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 A la recherche du temps perdu.[Libre]

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Balthymor

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MessageSujet: A la recherche du temps perdu.[Libre]   Ven 12 Nov - 20:15

Tomber n’est jamais très agréable… surtout lorsqu’on est un grand gaillard s’étalant de tout son long sur le sol du bric-à-brac. Le menton de Balthymor rebondit sur le sol humide et crasseux en un bruit sourd perpétuant un faible écho dans la pénombre. L’artiste, s’entremêlant les jambes, n’avait rien trouvé de mieux que d’effectuer un magnifique vol plané vers l’avant, le sol attirant, malgré tous les jurons possibles, sa tête ainsi que le reste de son corps. Seul un véritable colosse aurait pu trouver sa mâchoire intacte après une telle entrée en scène, mais avec la nef on s’en tire toujours à bon compte sur la douleur. Balthymor toujours étalé, la mine renfrognée, siffla entre ses dents « Passer la plus grande partie de sa vie à étudier… Pour finir aplati, battu et humilié… ». Il entreprit de se relever. N’est-ce pas tout simplement pénible ? Enfin… aucune douleur ne vint troubler ses pensées. « Et à présent où es tu ? Je te trouverai. ». Balthymor, debout dans la seule partie du sol qui ne soit pas recouverte d’objets divers et variés, balayait la salle de son regard. Un magnifique télescope venait de lui échapper ainsi que le boulier qu’il avait trouvé quelques instants auparavant, profitant de sa chute pour se réfugier dans le premier tas d’objets à sa portée. Un puissant grognement sortit de la bouche de Balthymor qui frappa le sol de son pied. Une bonne partie de se qui semblait être le mur de gauche s’abattit sur son crâne. Des livres, des détritus, des meubles, noyèrent le jeune érudit en une fraction de seconde. Immobilisé, paralysé par le poids des objets, on entendit un énorme juron émanant de ce qui semblait être une armoire ensevelie sous une montagne de choses non identifiées.

Chercher des instruments pour ses travaux est une chose … être vaincu par ses propres instruments en est une autre. Incapable de bouger la partie inférieure de son corps, le maladroit se débattit de toutes ses forces, essayant de faire sortir ses bras au grand jour. Après quelques minutes de trémoussements incontrôlés, de positions ridicules et d’orgueil ravalé, une main triomphante, fière, victorieuse, sortit d’un tiroir. Victoire de courte durée, autant être le plus grand savant de son époque, il ne tarda pas à comprendre que ce geste glorieux ne l’avançait en rien. Le bras libéré tenta alors de hisser le reste de son corps à la douce surface. Cinq minutes suffirent au grand érudit pour renverser un autre tas d’objets, encore plus conséquent, sur le premier. Après une ascension phénoménale vers les cieux de la vulgarité, le noyé prit un instant de réflexion. Enfin, il tenta un ultime effort repoussant les objets sur son côté, se débattant contre l’armé de bois, repoussant les légions de métal. Finalement ce fut un pied déchaussé qui sortit de cet enfer. Toute la gloire était pour lui, boutant les ustensiles hors des buffets, frappant les buffets vers la surface pour enfin trouver la lumière. Franchement ça valait une médaille. La suite sera passée sous silence, effectivement le style des positions, les cris prononcés, les injures hurlées et les innombrables ridicules affligés ne sortiront jamais des lèvres de Balthymor. Enfin à la surface, debout, ruisselant de sueur, les vêtements déchirés, déchaussé, humilié il affichait un sourire satisfait. L’objet de toute cette mésaventure était devant lui. Un vieux télescope abîmé trônait en équilibre sur ce qui semblait être le vestige d’une pendule. Balthymor empoigna l’instrument tant convoité, leva le bras en signe de triomphe…et aperçut par la même occasion la silhouette se trouvant devant lui.
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Hui Ying

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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu.[Libre]   Dim 19 Déc - 12:50

L’instant d’un instant d’un instant. Silence. Le cliquetis de la pendule résonne dans le vide. Rien. Personne. Enfin si, Hui Ying –si tant est qu’on puisse la qualifier d’être pensant. Allongée sur le dos, un livre posé sur le ventre, elle contemple le plafond, immobile. Aucun bruit inopportun. Rien, absolument rien. Elle git là, seule, et goûte à cet instant de bonheur extrême. Mmh, onctueux et croustillant comme un chausson aux pommes. Son cœur palpite, elle le sent. Grâce à lui, elle peut inspirer et expirer et le livre posé sur son ventre remonte et redescend doucement, au gré des marées. Assise au milieu de ses ouvrages, Hui Ying déguste l’instant présent ; le temps s’écoule, infini, elle le sait, mais elle ne peut s’empêcher de se dire qu’un de ces jours peut-être ce bonheur prendra fin, qui sait. Elle réalisera alors que ce qu’elle vivait jusqu’à présent pouvait correspondre à ce que l’on appelle communément le « bonheur ». Que fera-t-elle à ce moment-là où sa vie aura pris une tournure jusque-là insoupçonné ? Elle ne le sait pas, elle ne le saura qu’au moment dit, voire jamais, car le changement n’est ni nécessaire ni absolu. Que peut-elle face à une destinée qui lui échappe ? Rien, encore et toujours absolument rien. Du coup, elle choisit de profiter de la seule chose sur laquelle elle détient un minimum d’emprise : le présent. Pour cela, elle essaye de capter chaque seconde, chaque minute de ce temps de latence qui précède la tempête. Elle pourrait rester une éternité comme cela, mais bon, au moins elle aurait conscience à chaque instant de la chance qu’elle a que tout aille bien pour elle. Et puis, ne pas mourir, elle en a pris son parti. Désormais, ne compte plus que la saveur ; entre vivre dans un Enfer ou un Paradis, le choix est vite fait, non ?

Elle attend. Quoi ? Rien, elle attend paisiblement l’évènement perturbateur. C’est excitant, non, de savoir que quelque chose peut arriver à tout moment, mais que l’on ne sait pas du tout ce que cela pourrait être ? En attendant Godot, elle contemple donc le plafond. Les mains sur sa poitrine, elle suit les va-et-vient répétés de son souffle, preuve incontestable de son existence.

Quand on y pense, le plafond, c’est sûrement le dernier truc que voit plein de gens. Au moins 90% des gens qui meurent. C’est sûr. En plus, quand tu meurs, la dernière chose que tu vois reste imprimée dans ton œil. Un peu comme une photo. Tu imagines le nombre de personnes qui ont des plafonds dans les yeux…

Elle jette un regard circulaire sur son royaume. Rien ne bouge, rien ne trahit une once d’existence ; tout semble mort. Tout lui paraît petit, elle étouffe, son souffle devient plus saccadé, elle se relève d’un coup. J’ai froid, mes mains sont moites, j’ai peur. De quoi ? Je ne sais pas. J’ai simplement peur… C’est trop simple même. J’aimerais une raison, un motif pour expliquer mon trouble, mais rien. Ne se dresse devant moi qu’un gouffre sans fond, miroir du néant qui constitue mon passé : tous les souvenirs qui me portaient jusqu’alors, les présents de mon passé, sont à jamais oubliés. J’ai peur, peur de tout oublier, peur de m’oublier moi-même. Il n’y a rien en dehors de ce présent aussi fugace qu’illusoire. La vie n’était qu’un songe, l’éternité est un cauchemar dont rien ni personne ne peut m’épargner. J’ai peur. Que suis-je supposée devenir ?

N’y tenant plus, Hui Ying se leva fébrilement et alla se fondre dans son baggy. Elle enfila une paire de chaussons miteux qu’elle avait dénichés dans le bric-à-brac. Elle se dirigea vers la porte pour aller faire un tour, histoire de se changer les idées.

Virevoltant çà et là, elle chercha en vain quoi faire pour remplir son temps. Elle finit par se laisser tomber contre le mur du couloir. Les mains autour de ses genoux, elle regardait fixement le mur qui lui était opposé, comme l’interrogeant du regard -on ne sait jamais, peut-être que dans son inertie, il a trouvé des trucs et astuces pour se distraire. Elle allongea ses jambes sur le parquet et son regard se posa peu à peu sur ses chaussons qu’elle agitait du bout des orteils. Ils étaient un peu trop grands, mais qu’importe. Elle resta un instant interdite, puis songea qu’il serait peut-être temps de faire une razzia d’objets aussi improbables qu’inutiles du côté du bric-à-brac. Elle se releva tranquillement et prit la direction du lieu dit.

Ouvrir la porte était un exploit en soi : il fallait tourner la poignée d’un coup sec, puis s’écarter vivement pour ne pas subir les attaques intempestives du lieu sur ses visiteurs. A croire qu’il était vivant… Remarque, il engloutit tellement de choses qui semblent se renouveler perpétuellement que l’on est assez proche de la notion de vie intestinale.

Hui Ying avait raison ; c’est qu’elle finissait par connaître cet endroit. Elle contourna donc le grille-pain, les chaussettes sales et le dictionnaire franco-germanique qui avait été catapulté en-dehors des remparts. Nous sommes au temps des chevaliers, Hui Ying a pris le nom de code de Jeanne d’Arc. Personne ne la connaît encore. Elle abaisse sa visière, ressert son étreinte sur l’hanse de son bouclier, éperonne sa monture et maintient serré contre son flanc sa lance en acier trempé. Elle pose un pied sur le territoire ennemi et affronte vaillamment la poussière et les relents nauséabonds. Son adversaire est fourbe et lui lance à l’improviste des projectiles -tout est une affaire de surprise. Elle lutte avec hardiesse, extirpant ça et là un objet éventuellement intéressant : une montre qui ne fonctionne pas, une brosse à dent neuve, un stylo à bille, un livre sur la maternité… Elle regarde, indécise, la couverture de ce dernier objet et le jette finalement par-dessus son épaule, comme tout le reste.

Telle une clocharde accomplie, elle trie dans la demi-obscurité et avec professionnalisme les détritus de la Nef, mettant à gauche les déchets sales et à droite les déchets en papier. Devant elle, ce sont les piles et les appareils électroménagers… Ah mais non, ceux-ci, il faut les mettre dans la poubelle jaune… Mais… où met-on les boîtes de conserve ? Il paraît qu’elles vont dans la poubelle jaune, mais pourtant, elles sont sales…

Des pas se font entendre. Quoi ? Un humain ? Ici, dans ce lieu ? Il doit être extrêmement courageux pou pénétrer dans le sanctuaire des dragons à trois têtes herbivores -cela soit dit en passant, ils aiment beaucoup la mâche, à condition que cette dernière soit bien lavée et essorée.

Prise de panique, elle s’enfuit dans un coin. Pourquoi se cacher ?... L’habitude sans doute. Pétrifiée, elle observe l’individu aller et venir sans broncher ni rien dire ; il la prendrait pour une statue de cire et s’en retournerait dans ses quartiers pour vaquer à ses occupations.

Il meugle, il jure... L’ennemi, ressentant sa présence d’autant plus fortement, lui assène des coups de sèche-linges et de biographies encore plus assassins. Un troupeau d’éléphants dans un magasin de porcelaine. Il finit par sombrer sous un monceau de vieilleries. Hui Ying, qui jusque-là ne pipait mots, blêmit quelque peu, voyant qu’il ne se relève pas. Heureusement, les jurons et les gesticulations qui redoublent en intensité. Parvenant enfin à s’extirper de sa « presque tombe », il semble s’émerveiller d’un pitoyable télescope, à entendre ses soupirs de joie. Lorsqu’il s’approche un peu plus de l’objet en question, Hui Ying peut enfin discerner de qui il s’agissait. Ne le connaissant que de vue, elle reste prostrée, mais daigne lui adresser quelques mots. Pour qu’il ne la prenne pas pour Sadako, quoi. Toujours roulée en boule comme une clocharde au milieu de ses défroques, elle lui tend la main.

« Ravie de faire votre connaissance, j’ai entendu dire que vous étiez alchimiste. Quelle charmante coïncidence ! Voyez-vous, je me suis moi-même essayée à la profession... Que comptez-vous faire de ce télescope ? »

Elle ne pensait pas un mot de ce qu’elle disait : elle ne faisait qu’imiter les personnages qui peuplaient les « mangas » que le suppôt de Satan lui avait ordonné de lire, et ce sous deux jours au plus. Maintenant qu’on en parle, il ne lui restait plus beaucoup de temps avant la seconde de la minute de l’heure fatidique…

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Balthymor

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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu.[Libre]   Dim 16 Jan - 23:52

Balthymor sursauta à la vu de l’innocente main qui se tendait vers lui. Perdant l’équilibre, il glissa en arrière et tomba à la renverse, tel un acrobate, en effectuant un magnifique salto arrière dont l’atterrissage semblait déjà compromis. Pendant un instant il ne bougea pas, de peur que sa chute entraine un autre retombé d’objet. Il se releva, et aperçut Huy Ying. A la vue d’une femme le rouge monta aux joues de Balthymor, et déjà la nervosité le gagna. Quelle honte, elle avait surement assisté au spectacle précédent. Il se souvint alors de sa question. Il répondit en bafouillant :

« Oui…enfin, si vous voulez… oui je suis alchimiste, mais ce n’est pas vraiment ma…enfin… »

Il passa sa main droite dans ses cheveux, décidément impossible de parler à cette femme calmement. Il ravala sa honte. Elle glissa douloureusement le long de sa gorge, puis vint serrer son cœur, pour finalement redonner à ses joues leur couleur naturelle. Il s’avança vers Huy Ying.

« Mais…j’en oublie mes bonnes manières. Je suis Balthymor, Balthymor de
Calvalère, à votre service. Je n’aurai jamais pens... »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Son télescope s’échappant de l’emprise de ses mains, celui-ci roula et cogna contre une mappemonde. La Terre sortit de son orbite de métal pour entamer une descente furieuse vers une pile de livre. La collision fut inévitable. Le tome 3 de la magnifique encyclopédie universelle, tomba de tout son savoir sur un magnifique service de porcelaine, qui dilapida sa beauté dans toute la pièce.
Le silence se fit et Balthymor tendait l’oreille, immobile, paralysé, le teint livide. Aucun mur ne s’effondra, aucun tas ne glissa, pas de tremblement, pas d’avalanche. Rien. Le silence. Avec le bric-à-brac, la moindre vibration pouvait vous enterrez vivant.

Balthymor poussa un profond soupir et, soulagé, s’accouda sur le dossier d’un fauteuil qui s’enfonça aussitôt.

Un énorme craquement sonore se fit entendre, puis soudain le « sol » trembla. Tous les objets, parfaitement en équilibre, se livrèrent alors à une incroyable partie de domino, s’écroulant les uns sur les autres dans un fracas épouvantable. Les tiroirs prirent leur envol, les livres crachèrent leurs pages, les meubles se disloquèrent, la verrerie se brisa dans une cacophonie, un vacarme abominable. C’était toute la pièce qui se renversait. Balthymor fonça vers Huy Ying l’attrapa par la main et se mit à courir à toute vitesse vers la sortie, en espérant en vain pouvoir sortir à temps. Mais la porte était déjà bloquée sous une montagne incommensurable de déchet. Une avalanche d’objet se déferla alors dans toute la pièce, fonçant vers les deux malchanceux. Balthymor, dans un élan de courage et de folie, se mit devant Huy Ying et tenta d’encaisser cette vague déferlante. L’avalanche perdit soudain de sa vitesse, mais pas assez pour ne pas emporter Balthymor. Il reçut, ironie du sort, son télescope en plein visage. Le choc fut si violent qu’il tituba, puis s’écroula devant Huy Ying,.

Le désastre prit fin et le silence se fit.

Piégés, emprisonnés, Balthymor et Huy Ying se trouvaient à présent dans le seul espace libre de la pièce. L’érudit ouvrit les yeux quelques instants, tenta de se relever, mais sa vision se troubla et il retomba lourdement sur le sol, inconscient.
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Hui Ying

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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu.[Libre]   Jeu 10 Fév - 16:59

Balthymor sursauta et Hui Ying sursauta du même coup. Effet en chaîne ou mimétisme, le résultat était le même. En ramenant sa main tout contre elle, cet éclaireur imaginaire l’avertit d’un danger imminent. Ah bon ? Tu es sûr ? Oui, sergent-chef. Pas de doute, l’ennemi est proche et qui plus est armé. Perplexe, Hui Ying attendit l’arrivée des troupes ennemies. De toute manière, elle ne bougerait pas et combattrait jusqu’à ce que mort s’ensuive. Du reste, elle n’eut pas beaucoup à attendre et, poings serrés, elle guetta les poussées ennemies. Non, vous ne m’aurez pas, semblait-elle dire du regard. Moi, Hui Ying, première du nom, il faudra me passer sur le corps si vous voulez obtenir ma recette secrète du poulet tandoori ! Ah ah ! Vous ne vous y attendiez pas à celle-là, n’est-ce pas ? C’est que je peux être violente quand je veux…

Bien entendu, tout ce débat hautement philosophique ne dura que l’espace d’un instant, pourtant presque éternel. On aurait dit un ralenti à la Matrix. Magnifique jeu d’acteur, je dois dire… Ce Balthymor a un talent caché pour les scènes d’action. Peut-être devrait-il se reconvertir… Mais revenons à notre héroïne, voulez-vous.

Cette anti-héroïne plutôt, s’était en une fraction de seconde relevée et, armée d’une poêle et d’un altère, elle affrontait vaillamment l’assaillant. Tiens, prends ça, vil rascal ! Un fusible à droite, un baigneur à gauche. Vas-y, je t’attends de pieds fermes… A la surprise générale, Hui Ying déposa les armes. Mais comment se fait-ce ? Et bien elle venait de voir un pauvre Becherel succomber à ses pieds. S’affalant d’un coup, elle le prit entre ses bras et un autre genre de délire commença…

Non, mon frère ! Ne va pas vers la lumière ! Je sais bien que tu n’es même pas ce qu’on pourrait appeler un livre, mais tu sais, je n’ai pas d’a priori sur les gens, et même si tu n’es ni Li Liweng ni Lao She, je t’aime quand même. Ah… je sens déjà que tu t’en vas. Et bien qu’il en soit ainsi. Va, tu peux aller en paix, tu as bien vécu. Je me chargerai de te venger de ces misérables. Adieu, donc…

Là, son piètre allié la ramena parmi les Terriens. Elle tourna la tête dans sa direction, regard noir et lèvres pincées. Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a encore ? Vous ne voyez pas que je suis occupée, là ? Cependant, les effets dopants du délire la quittèrent bien vite et elle retomba dans sa frêle enveloppe de cinglée. Le rouge monta à ses joues tandis qu’elle se relevait pour lui faire face. Etrangement, lui non plus ne lui semblait pas très bien. Comme s’il allait vomir son déjeuner dans l’instant. Hui Ying faillit lui tendre une bassine qui se trouvait là, mais il s’avança dangereusement, entrouvrant les lèvres pour lui parler. Elle en oublia sa bassine et se plaqua contre le mur. Là, l’inévitable danger arriva…

Durant l’espace d’un instant, elle le haït d’avoir ainsi lâché ce télescope. A cause de lui, l’ennemi allait redoubler de coups assassins. Mais que n’as-tu donc pas fait là, manant ! Rien ne se passa. Dans le doute, Hui Ying reprit ses armes en main et jeta des coups d’œil à droite et à gauche. Elle ne s’était pas trompée, car l’offensive reprit bien vite, cette fois, plus forte que jamais. Elle voulut répliquer, donner de vains coups d'altères à ces soldats trop nombreux, mais soudain, le pire des monstres qui soient, l’homme, fonça sur elle. Non, tout mais pas ça! Je préfère de loin être coursée par un buffle d’Afrique. Elle blêmit. Elle ne pouvait fuir. Seulement accepter sa destinée : mourir sous une avalanche d’objets en tout genre avec à ses côtés un animal féroce, lui bien vivant. Prise de panique, elle resta donc pétrifiée, si bien qu’elle ne cilla même pas lorsqu’il la prit par la main. Il faut dire que tout son corps était déjà aussi raide et froid que celui d’un défunt. Il ne manquait véritablement plus que l’odeur peu ragoûtante de la mort. Pitié, faites-moi une trépanation du cerveau, que je gomme cet instant si terrible de mon existence… Les dieux firent la sourde oreille à ses plaintes.

Quant à Balthymor, son forfait fut vain car l’ennemi les avait devancés depuis belle lurette. Tout ça pour en arriver là… Lâchant soudain sa main, dans un acte héroïque, il fit de son corps un écran protecteur et la belle fut saine et sauve. Seulement, ce n’est pas pour autant qu’elle le considéra comme le prince charmant. Pas folle à ce point la bête. Et lorsqu’il tituba vers elle, le front ensanglanté, pour qui sait, trouver du secours après ce violent choc contre la tête, elle recula instinctivement. Il s’écroula à ses pieds.

Elle attendit une seconde puis deux. Silence. Prise d’un élan de compassion et de culpabilité d’être l’ordonnatrice de ce grand malheur, elle se baissa vers lui. Elle le toucha tout d’abord du bout du doigt pour voir si la bête était encore vivante. Pas de réaction. Peut-être que c’est bon en bourguignon, cette viande-là… Il se releva brusquement, comme s’il avait lu dans ses pensées, mais s’évanouit tout de suite après. Elle qui s’était reculée de peur, se baissa de nouveau et croisa les bras autour de ses genoux. Peut-être venait-il de mourir… Que devait-elle faire en ce cas ? Elle ne trouverait sans doute pas la réponse dans le bric-à-brac en plus. Que feraient les autres ? Elle soupira. Les uns tenteraient le bouche à bouche, d’autres prendraient le parti d’un bon coup de savate dans les côtes, et d’autres encore le laisseraient mourir en paix. Que choisir ? Elle ne pourrait bien évidemment pas se défiler face à son prochain, ou tout du moins pas cette fois car toutes ces affaires étaient par trop lourde pour elle et il lui faudrait le soutien de quelqu'un de fort pour soulever les décombres. Mais alors, allaient-ils passer l’éternité cloîtrés là ? Elle pâlit. Non, pas avec un humain, qui plus est un homme. Elle ne l’aurait accepté pour rien au monde.

Courageuse jusqu’au bout des ongles, elle cracha dans ses mains pour retourner l’inconscient, réussit après de maints efforts, mais, emportée en arrière, retomba sur ses fesses. Tout en reprenant son souffle, elle considéra cet étrange personnage. Il avait l’air toujours aussi mort, mort comme un poisson mort. Mais… sentait-il lui aussi fort des pieds ? Elle arbora une moue dubitative. En tout cas, si c’est le cas, il faudrait qu’il se plante des clous de girofle sous les pieds pour dissiper l’odeur, comme les oranges de Noël… Oh, et ça sentirait bon quand il marcherait!

Il ne bougeait toujours pas. Dormait-il ? Comme elle n’avait rien de mieux à faire, elle approcha son oreille de la bouche du jeune homme. Encore un faible souffle. Que faire ? En parcourant le débarras du regard, elle tomba nez à nez sur l’objet rêvé. Elle l’attrapa alors, puis le déposa à côté d’elle. Elle entreprit ensuite de déboutonner la chemise du malheureux et, un air quelque peu sadique aux lèves, elle frotta les deux bouts de métal l’un contre l’autre, puis les lui apposa sur le torse. Appuyant sur le bouton « on », l’appareil se mit en marche et le courant circula librement dans le corps de la désormais pauvre victime. Elle songea à part elle que s'il ne survivait pas, au pire, elle le servirait au souper du soir. Comme ça, pas de perte. Qu’est-ce qu’il disait, l’autre ? Rien ne se perd, rien ne se créée, tout se transforme, c’est ça ?

Se rasseyant à l’écart, elle attendit qu’il reprenne ses esprits, puis, redevenant la Hui Ying de toujours, elle tenta un timide « ça va ? », et lui désigna le télescope qui était revenu sous son nez, tel un yoyo.

« Tenez, voici ce que vous cherchiez, je crois… »
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MessageSujet: Re: A la recherche du temps perdu.[Libre]   Ven 18 Fév - 22:53

Faudrait se lever non ?
C’est que…j’ai peur du noir vois-tu… Aucune lumière, pas de couleur, pas de petit scintillement. On ne voit strictement rien là dedans. Non sans rire, lève-toi. Il fait tellement noir que j’arrive plus à compter les étoiles. Même les larmes ne brillent plus sous la pâleur de la Lune.
Tu peux bouger ?
J’sais pas…essaye pour voir.
Aller fait un effort, j’ai pas toute la journée. Tu m’empêches de voir les étoiles ! Et avec ce que tu t’es pris…t’as du en voir ! Veinard va !
Bon assez déconner… essaye de bouger…


Bon je suis peut-être aller trop vite. Recommence, essaye encore. Va doucement, prend ton temps. Essaye la jambe droite…ok…maintenant remue l’orteil gauche… ok. Bouge les mains, la tête…
C’est mieux. Beaucoup mieux.
Tu t’es mis dans une belle panade je dois l’admettre. Toujours dans les bons coups hein ? Remarque c’pas en sauvant la demoiselle que t’espérais gagner ses faveurs non ? Rien qu’ta tronche est un bon élément dissuasif… sans vouloir te vexer.
Enfin…c’est l’intention qui compte. J’espère pour toi en tout cas. C’est à devenir fou ici. C’est plus petit que ça en à l’air enfin ça reste confortable…
Bon tu bouges ? Lève-toi maintenant !
T’as laissé la demoiselle toute seule ! Ah j’ai pas dit que t’avais tes chances mais c’est malpoli de faire attendre une dame.

Aller ! Lève-toi !

Balthymor ouvrit soudainement les yeux. Un boulet de canon s’enfonça dans sa poitrine. Il laissa échapper un petit cri étouffé et se redressa, prêt à faire face au danger. Il ne trouva que Huy Jing et son télescope. Soulagé il poussa un énorme soupir et retomba lourdement sur le sol, épuisé.

« Ça va ? »

Balthymor toussa pour masquer un petit rire. La blague… il se remettait à peine de la décharge électrique. Mais il lui adressa un sourire.

« Tenez, voici ce que vous cherchiez, je crois… »

Il attrapa vivement le télescope. Ses yeux brillaient, enthousiastes. Il ria, de bon cœur, puis avec un grand sourire il saisit Huy Jing par les épaules et commença à la secouer joyeusement.

« La voilà ! La clef ! Grâce à ça je vais trouver une sortie à cet enfer ! On va pouvoir partir ! »

Il prit Huy Jing par les poignets et commença à danser avec elle. Tournant lentement, comme à un bal, tel la valse de la victoire. Puis soudain il la regarda dans les yeux et se mit à rougir. Ce n’était pas correct…pas du tout. Il devait l’écœurer à coup sûr… Il la lâcha et s’inclina brusquement, rouge de honte.
« Excusez moi…je n’ai pas…enfin…n’y voyez aucunes avances de ma part ! »

Il se ressaisit et tenant le télescope d’une main, il le leva en l’air.

« Ceci, va me permettre de faire une carte du ciel précise de cette endroit ! En étudiant la position des étoiles dans le ciel, je pourrais déterminer où nous sommes… Et sortir d’ici ! »

Il leva les mains au ciel. Il projetait de faire une carte, grâce aux astres, pour repérer où ils avaient tous atterris.

Ses yeux étincelaient et débordaient d’espoir. Il s’inclina devant Huy Jing et lui déclara :

« Je t’en prie ! Il faut que tu m’aides ! Veux-tu t’échapper de cet enfer ? Aides moi à sortir d’ici et j’aurai une dette envers toi ! »

Il se releva, priant pour que l’alchimiste devienne une alliée de poids dans cette entreprise héroïque mais vouée à l’échec. Une grande aventure allait commencer. Une course effrénée vers la liberté. Vaincre la nef, tel était le rêve de Balthymor. Le rêve fou d’un savant tout aussi dément et déjanté. Il ne savait pas que nul ne pouvait vaincre la nef. Et voilà qu’il voulait entrainer cette pauvre Huy Jing avec lui.

Le défi était lancé, Balthymor n’aurait de cesse de combattre la nef.

C’est pendant cette déclaration émouvante que le grand savant tourna la tête. Il sursauta à la vue de l’immense montagne d’objets qui bloquait la porte. Un gigantesque tas d’immondices se trouvait devant la seule issue et les ambitions de Balthymor, aussi insouciantes soient-elles, étaient impuissantes devant ce large problème.
Il commença à soulever furieusement tous les objets à set à dégager le passage. Sans se soucier de Huy Jing. Il trouva une longue canne au corps d’ébène et au pommeau argenté. Il la fit fendre l’air. Tourner autour de sa tête.
C’est pendant cette petite séance de ballerine qu’il se souvint de Huy Jing.

Il s’avança.

« Nous devons sortir d’ici tout d’abord…Mais j’ai besoin d’une réponse. Veux-tu sortir de cette nef ? Veux-tu prendre part à mon combat ? »

Il lui tendit la main, légèrement tournée vers le haut.
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