avait bien pu arriver à Anton ; pourquoi et comment il était mort, et comment il s’était fait cette cicatrice. Pourquoi il affirmait que c’était de sa faute. Il avait encore tellement de questions à lui poser. Mais plus tard, peut-être. Pour le moment, ce qu’il avait daigné lui dire était amplement suffisant. Il ne vit pas les larmes d’Anton, trop occupé par ses poignets.

Après lui avoir montré ses plaies et remis ses guêtres, le jeune homme vit avec surprise la main du jeune homme se poser sur son bras. Une main meurtrie de cicatrices effacées, mais dont on distinguait légèrement les sillons ou la couleur blanche. Le japonais releva des yeux écarquillés vers son congénère. Alors lui aussi ? Lui aussi il s’était mutilé ? Il était comme lui ? Il avait enfin trouvé quelqu’un comme lui, qui ne le rejetterait pas ou ne le réprimanderait pas pour ça ? Qui l’accepterait pour ce qu’il est ?
Les paroles d’Anton le réconfortèrent un peu. Il avait raison, après tout. Tout cela ne changeait plus rien, maintenant qu’ils avaient quitté la terre, et qu’ils étaient enfermés sur la Nef. Rien du tout. Touché mais mal à l’aise, il détourna le regard et balbutia, d’un ton las :

« Oui, tu dois avoir probablement raison… »

Par contre, il y avait quelque chose dans ses paroles qui l’avaient intrigué. Anton avait parlé de « plaisir ». Ces quelques mots laissèrent Kurogane songeur. Lui n’avait jamais ressentir de plaisir particulier à se mutiler ; au contraire, il se souvenait de la douleur atroce de l’acier déchirant sa peau très distinctement. Il s’était réduit à le faire, parce qu’il avait désespérément envie de mettre fin à ses souffrances, et que c’était finalement la seule façon qu’il avait trouvée pour ça. Anton, lui, l’avait-il fait par rédemption, ou quelque chose comme ça ? Se servait-il de la douleur pour se punir de quelque chose qu’il aurait fait par le passé ? Par hasard, cette même chose dont il s’accusait, tout à l’heure, lorsqu’ils avaient parlé de sa cicatrice ? Non, Kuro, arrête toi, tu vas trop loin. Ca ne te regarde pas, du moins, pas pour l’instant. S’il veut t’expliquer, un jour, il le fera, mais en attendant, tu n’as pas le droit de lui faire ça. Tu ne ferais que le faire souffrir plus encore, s’il s’en rendait compte, ou que tu venais à lui poser la question. Pourtant, il brûlait déjà de la lui poser.
Kuro baissa soudain les yeux sur sa cigarette : celle-ci s’était complètement consumée, et la cendre n’attendait qu’une petite secousse pour tomber sur le sol. L’adolescent soupira. Quel gâchis. Il écrasa le mégot sur le sol mais n’alluma pas d’autre cigarette. Dans l’état actuel où il était, il avait plutôt besoin d’un câlin que de nouveau de la nicotine.
L’invitation de son ami lui redonna le sourire. Il avait raison, ce n’était plus la peine de songer à tout ça. Et puis, c’était lui même qui lui avait proposé de jouer, après tout. Adressant un léger sourire à Anton, Kuro acquiesça et saisit sa propre manette. Il lança le jeu. Tandis qu’il programmait et songeait déjà au choix de son personnage, l’allemand lui posa une question fatale, mettant fin à ce bref instant de répit dont il avait pu profiter.

A ces mots, le jeune homme se raidit. Il se sentait comme dans une impasse, obligé de répondre, sans aucune possibilité de fuir. Muet un instant, comme s’il hésitait à répondre, ou plutôt à la forme qu’il allait donner à sa réponse, il dit finalement, l’air mélancolique, mais sans oser le regarder en face :

« Oui. Je voulais mourir. Parce que je n’ai pas pu faire quelque chose que j’aurais dû. Mais, comme tu vois, ni la mort ni le diable n’ont voulu de moi. »

Il ne ricana même pas à son propre humour noir. Il n’en avait pas la force. Le sujet était trop sérieux pour qu’il puisse se moquer de lui même, cette fois-ci. Il n’osa pas non plus lui retourner la question, de peur d’obtenir le même résultat que précédemment. Mais il ne pouvait s’empêcher d’espérer, au plus profond de lui même, qu’Anton prenne l’initiative de le lui avouer par lui même.
Alors qu’ils commençaient la partie, Kuro oublia quelques instants sa tristesse. Mais les paroles d’Anton sur sa mort et sa cicatrice le hantaient. Lorsqu’il sentit qu’il ne pouvait plus garder ça pour lui, au beau milieu de la partie, il appuya sur pause, et se tourna vers son congénère.

« Comme moi… Il y a une chose pour laquelle tu t’en veux, n’est-ce pas ? » S’enquit-il, d’une voix douce, comme s’il cherchait à rassurer Anton.

Le japonais se mordit les lèvres. Devait-il tout lui dire, ou non ? Comment allait-il le prendre, s’il lui balançait tout ça, maintenant ? Mais en même temps, il ne se sentait pas d’attendre hypocritement, alors que, maintenant, ils s’étaient mis à creuser le sujet. Les yeux cachés derrière ses mèches noires, la tête baissée, il déclara alors, d’une voix quelque peu tremblante :

« Le jour de mes dix ans, mes parents et mon clan tout entier ont été assassinés. J’étais censé les venger. Mais je n’ai pas pu. Voilà pourquoi je voulais mourir. Je ne supportais plus le poids de la culpabilité. »

Voilà. Il l’avait dit. Alors qu’il prononçait ces mots, il lui sembla que son ventre se déchirait de l’intérieur, pour ensuite se reconstituer d’un coup. Finalement, ce fut comme un soulagement. L’angoisse commença à baisser un peu. Kuro prit une grande bouffée d’air. Il n’avait peut être pas fait une si grande erreur en lui avouant tout ça. Maintenant, il n’avait plus que sa réaction qu’il avait à craindre. Mais il espérait qu’il se montrerait aussi tolérant que précédemment.

« Tu n’es pas obligé de me dire ce qui t’est arrivé, si c’est trop dur. Mais sache que… Quoi que ce soit… Ce n’est certainement pas moi qui vais te juger. » Ajouta-t-il, relevant les yeux vers lui.

Il n’y avait rien d’autre à dire. La lueur désespérée dans ses yeux rouge sang faisait le reste.

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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Jeu 6 Jan - 3:23

    Perdu dans le vide il attendait, sans vraiment l'attendre, la réponse du jeune japonais. Et lui, pourquoi finalement ? Ne voulait-il pas mourir, lorsqu'il s'écroulait dans sa chambre et que la lame venait par réflexe contre sa peau blême ? Il ne voulait pas mourir lorsqu'il frappait dans les murs jusqu'à ce qu'il ait l'impression de perdre son bras ? Les phalanges d'abord, qui rougissaient sous la douleur, puis qui englobait le poing, et l’électrochoc remontait l'avant-bras, engourdissait tout le membre et le prenait jusqu'aux épaules. Alors la tête lui tournait violemment et, par instinct de conservation, il prenait la partie endolorie dans son autre main et soufflait dessus. Et la rage reprenait le dessus, et il donnait le dernier coup, de toutes ses forces. Puis il regardait le sang, doucement.

    Plongé dans le flou de sa tristesse, il avait l'impression que sa vie n'avait été que remplie. De peine et d'horreur, mais remplie d'actions. Que jamais il ne s'était ennuyé, et qu'il n'avait pas vécu en dehors des soirées, des cours et de sa maison. Mais tous ces moments de désespoir, où il s'en allait errer. Tous ces instants de flottement, où il était perdu dans sa tête, perdu dans son monde, dans sa voiture, son accident. N'étaient-ce pas de grands moments de vide et d'ennui ? Non, vraiment, il ne voulait pas mourir. Parce qu'Anton était un lâche. Peut-être pas, vivre est plus difficile que mourir, dit-on. Mais il avait trop peur de passer le cap. Et puis, après tout, méritait-il seulement de la rejoindre ? Non, il voulait juste sentir son estomac se soulever, les larmes qui montent aux yeux, le sang qui coule, le fer dans la chair, qui tranche, qui tranche, qui s'enfonce. L'étourdissement de douleur qui l'envahissait, qui lui arrachait des larmes, qui le tuait sans vouloir l'achever, et ce plaisir. Ce plaisir qu'il n'éprouvait pas vraiment à souffrir. Juste cette sensation, celle qu'on ressent quand un ennemi vient à souffrir à cause de ses actes. Il battait son ennemi, il lui faisait endurer tout ce qu'il avait eu à endurer. Mais il était son seul et pire ennemi.

    Dans le même temps qu'il revivait ses souvenirs, il se demandait si Kurogane s'était retrouvé aussi, épuisé d'angoisses, à genoux dans sa chambre, le cou trempé de larmes, les dents serrées, avec cette fascination horrible pour le fluide rouge qu'il s'écoule du corps. Si il avait connu ces instants où l'homme devient si ridicule, avec sa peau qui se tranche comme du papier. Est-ce qu'il avait connu la douloureuse extase de ces instants de perdition ?

    Il cherchait un personnage, sans vraiment les regarder, sans vraiment le choisir. Il avait appuyé son doigt sur le bouton "suivant" et il les laissait défiler, avant de s'arrêter sur un visage, le trouver hideux, et reprendre la course des faciès. De toute façon, à quoi bon ? Qu'il gagne ou qu'il perde, ça ne changerait rien à son éternité, pas vrai ? Il s'étonnait de ces pensées, lui qui était capable de détester quelqu'un à tout jamais sous prétexte d'une défaite. C'était la fatalité, la lassitude, la peine qui l'enveloppaient. Elles venaient de partout et de nulle part, et il ne savait plus quelle était leur origine, mais elles ne le quittaient plus. Comme si, constamment, il baignait dans l'eau et que son corps se fondait à la masse, se transformait sous la pression. Il voyait son cerveau, écrasé par le poids des souvenirs, compressé vers l'avant de sa tête.

    Kurogane prit la parole. Anton avait levé les yeux vers lui, mais il ne le regardait pas. Il regardait ailleurs. Pourquoi ? Ne pas affronter son regard ? Par ennui ? Non, non, ce n'était pas par ennui. Alors, il voulait fuir son regard ? Il lui avait appris que oui, il voulait en finir. Que oui, la culpabilité l'avait consumé à ce point. Qu'elle l'avait détruit, abêti et rendu esclave de sa volonté. Qu'il se sentait coupable pour quelque chose qu'il n'avait pas fait.
    Quoi, quoi, quoi ? Ah, plus tard ! Il l'informait également que lui aussi, il s'était senti abandonné. C'était ce qu'Anton en déduisait, calquant ces réflexions sur ses propres opinions. Abandonné du destin, qui l'avait jeté aux ordures, dans ce navire exilé entre deux terres, incapable de rejoindre quoi que ce soit, de bouger. Abandonné de la Mort qu'il avait implorée, à qui il avait voué toute sa vie, à qui il ne cessait de faire sa demande, son discours. Mais non, rien à faire. Malgré tous ses désirs, toutes ses supplications de la Faucheuse, elle n'avait pas voulu d'eux. Comme si ils étaient de si grosses erreurs qu'on les mettait là, histoire qu'ils cessent d'être nuisibles.

    Son compagnon avait cessé de retourner ses questions. Peut-être que ça lui faisait peur. Cette façon qu'il avait de transpirer d'angoisse, de vomir ses mots, effrayé, dégoûté, cette manière qu'ils avaient de se marcher dessus, de trébucher, de se heurter les uns aux autres, de s'étouffer de crainte. Peut-être qu'il espérait ne plus entendre ça. Anton était de son avis. Mais il en subsistait une légère frustration, un léger froissement. Ce n'était que très vague. Mais si il persistait à toujours se taire et à craindre de dévoiler sa vie, il n'avait, au fond, envie que de ça. Ca l'effrayait parce qu'il ne savait pas ce que les autres feraient de ses fantômes, mais il n'avait pas envie de les porter seul, il en crevait de tout garder pour lui, de garder maladivement ses cauchemars, les défendre corps et âme. Alors, si il pouvait accuser les autres, ce n'était pas plus mal, non ? Si il pouvait, juste, se dire qu'il n'avait pas eu le choix, puisqu'on lui avait posé la question. C'était toujours avec cette piètre explication qu'il se justifiait aux yeux de sa conscience. C'était misérable, il venait de s'en rendre compte.

    Massacre. Oubliant quelques instants, il se concentra sur la partie.
    Tuer, tuer, tuer, tuer. C'était une jubilation banale, une satisfaction insignifiante. Un peu stupide, un brin malsain, mais c'était bon, trop bon. Passées les premiers instants, le calme se fit de nouveau dans sa tête, et il n'y avait plus que cette étendue plate et vague, innocente et cruelle, inoffensive et assassine.

    La partie s'arrêta soudainement et, comme un murmure, une voix intérieure, la question de l'adolescent lui griffa les oreilles, résonna dans sa tête, rebondissant dans tous les sens. Pitié, non. Qui avait dit ça ?! Qui avait osé... Enfin, oui, il avait raison. Anton avait légèrement baissé la tête. Il poussa un soupir, regardant la cendre qu'il avait laissée au sol. Il songea vaguement qu'il ne savait pas à quel moment il avait cessé de fumer, et qu'il n'avait qu'à peine senti les effets de la cigarette. Mais autre chose le préoccupait. Que devait-il répondre ? Rien ? Après tout, oui, et après ? L'autre adolescent n'en avait pas dit beaucoup plus. Alors il pouvait bien rester là-dessus. Il estimait que, tant qu'il n'en savait pas beaucoup plus, il n'avait pas besoin d'en dire beaucoup plus. Ca le soulagea quelques peu. Tout le monde était capable de savoir qu'il s'en voulait, sans rien pouvoir utiliser contre lui là-dedans. Alors il souffla, dans un soupir :

    - C'est vrai. Tu as raison.

    Rien de plus. Il avait confirmé, voila tout. Rien de plus. La phrase sembla passer presque inaperçu, puisque le japonais expliqua les raisons de ses mutilations. De prime abord, Anton le détesta vivement. Mais non, il allait devoir en faire de même ! ( Au fond, rien ne l'y obligeait, mais ça l'arrangeait peut-être de se sentir obligé, il se sentait moins sale. ) Mais bien vite, la puissance des mots le rattrapa. La voix de son ami tremblait, comme contenue de larmes, étranglée de peur. Peur de se mettre à nu. Anton savait bien cette sensation. Les mots viennent sans qu'on ne puisse les arrêter, se bousculent et brûlent dans la gorge, piquent les yeux, contractent l'estomac, puis rendent l'air ambiant plus vide, comme éventré. Il réussit à contenir de justesse un "Joyeux anniversaire" qui aurait été extrêmement mal venu. Aucunement de la moquerie, juste une sorte de mépris envers ces assassins inconnus qui avaient ruiné une vie. Un mépris cynique, horriblement cynique.

    Anton essayait comme il pouvait de rester calme. Quel droit avait-il de se mettre en colère ? Il ne les connaissait pas, il ne pouvait rien faire d'ici, en plus. Mais voilà, il avait tellement de haine contenue qu'elle voulait déferler sur tout ce qu'elle pouvait. Quelque chose, cependant, éveilla sa curiosité. Son clan ? Bah, il lui demanderait plus tard. Qu'est-ce que ça changeait ? Il avait tout perdu. Il se sentit ignoble d'avoir été si triste, alors qu'il ne s'était pas retrouvé tout seul. De quel droit se sentait-il triste ? Il n'était pas aussi malheureux que Kurogane, après tout ! Il se souvint qu'on lui avait dit, un jour, que pour chacun, le summum de la tristesse n'est pas le même. Mais que, où qu'il se situe, le "pire" reste le "pire", même si il peut sembler ridicule. C'était son père qui avait dit ça. Parce qu'il était rentré, hors de lui, en hurlant que cette imbécile était détruite d'avoir perdu son chien. Alors que lui, lui, il avait perdu sa mère et qu'il n'en étalait pas quinze couches. Les mots de son père n'avaient pas eu une once d'effet, et il s'était absenté toute la nuit. Mais là, il comprenait enfin. Oui, il lui restait quelqu'un, il n'était pas seul au monde, mais il n'avait jamais rien vécu d'aussi terrible et ne vivrait jamais rien de pire, alors il n'avait pas à se sentir sale.

    Il s'enfonçait dans les méandres de ses réflexions, quand il l'informa qu'il pouvait très bien se confier, qu'il ne serait pas jugé. Pas par l'adolescent, mais comment se considérerait-il, si il avouait tout maintenant ? Il remarqua vaguement que les yeux rouges s'étaient levés vers lui, mais il regardait bien au-delà. Il se détesterait surement. Mais est-ce qu'il en serait différemment si il gardait tout pour lui ? Non. Il se haïssait déjà. Et puis, il en avait envie. Enfin, il avait trouvé quelqu'un qui avait léché le fond de l'existence, la débauche, l'angoisse, la véritable. Quelqu'un qui s'en voulait à en crever, qui fuyait son reflet autant que possible parce que cette vision était insupportable. Quelqu'un qui s'en voulait d'avoir survécu à la place des gens qu'il aimait. Ca n'était jamais arrivé. Axel avait toujours bien vécu, avait deux parents aimants. Alors il ne l'avait jamais vraiment compris, mais Anton s'était emmuré dans cette idée, parce qu'il voulait remonter la pente.

    Le silence l'engourdissait, et il se demandait ce que Kurogane pouvait bien penser. Il n'avait rien dit suite à sa déclaration. Il avait tout avoué, et cet ingrat ne répondait rien, ne le regardait même pas. Anton se serait fusillé. Mais il se battait pour savoir ce qu'il devait répondre. Que devait-il dire ? Avouer, ne pas avouer ? Déjà, répondre à ses aveux.

    - Je... J'ai pas envie de te dire que je suis désolé. Parce que je le suis, mais après ? Ca sert à rien de dire ça, au fond. Je veux dire, ça va pas t'aider. Ni de te dire que t'as pas à t'en vouloir, parce que si putain, on s'en veut. Alors juste... Merci. Et si jamais tu veux parler, moi je te jugerai jamais non plus.

    Il avait un léger sourire, un sourire de circonstances, qui ne tarda pas à s'évanouir. Il avait peur que Kurogane lui en veuille si il ne disait rien. Mais il ne se sentait pas terriblement prêt. Ses mains tremblaient légèrement, elles passèrent dans ses cheveux, son cou, puis revinrent sur la manette. La respiration lui manquait un peu. Que de désespoir dans le regard qu'on lui lançait ! Plus il le regardait, plus il voulait le prendre dans ses bras. Mais par crainte, par respect peut-être, il s'abstenait. Il n'était pas sûr que le japonais soit tactile, puisqu'il ne l'était lui-même pas toujours. Il ne voulait pas avoir l'air de le prendre en pitié, comme tous ces gens le font quand ils apprennent mais qu'ils ne comprennent pas, ne réalisent pas l'ampleur du désastre. Ils vous accordent une légère étreinte, histoire de faire semblant, mais ils ont juste de la pitié. Lui, il voulait l'étreindre pour lui faire sentir qu'il comprenait, qu'il le soutenait vraiment, qu'il pouvait être toujours là s'il le fallait, qu'il pouvait vraiment servir d'ami, si ils arrivaient à si bien s'entendre. Déterminé par une poussée de courage, il se lança, la voix hachée :

    - J'avais huit ans, et on était...

    Le son mourut dans sa gorge, et il réprima de justesse un sanglot. Non, il n'avait pas la force. Il passa une main sur son visage, et hocha négativement la tête. Il avait au moins essayé, mais il ne le pouvait pas. C'était pour ça qu'il avait réussi, la dernière fois. Il était pétri d'indifférence, paré de lassitude, ennuyé par les caresses incessantes de son amant, étranglé déjà de la colère de l'incompréhension. Un récit impersonnel. Alors que là, c'était plus dur. Savoir qu'on comprenait sa douleur, avait-il envie d'infliger ça à son ami ?

    - Hm, désolé. Je... Tu penses qu'on pourra revenir à cette étape plus tard ?

    Son regard fuyait légèrement, il avait un peu honte. Se décontractant un peu, il sentit tous ses muscles douloureux. Il se rendit compte à quel point il pouvait être tendu. Lâchant la manette, il s'étira le plus possible, histoire de décontracter quelques peu ses muscles.

    Puis, comme frappé par le souvenir, il demanda, regardant de nouveau l'adolescent :

    - Au fait, désolé de déjà revenir là-dessus mais... Tu as parlé de clan... Je voulais juste savoir ce que tu entendais par là. Enfin, si tu veux toujours bien me dire. Y'a pas d'obligation, après tout, rien ne t'y oblige. Enfin tu vois quoi, t'es pas forcé, tu peux ne pas le faire quoi, et puis... Ouais, bon.

    Anton jugea qu'arrêter le massacre tout de suite était une fabuleuse idée. Voilà ce que le stress lui faisait faire. Il disait n'importe quoi. Mais bon, il l'intriguait tellement, il fallait qu'il pose des questions, qu'il se renseigne, c'était assez maladif. Peut-être qu'il se sentirait assez confiant pour avouer, après cela.
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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Sam 8 Jan - 0:47

Le silence, lourd, pesant, mortifiant. Un silence tendu, aussi angoissant que leurs propres paroles. Kuro attendait, silencieux, un mot quelconque de la part de son congénère. Après avoir pris le courage de lui avouer tout ça, d’un coup, ce lourd passé dont il n’avait jamais vraiment parlé à quiconque sur la Nef, il avait comme l’impression de s’être jeté dans le vide. A lui, il lui avait tout dit. Il s’était mis à nu, s’était découvert tel qu’il était vraiment. Comme s’il avait laissé, sous une pluie d’acide, sa peau nue se dissoudre complètement, jusqu’à sentir la douleur à vif ; puis, qu’il s’était laissé crever silencieusement de culpabilité et de honte. Et, malgré tout, ne perdant pas espoir, il attendait désespérément la moindre réaction de la part d’Anton : un rire, un sourire, un cri, des larmes, qu’importe ; il désirait seulement voir le moindre signe de vie sur le visage de son ami. Histoire de lui prouver que, même après avoir entendu tout ça, il n’allait pas changer d’avis sur lui. Ne pas le rejeter, comme tous les autres l’avaient toujours fait.
Mettant fin à son interminable torture intérieure, Anton finit par trouver quelque chose à lui dire. L’adolescent poussa un léger soupir de soulagement, sentant la pression, dans son estomac, se relâcher un peu. Il avait presque commencé à avoir peur. Peur qu’il le juge, peur qu’il le fuie, peur qu’il le haïsse.
Les paroles d’Anton le réconfortèrent un peu. Elles étaient douces et lui avaient réchauffé le cœur, sans pour autant dégouliner de pitié. Kuro détestait la pitié plus que tout. Il ne connaissait pas de sentiment plus hypocrite et plus humiliant que celui-ci. Gêné, les seuls mots qu’il trouva à lui dire, et qu’il parvint difficilement à balbutier furent :

« T’inquiète pas. Et merci à toi aussi. »

« Ne t’inquiète pas pour moi, parce que j’ai touché le fond depuis longtemps, je le sais. Merci d’être là, de m’écouter, de me comprendre. Personne n’a jamais été capable de vraiment le faire, jusqu’à présent. Même pas Raijin. » Voilà ce qu’il aurait voulu lui dire, s’il en avait eu le courage, à cet instant là. Mais il ne réussit même pas à ouvrir la bouche. Ses lèvres, comme soudées l’une à l’autre, refusaient de lui obéir. Etait-ce là l’effet d’une malédiction ?
Soudain, Kuro releva le regard vers son ami. Il tremblait, lui aussi. Se préparait-il à lui avouer quelque chose ? Cette angoisse apparente était-elle le résultat de l’énorme effort qu’il tentait de faire sur lui même, juste pour lui ? A présent captivé, le japonais regardait l’allemand, silencieux, attendant impatiemment d’entendre ce que celui-ci semblait avoir tant de mal à lui avouer. Se pourrait-il qu’il ait vécu quelque chose d’aussi horrible que lui ? Quelque chose que lui seul pourrait comprendre ?
Mais Anton ne parvint pas à terminer sa phrase. Voyant l’état dans lequel il s’était mis pour ça, Kuro ne fut même pas déçu. Il se sentit juste plus mal encore. « Comment est-ce que je peux lui infliger tout ça ? Ce que je lui raconte n’est pas assez horrible, non seulement il faut qu’il supporte d’entendre tout ça, mais, en plus, il faut que je le fasse souffrir en lui faisant repenser à son propre passé ? » Il était un monstre, un vrai monstre. Ca, il le savait depuis longtemps, mais il venait d’en avoir une nouvelle preuve à l’instant. « Vite, fais quelque chose », se dit-il. « Ne le laisse pas souffrir comme toi, à cause de toi. Fais quelque chose. »

N’hésitant pas un instant, le jeune homme saisit le visage d’Anton, posant ses mains sur les joues pâles de son ami, afin qu’il ne puisse pas éviter son regard, et lui dit, d’un ton qui se voulait apaisant :

« C’est bon, ne t’excuse pas. Ne te force pas pour moi, c’est pas grave. Et tu peux prendre le temps que tu veux, j’attendrai. »

* Le fait que tu m’écoutes me suffit déjà amplement. *
Pensa-t-il.

Même s’il devait avouer, encore, qu’il mourait d’envie d’en savoir plus sur Anton. Ainsi, il continuait donc d’espérer, intérieurement, qu’un jour il réussisse à lui parler de son passé à son tour. Il était prêt à attendre le temps qu’il faudrait pour ça. Après tout, ils avaient toute l’éternité devant eux. Ce n’était pas comme s’ils étaient pressés.
Il sentit, au bout de ses doigts, la tension palpable du jeune homme. Doucement, il retira ses mains. Il avait peur d’empirer les choses, qu’il se sente agressé. Après tout, il avait osé le toucher brusquement, sans lui demander son avis. D’habitude, ça ne posait pas de problème à Kuro de se comporter ainsi. Mais maintenant qu’il s’était rendu compte de la sensibilité d’Anton, il préférait faire un peu plus attention à sa spontanéité.
La question qui suivit le prit tellement au dépourvu qu’elle lui donna presque un sursaut. Quel crétin il avait été. Il n’avait pas pu dire « famille », « proches », ou tout autre mot qui n’avait pas de connotation particulière ; non, il avait fallu que, par habitude, il parle de clan. Cela n’avait, bien entendu, pas échappé à Anton, et voilà, maintenant, il lui demandait la signification de ce mot dans sa bouche. Sans s’en rendre compte, Kurogane pesta. Il était contraint de tout lui expliquer, maintenant. Et puis, pourquoi n’était-il pas déjà au courant ? Tout le monde sur ce bateau le savait, ou l’avait appris par le bouche à oreille, non ? Mais l’adolescent semblait oublier que son congénère n’était arrivé que récemment. Il avait peut-être eu d’autres soucis que d’écouter les rumeurs traînant sur les passagers. Poussant un léger soupir, Kuro passa sa main dans ses cheveux, pensif. Il ne savait guère comment l’allemand allait prendre cette nouvelle découverte. « Avoue », lui disait une toute petite voix à l’intérieur de son esprit. « Tu te sentiras mieux après, c’est sûr ». Non, ce n’était pas sûr, mais au moins, ça faisait avancer les choses. Et puis, maintenant qu’il le lui avait demandé aussi directement, il ne pouvait pas détourner la question. En plus, Anton avait promis de ne pas le juger. Il n’y avait donc absolument aucune raison pour ne pas le lui dire clairement. Et s’il ne l’avait pas rejeté pour tout ce qu’il lui avait déjà dit, il n’y avait pas de quoi avoir peur qu’il le fasse après ça. Prenant son courage à deux mains, et décidant de lui faire confiance, il lui répondit d’un ton plat, en détournant le regard :

« C’est normal. Je suis yakuza. »

Il marqua une pause, afin de le laisser digérer la nouvelle. Il n’osa même pas essayer d’analyser le silence de son interlocuteur.

« Ma famille s’est fait massacrer par un clan adverse, encore pour une stupide histoire de fric ou de trafic drogue. Ce genre de drame, ça arrive souvent, dans la mafia. J’ai été adopté par un autre parrain, après ça. J’étais censé lui succéder. »

A ces mots, il se tut, et releva des yeux glacés vers lui, qui semblaient presque dire : « Voilà, je t’ai craché la vérité, heureux ? ». Une fois de plus, ses lèvres se scellèrent. Il serra les dents sous la pression qu’il sentait monter doucement.
« Voilà, chéri, tu sais tout. Comme tu peux maintenant le constater, je suis l'être le plus abject qui existe, je suis bien loin de mériter ta compassion et ta gentillesse. Je suis un monstre, la quintessence de la souffrance et de la misère humaine. Comment vas-tu réagir, maintenant ? Comment vas-tu réagir ? Vas tu me rejeter comme les autres l'ont toujours fait ? Pour mes yeux, pour mon sang, pour mes crimes? »
Ses dents crissèrent. La tête baissée, le visage caché derrière ses mèches noires, il n’osait pas relever la tête vers Anton. Ses poings, posés sur ses cuisses, étaient si serrés qu’il lui semblait que ses phalanges allaient exploser en morceaux d’un instant à l’autre.
« Non, ne me rejette pas, pas toi, pas maintenant. Pas après tout ce que je t’ai dit. Je t’ai vendu mon âme, mon ombre, cette partie de moi même que personne ne connaît ; abandonne-moi et j’en mourrai. »
Les larmes commencèrent à lui monter aux yeux. Il ne les sentit même pas rouler sur ses joues.
« Pitié, ne m’abandonne pas. Aime moi, prends moi dans tes bras, rassure moi, embrasse moi, caresse moi, tue moi si tu le veux, je veux juste oublier, tout oublier. Ne plus jamais penser à ma souffrance. »
Il tremblait de tout son être, à présent, comme pris de secousses irrégulières et violentes. Sentant enfin le goût amer et salé des larmes sur sa langue, il passa ses mains sur ses yeux, comme s’il refusait de voir la réalité en face.

« Au cas où t’aurais pas remarqué… J’ai vraiment besoin d’un câlin, là. » Marmonna-t-il, entre deux sanglots, entre le rire et les larmes.

Comme il se sentait affreusement pathétique. Pathétique à en pleurer.
Au fond, c’était plus une supplication qu’un ordre détourné qu’il venait de faire.
Il avait désespérément besoin d’une marque d’affection, comme un petit enfant qui avait perdu son chemin, et qui avait envie qu’on le prenne par la main pour le ramener chez lui.
C’était ça. Même s’il refusait de se l’avouer, au fond, il était resté un vrai gosse. Un gosse capricieux et tourmenté qui ne voulait plus grandir. C’était beaucoup trop douloureux.



Dernière édition par Kurogane le Sam 8 Jan - 11:20, édité 2 fois
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Anton Halvor

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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Sam 8 Jan - 2:11

Ses mains, ses mains !


    La question posée comme un automate, pétrie d'indifférence, il n'y pensait plus tellement, au fond. Il y avait ces mains, sur sa peau, là, juste là sur ses joues. Et il les sentait, chaudes, douces, tellement, tellement... Et qu'elles se retiraient, et de là lui sortait un sursaut de conscience. Ce n'était pas la journée, pas la journée ! Sa sensibilité était exacerbée, accrue, amplifiée par le drame de la situation, et chaque contact, effleurement de peau, lui retournait le ventre. C'était l'étourdissement vague, natif d'un malaise qui grandissait à l'ombre, et qui s'évanouissait aussitôt l'étreinte finie. Pour détourner ses pensées de ces doigts sur sa chair, il posait une question. Ce contact si naturel, si précipité, sans une once d'hésitation, il ne s'y était pas préparé. D'ordinaire, l'adolescent était toujours paré d'un masque, un duvet d'appréhension qui lui laissait le loisir de préparer chaque réaction, battement de cil. Mais là, juste là, il s'était abandonné aux délices d'être lui, tant et si bien qu'il en avait perdu le goût réel des sensations. Même aussi furtives que celles-là.

    Mais le jeune adolescent face à lui lâcha quelques injures, incontrôlées. Par réflexe, Anton regarda de part et d'autre. Comme s'il était ébahi que d'une bouche d'où sortaient les confessions puissent sortir de tels mots. Quelque chose se noua au fond de son ventre, c'était de sa faute. Il n'avait pas pu passer outre, y revenir plus tard, jamais, au point culminant de leur éternité ? Non, il avait fallu que les mots s'échappent, qu'ils aillent heurter le japonais de plein fouet et qu'il s'en sente blessé. Non, non, non ! Anton ne voulait pas, il n'avait pas envie de le blesser ! Rien que cette idée faillit lui arracher un gémissement plaintif. Il avait ouvert la bouche pour se confondre en excuses, se jeter à ses pieds en le priant de ne pas lui en vouloir, mais tout son corps s'était figé, et il avait l'impression que, dans sa gorge, tout était sec et menaçait de s'effriter, de se désintégrer à la moindre respiration. Là ! Voilà où il s'était réduit, il osait à peine respirer, et faisait en sorte d'écourter ses souffles, de les perdre hâtivement avant de se refermer complètement. Juste pour un mot, un abruti de mot qui avait éveillé sa curiosité.

    Traîtresse ! Vile, menteuse, honteuse, voleuse ! Elle l'avait tué, offert au sacrifice, là, juste ici, devant un jeu de mort en sursis. Oui, oui, il exagérait ! Mais allons, il se sentait si mal, le paroxysme du désespoir. Après qu'il se soit confessé, le fourbe osait encore lui faire du mal avec des mots de tous les jours.

    Figé, glacé, Anton regardait sans presque cligner des yeux le moindre mouvement de visage du japonais. Il voulait être prêt à s'excuser à la moindre réaction, non, non, il voulait vraiment se faire pardonner. C'était idiot, exagéré, il aurait fait ce qu'il voulait. Les souffrances comme ça, qui rappellent le passé, qui soulèvent la poussière, qui lacèrent, qui brûlent, qui tuent, qui torturent les souvenirs qu'on a voulu oublier, cacher, éponger, désapprendre. Alors qu'on les connait par coeur et que là, juste au fond, tout au bord, ils passent, continuellement, dans une ronde sans fin, une mascarade mortuaire qui ne s'arrête jamais. Mais on s'y habitue, ou on essaye, on l'oublie, on la couvre, on la recouvre, on la voile.

    Soupir. La bouche de l'Allemand s'ouvrit de nouveau, puis se referma, il était incapable de mots, incapable d'excuses. Parce que, et il se maudissait de ça, il piaffait d'envie de l'avoir, la réponse. Quelle qu'elle soit, ça lui importait peu. Peut-être même qu'il n'aurait pas écouté les mots. Ca ne changeait rien, il se considérait lui-même comme un monstre, un titan ignoble, dont même l'Enfer n'avait pas voulu. Kurogane pouvait bien avoir été ce qu'il voulait, Anton n'avait pas la force de le juger. Plongé dans l'intensité de l'instant, et de tous les autres instants qui se profilaient à l'horizon, il n'avait pas la volonté d'apporter un quelconque jugement.

    Yakuza.


    Anton fronça légèrement les sourcils. Ah, il devait fouiller dans les limbes de sa mémoire. Il n'était même pas sûr qu'on lui ait appris ça un jour. Ah ! Si ! Mafia. La mafia japonaise, c'était ça. Il espérait que c'était ça, parce qu'il n'avait pas d'autre idée, et qu'il n'oserait jamais demander. Il n'était pas assez cruel pour lui infliger ça. La suite allait venir, ça se voyait. Ca lui brûlait les lèvres, ça lui brûlait les yeux, la gorge, ça l'enveloppait. Silence. Respectueux. Anton attendait patiemment la suite, il n'allait pas se contenter de lui dire ça comme ça. De toute manière, depuis le début, il était tellement subjugué qu'il n'esquissait que quelques mots de ci de là, admiratif du concentré de puissance meurtrie qu'était le jeune homme face à lui.

    Il sentait partout autour de lui, cette blessure béante qui lui dévorait les entrailles. Elle suintait dans les regards désespérés qu'il lançait, dans l'insolence calculée dont il se parait, dans les tremblements de sa voix lorsqu'il se livrait tout entier au silence latent de son interlocuteur. Anton la ressentait vibrer autour de lui, et elle le prenait à la gorge. C'était assez étrange, un léger sentiment d'étouffement, comme une agonie en retard.

    « Ma famille s’est fait massacrer par un clan adverse, encore pour une stupide histoire de fric ou de trafic drogue. Ce genre de drame, ça arrive souvent, dans la mafia. J’ai été adopté par un autre parrain, après ça. J’étais censé lui succéder. »

    Un frisson traversa l'adolescent. Si bien des mots terribles qui étaient lancés que du regard glacial qu'il recevait en pleine face. Il se sentit épuisé. Par toutes ces années de souffrance qui n'étaient pas les siennes. Il tourna légèrement la tête, pour réfléchir à tout ce qui venait de lui être dit. Mettre en relation des informations. Il avait perdu son.. Clan ? Sa famille, ses parents, sa vie, sûrement ses rêves, avant d'être adopté par quelqu'un d'autre. Le mot parrain avait beau ne pas lui dire grand-chose, il comprenait globalement le sens de la phrase. Ca devait être un chef de clan, quelque chose de ce goût là. Bah, pas d'importance ! Il avait été recueuilli par quelqu'un qui, même en y mettant toute sa volonté, n'aurait jamais pu combler l'immense abîme qu'une telle tragédie cause dans l'âme. Toutes les attentions, tout l'amour du monde n'aurait jamais suffi, jamais de tout une éternité, à panser de telles plaies, plus grandes que l'humanité elle-même.

    Anton se suppliait d'agir, de faire quoi que ce soit, même de tousser. Mais non, il restait figé, imaginant en boucle la scène. Il se voyait arriver, comme le joyeux bambin qu'il avait pu lui-même être, et découvrir ses parents ainsi étalés dans leur sang, vomissant leurs organes, saignant par les yeux, des jambes traînant çà et là, des corps entremêlés, morts d'une même arme, rapprochés par la mort plus que par n'importe quel moment de vie, condamnés ensemble à l'errance. Qu'importent les raisons, les crimes qui ont pu conduire à cette tuerie, les crimes engendrés par cette tuerie. Pour l'Allemand, quand on a eu si mal, on peut être excusé de tout. Pas par soi-même, jamais par soi-même. Parce qu'on se jure qu'on améliorera les choses et que, sans qu'on ne s'en rende compte, l'impuissance s'impose. Mais on continue de la combattre, parce qu'on leur a promis, à nos amours. Il avait perdu l'homme et la femme de sa vie d'un seul coup, comment avait-il fait pour survivre ? Non, non, il n'avait pas survécu. Il n'était pas vivant, au fond. Pas plus qu'Anton ne pouvait l'être. Ils survivaient, errant au gré d'envies primitives, portant leur croix, leur promesse bafouée, leur amour pendu, comme une ombre dévorante, écrasante, dominante. Une ombre maligne, insidieuse, sournoise, violente et douce. Avec des allures de paradis, qui nous entraîne toujours plus bas, plus profond, jusqu'aux abysses de l'existence, jusqu'au désespoir le plus vil, le plus intense.

    Submergés par tant de souffrance, tous ses muscles étaient tendus, sa bouche entrouverte en un cri d'effroi silencieux, il était loin de tout. Loin du Beau, loin du monde, loin de la vie, de la Nef, loin de Kurogane, loin de lui-même. Non, non, il était perdu dans les tréfonds d'un inconscient méconnu. Comme une mort cérébrale, il pensait à tout et à rien. Perdu au milieu de bombardements, il récoltait de ci de là des éclats d'obus, des balles perdues. Sa main, qu'il avait posée sur son visage s'était bloquée là, les ongles plantés dans la peau, comme raccrochés à des espoirs lointains et vagues, qui gesticulaient à l'horizon, inespérés et inaccessibles.

    Au coeur de l'immobile, un souffle. Murmure indistinct, langueur grandissante montant d'un monde agonisant. Puis qui se précise, qui se dessine, et qui réussit à s'imposer à son esprit. On avait besoin de son aide. Il bondit sur ses pieds, se précipita sur le jeune homme et le serra dans ses bras de toutes ses forces, tentant de rester doux. Presque plus pour lui-même que pour son ami, il susurrait :

    - Oh non, oh non... J'ai pas fait ça, mon dieu, j'ai pas fait ça... Comment j'ai pu ? Le laisser comme ça, perdu dans son malheur, alors que... Ignoble ! Ignoble ! Je te déteste, je te déteste t'as bien mérité ton sort ! Eh ! Tu infliges ça à tes amis ?! Tu les forces et... tu les abandonnes ? Non, non ! T'as pas le droit, t'as pas le droit !

    Debout devant lui, il restait agrippé à lui, posant sa tête sur la sienne, cessant de s'insulter à voix haute pour continuer intérieurement. Le fou qui vit au fond de chaque être se réveillait pour lui. Il s'agitait, il cherchait à naître, un souffle, de l'air. Et ça lui arrivait par vagues, il se nourrissait de sa haine, de son angoisse. Et il s'agitait, il lui faisait mal, à la tête et au ventre, il tambourinait, il l'anéantissait.

    S'agenouillant face à son ami pour être à sa hauteur, Anton posa ses mains aux mêmes endroits qu'il l'avait fait un peu auparavant, et posa son front brûlant juste contre le sien. Pourquoi ? Il n'en avait pas la moindre idée, il se laissait vivre. Il n'osait pas ouvrir les yeux, de peur de ce qu'il allait découvrir. Et si il le fixait méchamment, la vengeance au fond des yeux ? Si il lui en voulait de l'avoir laissé aussi mal ? Si il lui en voulait d'avoir été si égoïste ? C'était légitime, après tout ! Non, non, il ne voulait pas l'avoir fâché, ni blessé ! Il murmura vivement, étouffé par ses propres sanglots :

    - Désolé, désolé ! Je j'ai pas fait exprès ! Tu m'en veux pas ? Je veux pas que tu crois que j'étais en train de te juger parce que parce que c'est plus que faux !

    La folie s'extasiait au fond de lui, elle abattait ses cartes, elle creusait ses tranchées, elle faisait ses batailles, à l'ombre de la conscience, elle gagnait du terrain. Finalement, rattrapé par la raison, il réussit à se calmer et reprit :

    - Ridicule, j'suis ridicule. Mais c'est vrai. Si tu crois que, parce que tu as fait telle ou telle chose, je vais t'abandonner ou te laisser tomber ou te cracher dessus ou te mépriser tu te trompes. Je... Voilà.

    Il tombait dans le ridicule, le dérisoire. Il se sentait bête, il voulait mourir, mourir, mourir. Il ne pensait qu'à ça, puis s'insulta en se disant que même ça, il en était incapable. Il espérait juste qu'on l'avait cru. Il aurait été capable de faire de bien horribles choses si il l'avait déçu. Il songeait déjà à un moyen éternel de se faire payer. Brûler ? Noyade éternelle ? Saignées quotidiennes ? Grèves de la faim ? Un joyeux amalgame de toutes ces horreurs, voila qui siérait à la situation, oui.

    De ses deux pouces, il essuya les deux traînées de larmes sur les joues de son ami. Puis il s'éloigna doucement, restant assez proche, ne sachant pas si il devait se reculer tout à fait ou rester tout contre lui.

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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Dim 23 Jan - 1:15


Until your distress sleeps… Fill me up with your grief…

DISTRESS AND COMA – The GazettE


Lentement, l’adolescent laissa retomber ses lourdes paupières. Ses yeux, chauds, rouges, enflés, humides, semblaient être deux fardeaux qu’il devait porter. Et puis, finalement, alors qu’il attendait désespérément, un signe, une réponse, Anton répondit à sa demande et le prit dans ses bras. Kuro poussa un soupir de soulagement. Il ne le détestait pas. Il tenait à lui, au moins un peu. Il essayait comme il pouvait de l’aider, de combler son vide, cet énorme vide qui l’habitait, sa tristesse et sa haine qui lui rongeaient les entrailles, comme une plaie noire et profonde. A part Edward, personne n’avait jamais été aussi gentil avec lui. Et encore, il n’avait jamais dit au Fou tout ce qu’il avait osé dire à Anton. Comment réagirait-il, s’il lui avouait tout, à lui aussi ?
Fatigué de toutes ces émotions, de toutes ces larmes et de toute cette pression qui l’avait accablé, Kuro laissa retomber sa tête contre l’épaule d’Anton, et passa ses bras derrière son dos, pour le serrer contre lui à son tour. Il n’avait pas souvent droit à des câlins aussi tendres et innocents. Blotti contre son ami, l’adolescent se sentait déjà plus apaisé. Il se sentait même plutôt bien. Ses bras autour de lui, sa peau douce contre la sienne, et son souffle, dans son cou, avaient quelque chose de rassurant. Soudain, émergeant de sa torpeur, il remarqua qu’Anton murmurait quelques paroles inintelligibles. Prêtant attention à ses mots, il se rendit soudain compte qu’il était encore occupé à se blâmer. Il aurait voulu le contredire, le rassurer lui aussi, lui montrer qu’il ne lui en voulait pas, qu’il ne devait pas culpabiliser. Mais il ne trouva pas les mots pour cela. Alors, il glissa simplement sa main dans les cheveux du jeune homme, et se mit à les caresser doucement, pour essayer de l’apaiser à son tour.

« Anton… » Murmura-t-il, dans le creux de son oreille. « Ca va aller. C’est rien. »

Pourquoi ne comprenait-t-il pas qu’il en faisait largement assez, en faisant preuve d’autant de gentillesse et d’attention envers lui ? Mais l’angoisse de son ami semblait ne pas vouloir disparaître ; au contraire, Kuro la sentit augmenter à une vitesse fulgurante. Il ne pouvait pas le lui reprocher. Ca lui arrivait tellement souvent, à lui même. Combien de fois, depuis le début de leur entrevue, d’ailleurs ? Combien de fois avait-il senti une poussée fulgurante de stress comprimer et tordre son estomac comme une balle de caoutchouc, puis le déchirer comme une feuille de papier ?
Se laissant de nouveau envahir par la fatigue, l’adolescent ferma encore une fois les yeux. Il put sentir les mains douces et chaudes d’Anton sur ses joues, comme il l’avait fait pour lui, et son front brûlant contre le sien. Comme il était bien. Il aurait voulu que cet instant dure encore longtemps. Rester là, blotti contre son ami, oublier tous ses soucis et ses problèmes, s’endormir dans ses bras, et ne plus rouvrir les yeux. Oui, mais c’était trop beau. La réalité ne tarda pas à le rappeler, l’arrachant à son confortable monde doux, chaud et sombre.
De nouveau, des murmures, des paroles tourmentées. Mais la voix d’Anton était trop douce, trop agréable pour qu’il n’ait la force de lui couper la parole. Malgré l’angoisse qui l’habitait, elle aussi, elle était réconfortante. Soudain il sentit une larme couler contre son visage, les sanglots s’imprimer dans sa voix. Non, pourquoi est-ce qu’il se mettait à pleurer, lui aussi ? Non, par pitié, ne pleure plus ! Ne sois pas triste à cause de moi !
Glissant de nouveau ses doigts dans les cheveux noirs de son ami, il ouvrit les yeux, et, le visage tout près du sien, leurs regards noyés l’un dans l’autre, il répondit, d’un ton doux :

« Ca va, je te dis. Calme-toi, ne pleure pas. Et ne t’excuse pas. Tu ne m’as jamais fait de la peine, au contraire… »

Se redressant un peu, il ajouta simplement, en l’embrassant tendrement sur le front :

« Merci. »

Il y avait tellement de choses pour lesquelles il aurait voulu le remercier que ce mot sonnait presque comme une litote à ses propres oreilles. Il aurait voulu lui montrer à quel point il lui était reconnaissant de sa douceur, sa gentillesse, de son attention, de son amitié. Mais lui qui parlait tant, d’habitude, il lui semblait, à cet instant, que sa langue pesait une tonne.
Les pouces d’Anton, sur ses joues, essuyèrent ses restes de larmes. Kuro tenta d’esquisser, autant qu’il le pouvait, un léger sourire. Un sourire triste, mais un sourire tout de même.
Prenant une nouvelle fois le visage d’Anton entre ses mains pour qu’il ne puisse pas éviter son regard, il ajouta, d’un ton complice :

« Et t’es tout sauf ridicule. La prochaine fois que je t’entends dire des trucs pareils sur toi, je te tue, t’as compris ? »

Il en profita pour le reprendre dans ses bras, encore un instant, ses doigts caressant le cuir chevelu du jeune homme. Il poussa un soupir d’aise. C’était trop agréable, trop apaisant. Quelques instants plus tard, retrouvant brusquement ses esprits, il s’exclama presque, d’un coup remonté :

« Tu veux pas qu’on aille se prendre un café ? Un truc chaud, ça nous ferait du bien, non ? »

Il semblait se remettre bien vite de son choc. Mais en même temps, il n’y avait que ça à faire. Avancer. Et puis, grâce à Anton, il se sentait beaucoup mieux.
Sur ce, il éteignit la console de jeu en pleine partie, et ramassa le paquet de clopes sur le sol. Il le lança à son ami.

« Tu peux garder celui-là. Je te montrerai où en prendre, si tu veux. »

Et il était presque plein, en plus.
A présent complètement remis, cette fois-ci, il ne laissa pas passer l’occasion et lui adressa un vrai sourire, apaisé et plein de gratitude. Il n’en faisait pourtant pas souvent. Les seuls sourires qu’il esquissait, d’habitude, étaient des sourires pervers ou diaboliques, fabriqués sur commande.
Se relevant, il s’étira un instant, comme après une sieste, et, lui faisant signe de le suivre en penchant la tête, il s’enquit, la main sur la poignée de la porte :

« Alors, tu viens… Anton-kun ? <3 »

C’était une bien belle amitié qui commençait entre eux deux.

* Si c’est aussi bon, un simple câlin avec lui, qu’est-ce que ça va être quand on va passer aux choses sérieuses… * Ne put-il s’empêcher de penser, en ricanant déjà dans son coin.

Ben oui, après tout… On ne changeait pas un Kurogane.

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Anton Halvor

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MessageSujet: Re: Hunter [ Kurogane ]   Dim 23 Jan - 3:43

    Un merci au creux de l'oreille. Souffle chaud, réconfort vague, bref. Mais non, il n'y avait pas prêté attention. Perdu dans la litanie de ses condamnations qu'il était. De réprimande en reproche, de critique en remontrance. Il glissait lentement vers ce déferlement de haine. Parce que derrière son chagrin, c'était sa colère qu'il voulait masquer. Sa frustration. Constante. Éternelle. Il était toujours déçu, dès qu'il ne parvenait pas à "être à la hauteur". Mais il en voulait trop, toujours trop. Il se reprochait tellement cet incident, que Diable, cet accident, contre lequel il n'aurait jamais rien pu, que chaque fois qu'il était en dessous de ses attentes, c'était cette rage qui remontait. S'occuper de son ami, avant toute chose. C'était beaucoup plus important que ses élucubrations ridicules et futiles. Fioritures que tout ça ! Kurogane et ses pleurs d'abord.

    La main du jeune homme glissa dans ses cheveux. C'était de ces contacts qui le faisaient tressaillir. Ca le prenait doucement. Un frisson qui, à la manière d'un serpent, glissait de ses cheveux pour aller courir sous sa peau, la réchauffer d'une chaleur glaciale, et poursuivre sa descente dans son corps. Se perdant dans les yeux de son vis-à-vis, il hocha la tête légèrement, pas certain de l'avoir seulement écouté. Seulement la fin. Jamais fait de la peine. C'est tout ce qu'il avait retenu. Et ça suffisait à le remplir d'une satisfaction légère, une allégresse de l'âme.

    Alors que ses doigts couraient sur les joues du jeune homme, il sentait encore cette légère agitation au moment où ses lèvres s'étaient posées sur son front. Bénigne. Mais elle était là tout de même. Chaudes et douces. Réconfortantes, chaleureuses. Et il se prenait à imaginer, idéalisant ses souvenirs, des cheveux bruns derrière cette bouche, qui ondulaient gracieusement dans la lumière de la veilleuse. Un sourire rayonnant, qui protégeait contre les monstres, qui chassait tout ce qu'il voulait, tous les chagrins. Pas ce sourire triste qui lui était offert, déjà splendide dans son malheur. Un regard bleuté, tendre, toujours souligné très légèrement. Un regard qui le surveillait avec tranquillité, juste inquiet dès qu'il s'approchait de quelque danger. Simplement, un concentré de bonheur. Vomissures de délice, éclaboussures de nirvana. Jolie bombe dorée. Équilibre précaire, fragile, qu'il prenait pour acquis, presque pour dû, à l'époque. Foutaises.

    Il fut coupé dans ses dérives par les mains du jeune homme, qui se joignaient au regard. Comme pour le rappeler à l'ordre. Il devenait incapable de rester concentré sur la même chose (ou personne). Il buvait avec attention les mots de son camarade, qui lui arrachèrent un rire. Le tuer ? Ha. Bien sûr. Et comment ? Rien ne marchait, ici. Foutrement rien ne marchait. Mais il n'eut pas le temps de le lui rétorquer qu'il le prenait de nouveau dans ses bras, laissant gentiment un sourire attendri sur son visage. Un sourire calmé, apaisé. Il se sentait bien avec Kurogane. Il avait presque envie d'être gentil, de rire, aux éclats, à en avoir mal au ventre. Puis de perdre cet amusement dans des silences entendus, pas gênants pour deux sous. Le silence de deux amis qui se souviennent, qui se comprennent. Oui, il aspirait à ça.

    Alors qu'il fermait tranquillement les yeux, très fermement décidé à ne rien faire d'autre que rester là, l'adolescent s'exclama vivement qu'ils devraient aller boire un café. Anton avait sursauté, rouvert les yeux rapidement, arraché à sa tranquillité. Il le laissait tout étonné, encore embrumé par leurs émotions passées. Tout seul. Puisqu'il semblait déjà être passé à autre chose. Comme si il lui avait suffi de ça. Malgré son étonnement, Anton avait le sourire. C'était agréable à voir, bien qu'assez déconcertant. Ce n'était pas forcément très naturel, ni un réel bonheur, mais ils savaient tous les deux qu'ils n'auraient jamais totalement le droit d'être heureux. Condamnés dès leur jeune âge au bagne, l'emprisonnement éternel. Une prison sans barreaux, mais dont les limites se sentaient dès qu'un souvenir venait sournoisement les chatouiller, les griffer, les mordiller.

    Définitivement relancé, Kurogane avait même éteint leur partie, sitôt commencée, sitôt éteinte, et lui avait lancé le paquet de cigarette. Qu'il avait d'ailleurs rattrapé par miracle, toujours un peu déconcerté. Se relevant maladroitement, il se frotta légèrement les genoux restés par terre. Contemplant son cadeau avec satisfaction, il sourit :

    - Merci beaucoup ! C'est super gentil ! Roh, génial ! Et puis c'est parti pour un café !

    Excité comme un gamin par un simple présent, il retrouvait une certaine vivacité. Rangeant son gain dans sa poche, il le caressa du bout des doigts. Ce contact lui avait manqué. Ne pas sentir, à chaque foulée, le rectangle qui heurte la peau. Ca avait quelque chose d'angoissant, quelque part. Alors que maintenant, il était un peu plus serein.

    Pour de vrai. Véritable sourire. Pas de rictus, de grimace polie, de mimique forcée, de moue qui se veut joyeuse. Non, elle sentait bon la vérité. Un sourire rayonnant, un vrai. Rien de factice là-dedans. Et ça lui rendit du coeur à l'ouvrage. Il était bien, noyé d'une satisfaction tranquille. L'amitié, la vraie, qu'il découvrait peut-être sous un nouvel angle.

    Regardant passivement Kurogane s'étirer, il songeait avec tendresse que c'étaient là des heures bien douces qui l'attendaient. Ils allaient s'apprendre, se connaitre gentiment, et Anton parlerait quand il serait en confiance. Il ne serait pas pressé, sous la contrainte, obligé. Sans prise de tête, sans mièvreries. Peut-être quelque chose d'un peu cru, un peu gauche. Est-ce qu'ils savaient seulement apprécier pour de vrai ? Anton voulait bien apprendre. C'en deviendrait peut-être dangereux, mais il se sentait d'ores et déjà confiant. Toujours était-il qu'il se sentait léger.

    Avec une pointe de stress, il se dit qu'il n'aimait pas le café. Puis il se ravisa bien vite, qu'est-ce que ça changeait ? Ils n'étaient pas condamnés à boire du café, non plus. Il se trouvait pitoyable, quelquefois, dans ses réflexions.

    On le pria gentiment de venir, et il s'exécuta dans un sourire. Docile. Conciliant. Dès lors qu'il n'était pas en confrontation, qu'il n'avait pas une once d'amertume à l'égard de quelqu'un, il devenait obéissant, malléable. Un animal dompté.

    Rejoignant son nouvel ami, il sortit une cigarette, lui en proposant une, l'alluma, et savoura. La cigarette entre amis, après les émotions. Apaisante.

    Qu'ils s'en allaient à présent boire quelque chose, consommant leur amitié toute fraîche sans la consumer.
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