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 La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}

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Ryû Haru
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MessageSujet: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Dim 26 Sep - 18:52

    Errant dans les couloirs et pièces de la Nef, j'étais plongé dans une lassitude interminable. Je n'avais rien envie de faire, je décidais alors de retourner dans ma cabine. Arrivant dans cette section du bateau baptisé " les cabines des naufragés ", je comptais les pas qui me conduisaient jusqu'à la cabine 008. Saisissant la clé qui se trouvait toujours dans ma poche, j'ouvrais la porte et la refermais aussitôt.

    Une chambre rien que pour moi ... Quel luxe ... En tant que japonais, j'avais eu la chance de vivre dans une grande maison. Mon premier petit appartement était ridicule comparé à l'appartement que j'avais eu avec Catherine. Arrivé en France, le prix du mètre carré était si peu cher comparé à Tokyo ou à Kyoto que je m'étais jeté sur un quatre vingt quinze mètres carré au cœur de la capitale. C'était mon refuge où chaque objet était à sa place et chaque pièce baignée d'une odeur bien distincte.

    A travers son souvenir, je mettais arranger pour réhausser le niveau de mon modeste logis de dix mètres carré en apportant quelques modifications. Bien évidement, je n'avais pas demander à changer la teinte des murs, elle m'était complètement indifférente face à ma cécité. Un aveugle ne voyait pas son environnement, il le respirait et l'écoutait.

    Dans l'aspect purement physique, ma chambre était plutôt carrée. J'avais redisposé à ma convenance les meubles de la pièce, en collant dans l'angle mon lit et juste à sa gauche une table de chevet. Plus loin au fond du mur, j'avais repositionné la commode juste à gauche de mon lavabo qui était fixé au second angle de ma cabine. Enfin, mon bureau et ma chaise avaient trouvé leur place contre le mur en face de mon lit.

    Quand le plus gros travail avait été fini, j'étais descendu à la cale du vaisseau pour trouver des tonnes d'objets que j'appréciais ou dont j'avais besoin. Ainsi, je m'étais trouvé de nouveaux vêtements et même un kimono, des affaires de toilette, un échiquier et un véritable petit trésor. Ce trésor, comme je l'appelais, était une ancienne platine vinyle que j'avais soigneusement posé sur mon bureau. En écoutant au hasard quelques vinyles, Mozart Bach Beethoven ou Chopin vinrent constituer une collection de leurs douces et puissantes compositions.

    Quand j'eus fini, je me demandais ce qui manquait, et l'idée vint toute seule à moi. Après quelques temps, j'avais enfin trouvé des fleurs pour exposer le doux parfum d'un vase rempli de fleurs de cerisier sur ma table de chevet, et un autre avec un bouquet de jasmin sur mon bureau. La seule chose que je n'avais pas touché finalement était ce tableau accroché au mur qui m'était complètement inconnu, mais j'avais décidé de le conserver tout de même.

    Je m'approchais de la platine, et je me mis la Polonaise de Chopin en m'allongeant tranquillement sur mon lit l'air pensif et cherchant désespérément ce que je pourrais bien faire pour m'occuper l'esprit. Quand l'arrivée d'un inconnu vint me sortir de l'ennui quand je l'entendis toquer à ma porte. Je pris un instant pour me relever et pour lui ouvrir la porte. La douce Polonaise résonnait délicatement dans ma loge, et je savourai toujours les notes malgré celui ou celle qui se tenait derrière la porte. Quand j'empoignai la clenche pour me présenter face à mon visiteur, je fus agréablement surpris de cette personne face à ma porte. Intrigué, je lui demandai la raison de sa venue.

    - “ Oui, c'est pourquoi ? “
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Hui Ying

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MessageSujet: Re: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Lun 25 Oct - 0:48

Hui Ying s’était une fois de plus faite avoir par l’autre abruti. Il ne lui donnait même plus le temps de souffler. La seule satisfaction qui lui restait donc, c’était le fait qu’à force de manger autant, et ce même s’il était un mâle et qu’il devait se nourrir en conséquence, il deviendrait obèse. La graisse lui formerait un double menton, ses doigts se boudineraient et il se traînerait tel un porc dégoulinant de sueur de son lit aux toilettes et des toilettes à son lit, jouant inlassablement à « Final Fantasy VII » ou à « Pokémon Saphir ». Pendant que son niveau s’élèverait de plus en plus, son IMC croitrait en flèche, à la mesure de ses efforts virtuels. Vengeance. Son cerveau se liquéfierait peu à peu, ne formant bientôt plus qu’une masse informe complètement vide de neurones ou relié à des fibres tellement amyélinisées que le message nerveux met trois bons jours avant d’atteindre ces fameuses petites cellules grises. Double vengeance. Yes. Elle serra les poings. Meurs, suppôt de Satan. Ce qui est totalement absurde, c’est qu’elle le servait dans tous ses caprices culinaires sans songer, à AUCUN instant qu’elle pouvait toujours glisser de l’arsenic dans sa nourriture. Pourquoi de l’arsenic ? Mais pour la classe voyons. C’est toujours mieux qu’une épingle. Et puis, c’était pas Mithridate le bonhomme. Oh, mais attends un peu. Elle aurait très bien pu y mettre un bon laxatif. Dans son plat préféré, tiens. Il n’y verrait que du feu. Et puis comme ça elle aurait la paix durant au moins quelques jours voire une bonne semaine si elle forçait la dose. Et puis après, il aurait du mal à se remettre tout de suite alors il lui faudrait encore une autre semaine avant qu’il put ingérer quoi que ce soit d’autre que du riz complet. Mais, c’est peut-être tout de même un peu cruel. Oh, une bonne diarrhée n’a jamais tué personne… enfin pas depuis le Moyen-âge. En plus, il était Japonais. Enfin, passons.

Elle se trouvait donc dans les couloirs à la recherche de l’antre de son bourreau. Etait-il victime du syndrome de Stockholm ? Pas le moins du monde. Elle se serait bien gardée de le rencontrer en toute autre occasion, mais il lui avait expressément ordonné de lui faire des takoyakis sans quoi il ne la lâcherait plus d’une semelle jusqu’à ce qu’elle cède. Il faut lui reconnaître qu’il ne mentait jamais. Résignée, elle avait remonté ses manches et s’était attelée à son travail désormais quotidien, bonne à tout faire. Il ne lui manquait plus que le petit tablier pour couronner le tout. Elle revenait deux siècles en arrière quand les femmes n’avaient pas encore signifié leur désaccord vis-à-vis de l’attitude outrancière de ces chers messieurs. Elle tenait donc un plateau sur lequel trônaient dans un plat ces bouchées au poulpe parsemées de copeaux de bonite séchée, de ciboulettes et de sauce teriyaki. Sur le côté, un pic en bois.

Arrivée au but, ultime dilemme. Elle déglutit péniblement. C’est à peine si la sueur ne perlait sur son front. Que faire ? Nulle erreur n’est possible. Mais dans quoi est-ce que je me suis encore aventurée ? Devant elle, un problème de taille : trois portes. Bien alignées, en bois, mais tout de même trois portes. Elle n’allait jamais trop du côté des autres chambres et se contentait d éviter les autres du mieux qu’elle pouvait, surtout le nippon postpubère. Elle se trouvait à un point tournant dans son existence, elle en prenait conscience. Ici, trois possibilités de destinée différentes. Que faire ? C’était dans ses moments-là qu’elle se rendait compte que les dieux n’existaient pas ou alors qu’ils faisaient la sourde oreille face à ses récriminations. Elle avait envie de lever le poing en l’air pour les menacer, mais le plateau l’empêchait de bouger ne serait-ce que le petit doigt et elle ne voulait pas voir ce pour quoi elle avait tant peiné tomber à même le sol et rejoindre le paradis des déchets. Sainte Poubelle, priez pour nous. Si les dieux l’observaient, ils devaient bien se marrer. Ouais c’est ça riez. Rira bien qui rira le dernier. Dieu vous regarde. Je ferai ici remarquer au lecteur attentif que Hui Ying perdit toute crédibilité en proférant de telles choses car s’emmêlant dans toutes ces histoires d’êtres supérieurs à la vie éternelle… mais attendez, je crois apercevoir une question existentielle se profiler à l’horizon… si les naufragés de la Nef vivent éternellement, pourquoi ne pourrait-on pas penser qu’ils sont des dieux eux aussi ? Le cri de Munch. On ne nous dit pas tout. De même, ceci entraîne cela : au fond, qu’est-ce qu’un dieu ? Mais laissons là ces considérations qui nous dépassent et occupons-nous plutôt de cette pauvre fille sans cervelle.

Elle regarda à droite, puis à gauche. Personne. Elle tendit l’oreille. Rien que le silence. Ah mais non, le silence n’existe pas, c’est vrai. Elle était donc seule face à son problème qu’elle devait en conséquence affronter seule comme une grande. Bon, qui ne tente rien n’a rien. Elle s’avança et frappa quelques coups secs à la porte de droite tout en surveillant bien ledit plateau. Quand la porte se fut ouverte, elle ferma les yeux et en se courbant un peu, elle commença à réciter ce que Kurogane avait exigé qu’elle lui dise à chaque fois, en gamin capricieux qu’il était.

« Voilà votre commande Kurogane-sama. Je m’excuse de vous avoir fait tant attendre.»
Silence. Elle releva la tête. Ah mince, c’était Ryû. Enfin, il semblait que c’était bien l’aveugle dont Kurogane lui avait parlé. Elle se mordit la lèvre inférieure. Que faire ? Qu’allait-il penser d’elle ? Mais s’il était bien aveugle, il ne remarquerait pas sa fuite et refermerait la porte sans autre forme de procès, accusant un courant d’air ou un craquement du navire. Non, ce n’était pas très correct de planter les gens comme ça. C’était tout du moins contraire à ses principes. Elle esquissa un sourire crispé.

« Je faisais des takoyakis tout à l’heure et Kurogane est entré dans la cuisine à ce moment-là. Comme ça avait l’air de lui plaire et que j’en avais préparé beaucoup trop, je lui ai proposé de lui en amener dans sa chambre quand ils seraient prêts. C’est pour ça que… enfin… voilà. Euh… on dirait qu’il n’est pas là. Je pense que je me suis trompée. C’est bête, hein ? »

Elle détourna les yeux, gênée. L’ennui, c’est que son véritable bourreau l’attendait à l’heure qu’il est et il devait sans doute pester après elle de ne pas la voir arriver. Et puis, elle passait pour quoi devant un autre membre de ce navire, je vous le demande. Une idiote, rien de plus. Dans le meilleure des cas une amante éconduite s’acharnant à obtenir les faveurs de son prince. Elle frémit à cette seule pensée. Plutôt mourir deux fois qu’une. Par ailleurs, ses précieux takoyakis refroidissaient et des takoyakis froids n’étaient pas ce qui se fait de mieux. Ils seront sûrement tout à fait froids quand je les lui amènerai si ça continue. Je n’avais vraiment pas besoin de ça. Elle eut soudain une idée lumineuse. Elle tendit les bras, en offrande. Décidément, elle n’avait peur de rien. Parler à un humain, c’était d’ordinaire très difficile pour son humble personne. Peut-être était-ce les effets bienfaisants résultants de son job d’esclave ?... non, totalement impossible. C’est juste qu’elle déteste le gaspillage. Elle se risqua donc.

« Euh, les takoyakis vont bientôt être froids si on ne fait rien. Est-ce que vous avez faim par hasard ? »
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Ryû Haru
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MessageSujet: Re: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Lun 25 Oct - 20:39

    J'ouvris la porte à une jeune fille de la Nef dont je reconnus le timbre de voix. De souvenir, il me semblait qu'elle s'appelait Hui, et j'avais eu très peu d'occasions de m'entretenir avec elle. Sa venue dans ma cabine me surprit, quelle en était la raison ? Généralement, les gens évitaient de m'approcher sans doute à de mon côté solitaire, ou peut-être du fait que j'étais aveugle. Toujours est-il, que malgré le fait que certaines personnes ne m'adressaient guère la parole, elle, en revanche, se tenait là.

    Ses premières paroles me troublèrent, je l'avais senti gêner pour finalement comprendre. J'apprenais quand réalité elle recherchait Kurogane pour lui apporter un plateau de takoyakis. Il ne manquait décidément pas d'air ce gamin, se faire livrer sa nourriture dans sa chambre, depuis quand cela se faisait sur la Nef ? Et plus étonnant encore, pourquoi Hui obéissait à son exigence ?

    En tant qu'ancien yakuza, je pouvais concevoir que les habitudes à avoir des domestiques devaient être difficile à oublier, mais tout de même ... J'étais assez déçu de Kurogane, et peut-être encore plus pour la jeune fille qui n'avait vraiment rien à craindre dans notre environnement immortel et intemporel.

    Ou, en fait, je me trompais totalement. Ce service pouvait tout aussi bien venir de Hui, elle même, après tout. Si c'était le genre de femme à être passionné par la cuisine, on pouvait habillement s'imaginer que pour vaincre le temps interminable sur la Nef, Hui Ying décida de faire la cuisine pour des personnes dénuées de tout talent culinaire.

    Finalement mademoiselle Ying se retira après s'être excusée, mais elle ne tarda pas à rebrousser chemin pour revenir me présenter sous mon nez l'odeur des délicieuses brochettes. Les takoyakis, même sans avoir faim, il fallait avouer que son plat sentait rudement bon, mais je percevais aussi autre chose, comme un mauvais arrière goût. Sans que je m'y attends, la jeune femme me proposa le repas de Kurogane. Hui me prétexta que le plat allait bientôt être froid, et je sentais dans le ton de sa voix qu'il valait mieux que quelqu'un apprécie son repas chaud que de le perdre bêtement en le laissant refroidir.

    L'idée était alléchante, je devais le reconnaître. Cependant, je ne pus accepter son présent. Premièrement, à cause de cette senteur inconnue qui baignait parmi l'odeur délicieuse des takoyakis, et deuxièmement parce qu'il aurait été facile de se mettre à dos Kurogane juste pour lui avoir "volé" son plateau repas. Commençant à connaître le loustique, je prévoyais ce scénario. Et puis, je n'avais pas faim. Néanmoins, l'attention de Hui envers moi fût appréciée grandement. Alors ...

    - " C'est très gentil à vous, mademoiselle Ying. Vous vous appelez bien Hui Ying ? Mais si ce délicieux plateau était pour Kurogane, je préfère ne pas y toucher. Cependant, une chose me turlupine mademoiselle. Pourquoi vous lui faites la cuisine au juste ? Il vous l'a ordonné, ou proposez-vous vos services aux résidents de la Nef ? "

    Je posais cette question à Hui par curiosité, en oubliant presque les partitions de Chopin qui se propageaient maintenant dans le couloir. J'hésitais un court moment à stopper la lecture du vinyle, et puis non. Non, j'avais décidé que Chopin resterait avec moi, j'aimais bien les fonds musicaux.

    Néanmoins, j'espérais que mon refus ne froisserait pas la jeune femme pour cette délicate attention légèrement détournée.
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Hui Ying

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MessageSujet: Re: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Ven 5 Nov - 1:47

Qu’est-ce que je vais devenir ? A ce moment-là, Hui Ying devait faire encore plus peur que le cri de Munch. Une seule pensée l’obsédait. Oui, une seule. Aucune place pour le démon de ses cauchemars. Qu’allait-elle faire de ces takoyakis ? Ils allaient bientôt devenir complètement tièdes si elle ne faisait rien. Que faire Kami-sama ? Les petites boules de pâte fourrées au poulpe la regardaient de leurs grands yeux embués. Tendant leurs petits bras vers elle, ils l’appelaient inlassablement. Hui Ying… Hui Ying… Ne nous abandonne pas… Hui Ying… Hui Ying… et le développement durable, y as-tu pensé ? Surprise, Hui Ying ouvrit légèrement les lèvres. Ah non, elle n’y avait pas songé un seul instant. Mince. Que faire ? Tu sais ce que tu dois faire Hui Ying… écoute ton cœur… Chuchotèrent les petites boulettes en chœur. Elle réfléchit un instant. La réponse était dans son cœur… On aurait dit un mauvais adage. Quelque chose de réchauffé et de pas très digeste. Mais où l’avait-elle entendu ? Ah oui, un film je crois. C’était quoi déjà ? L’histoire sans fin ? Le début de l’histoire ? La chute de la nouvelle ? Perdue quelques instants dans ses pensées, elle revint soudain à elle-même, oubliant presque ce à quoi elle venait de songer. Et oui, c’est ce qu’on appelle la scission du conscient et de l’inconscient qui caractérise les crises hystériques. Bref, elle réfléchit vraiment au problème. Elle n’avait pas très faim. Du reste, la saveur allait bientôt s’envoler au loin pour ne jamais revenir. Comme c’est beau. Elle avait deux solutions ; soit elle conservait les boulettes dans une feuille de cellophane et celles-ci deviendraient spongieuses à cause de la sauce, soit elle les jetait à la poubelle et c’était du gâchis. Remarque, jamais Kurogane n’accepterait d’ingérer des takoyakis réchauffés au micro-onde. Elle n’avait même pas à lui poser la question, c’était inévitable venant de la part de ce gamin capricieux. Evident, quoi. Elle le voyait déjà lui souriant de toutes ses dents, clignant des yeux d’un air candide de petit enfant et tenant entre ses mains un martinet, prêt à sévir. Elle frémit à la seule pensée du monstre. Non, elle n’était pas maso au point de commettre cette bévue. Finalement, elle trouva la solution toute seule : elle les jetterait même si cela lui coûtait. Pas grave, elle n’avait qu’à se dire que le phénix renaît toujours de ses cendres. Et puis, pas question de développement durable sur la Nef. Ce n’était plus qu’un vieux souvenir, tout au plus un simulacre des emmerdes aux quelles on l’avait obligé de faire face. Au fond, qu’est-ce que ça pouvait bien leur faire à tous qu’elle fasse le tri ou non dans ses ordures ? J’vous en pose des questions, moi ? Satisfaite de la décision finale qu’elle venait de prendre, Hui Ying arbora un paisible sourire. Fini les soucis. Là, Ryû sembla profiter de cette éclaircie et se mit à lui parler.

"C'est très gentil à vous, mademoiselle Ying. Vous vous appelez bien Hui Ying ? Mais si ce délicieux plateau était pour Kurogane, je préfère ne pas y toucher. Cependant, une chose me turlupine mademoiselle. Pourquoi vous lui faites la cuisine au juste ? Il vous l'a ordonné, ou proposez-vous vos services aux résidents de la Nef ?"

Etonnée qu’on s’intéresse à elle pour autre chose que l’esclavagisme, Hui Ying n’osa pas bouger, puis, faisant un effort sur elle-même, elle répondit à son interlocuteur.

« Oui, c’est bien Hui Ying. Oh, pour le plateau, vous savez, ce n’est pas grave. Ce ne sont que des takoyakis, alors comme je n’ai pas très faim, je vais soit les jeter soit les donner au chef-cuisiner. Il faut bien que je le remercie pour me prêter toujours les locaux et ses instruments de cuisine. J’en referai une autre fois. Je dirai simplement à Kurogane que je n’ai pas réussi à faire des takoyakis pour cette fois, et puis voilà. Pour ce qui est de répondre à votre question… euh… comment dire… »

Elle chercha ses mots, elle voulait être la plus précise possible.

« Disons que je n’ai pas le choix. Soit je refuse et il viendra me harceler jusqu’à ce que je cède et soit j’accepte et on en parle plus. Oui, voilà. C’est aussi simple que cela. Enfin, ce n’est pas que je lui sois soumise ou quoi que ce soit d’autre, mais je n’ai tout simplement pas envie de contrer ses caprices. Vous me suivez ? C’est un peu comme l’instinct de conservation. »

Elle cligna des yeux, songeant à part elle que ce n’était pas si mal comme compte-rendu. Le silence se fit. Elle n’était pas franchement à l’aise désormais… peut-être qu’il la prenait pour une masochiste ou pour une fille sans cervelle ? Allez savoir. Néanmoins, le silence lui fit remarquer un très beau morceau de piano. Agréablement surprise, elle posa son plateau à côté de la porte, bien calé contre le mur, et poussa légèrement Ryû pour entrer dans la chambre.

« Excusez-moi, vous permettez ? »

Ne prenant pas gare des convenances, elle s’approcha de l’origine de cette si belle mélodie. Il faut dire qu’elle n’en avait pas beaucoup vu, de lecteur de vinyles, de son vivant. Bel appareil. Elle s’émerveillait comme une enfant devant une vitrine de jouets. C’était nouveau et étrange pour elle cette machine qui délivrait un son si harmonieux alors qu’aucun musicien ne se trouvait actuellement dans la pièce. Enfin, elle eut un doute. Peut-être était-ce une farce et quelque troubadour se cachait dans un coin de l’antre. Elle fronça les sourcils et scruta la pièce. Rien, absolument rien. Elle se pencha derrière la machine, puis sous la table. Rien, absolument rien. Seul le disque noir tournait en boucle. Elle n’était vraiment pas habituée à la chose. Emerveillée, elle fixa le disque noir tourner pendant un court instant, puis, réalisant que Ryû la dévisageait, elle se retourna vivement.

« Ah, euh, pardon pour mon intrusion, je ne voulais pas gêner… C’est beau dis donc. Vous avez du goût. Vous jouez d’un instrument peut-être ? »

Maintenant, elle ne savait plus trop quoi faire. Elle était entrée sans réfléchir, irrésistiblement attirée par la mélopée comme un chien par un os. Elle se passa une de ses mèches de cheveux de devant derrière l’oreille et plongea péniblement son regard dans celui de son interlocuteur. Que pensait-il à l’instant ? La méprisait-il ? Elle chercha un indice qui put trahir ses pensées, mais ses yeux ne reflétaient absolument aucune émotion du fait de sa cécité. Au fond, peut-être n’avait-elle pas à s’en faire autant car, puisqu’il était aveugle, il n’avait sans doute pas pu remarquer tout son manège. Enfin, peu importe.


Désolée, je ne serai pas aussi longue lors des prochains rps. En tout cas, voilà ma réponse en retard. x)
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Ryû Haru
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MessageSujet: Re: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Ven 12 Nov - 2:17

    Mon refus de manger les délicieux takoyaki qu'elle avait préparé pour Kurogane avait perturbé mon invité surprise. La jeune femme ne semblait plus savoir ce qu'elle devait faire de ce plat qu'elle tenait entre ses mains. En restant ainsi planter dedans moi, je commençais à croire que Hui était une femme bien étrange, voire bizarre. Mais cette idée s'effaça rapidement de mon esprit, car mon instinct me disait que ce n'était pas le cas. Il y avait toujours une raison pour qu'une personne réagisse d'une façon au lieu d'une autre.

    Puis, Hui parût surprise que je connaisse son nom et prénom. Et quand, elle confirma qu'il s'agissait bien d'elle, elle m'apprit des choses intéressantes entre elle et Kurogane. Ainsi donc, monsieur avait trouvé le moyen de se faire servir des plats faits maison à domicile. La jeune femme tenait un discours bourré de contre-sens, elle n'avait pas le choix de servir Kurogane, mais elle n'avait pas envie de contrer ses caprices. Elle n'était pas soumise à lui, mais avouait qu'elle n'avait pas le choix.

    Sale petit yakuza me disais-je. Il avait été malin pour manipuler de manière plus ou moins habile cette chère cuisinière. Une chose était certaine, j'allais avoir une petite conversation avec Kurogane sur ce sujet.

    - « Vous ne devriez pas céder à ses caprices, mademoiselle. Vous êtes sur la Nef, il ne peut rien contre vous de toute manière, et vous ne croyez pas que ce serait amusant pour vous de tenir tête à un yakuza qui n'a aucune autorité ici ? »

    Mais j'avais à peine évoquer cette possibilité, que la jeune fille se rua à l'intérieur de ma cabine. Je me retrouvais avec le plat de takoyaki dans les mains, pendant que la demoiselle restait devant ma platine à vinyles. Appréciait-elle Chopin à ce point ? Peut-être, ça nous aurait fait au moins un point en commun. Mais elle redevint très vite agitée comme si elle cherchait quelque chose. Je trouvais son attitude un peu déplacée, mais je décidai de rester poli.

    - « Vous cherchez quelque chose ? »

    Hui ne me répondit pas. Bon, bah ma foi, en attendant qu'elle trouve ce qu'elle cherche, je cédais à l'odeur des takoyaki presque tièdes. Je pris la brochette et fit glisser la première boulette de viande dans ma bouche. Bellissimo, comme aurait dit un italien. Une pure merveille, il était juste un peu tiède, mais cela était négligeable. Je comprenais mieux pourquoi Kurogane avait mobilisé les services de mademoiselle Ying.

    Quand j'eus fini la brochette, Hui revint un peu à elle et au sens des convenances.

    - « Ah, euh, pardon pour mon intrusion, je ne voulais pas gêner… C’est beau dis donc. Vous avez du goût. Vous jouez d’un instrument peut-être ? »
    - « Non, je n'ai jamais été à l'aise avec un instrument. J'ai essayé de jouer à la guitare, sans succès. Pour ce qui est de la décoration, je ne saurais vous dire si elle me convient puisque je suis aveugle. Mais à vous entendre, elle serait plutôt belle. Me feriez-vous l'honneur de me décrire les couleurs de ma chambre, et surtout le tableau que j'ai choisi de laisser ? »


    Lui demandais-je gentiment pour qu'elle s'excuse de son entrée un peu controversée. Certes, je lui avais ouvert la porte, mais je ne l'avais en aucun cas invité à rentrer dans ma chambre. Heureusement pour elle, elle était bonne cuisinière, Hui pouvait remercier ses takoyaki. Cela avait calmé le peu de colère que j'avais pour elle à cet instant. Je refermais finalement la porte, posais le plateau repas sur mon bureau. J'attendais alors la description de mon tableau toujours accompagné de Chopin.
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Hui Ying

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MessageSujet: Re: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Dim 21 Nov - 23:51

Pourquoi monsieur Ryû me parle-t-il de la décoration de sa chambre ? Je lui ai juste fait la remarque qu’il était un fin mélomane… Sa chambre, hein ? Hui Ying scruta la pièce du regard. Elle ne s’était intéressée à rien d’autre qu’à la musique jusqu'à présent et même si son regard avait glissé sur les murs à la recherche de la provenance de la mélopée, on peut dire qu’elle découvrit véritablement les lieux. Plutôt sobre, mais chaleureux. Assise sur ses genoux, Hui Ying se sentait bien et soupira de contentement. Ici au moins, elle avait l’impression, aussi illusoire fut-elle, d’être à l’abri de l’autre grand dadais. Ce géant-ci -qui devait probablement dépasser Kurogane- était doux et apparemment sensible à voir ce qu’il écoutait. Ses yeux limpides étaient profonds, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ne dégageaient aucune force. Néanmoins, elle ne pouvait s’empêcher de songer aux yeux des poissons que l’on fait frire ou griller, selon les goûts… Je me demande quel goût ça peut avoir des yeux d’humains… Elle se serait presque oubliée dans la contemplation de ces yeux insolites si la question de son interlocuteur… ou plutôt « interauditeur » ne l’avait rappelée à l’ordre.

« Cette chambre est plutôt dans les couleurs sables. Rien n’agresse le regard, mais le rose des fleurs de cerisier et le blanc cassé de votre bouquet de jasmin renforce cette impression de sérénité. C’est une chambre qui donnerait presque envie de déguster un Lapsang Souchong bien brûlant. »

Hui Ying sourit. La chambre lui rappelait son vieux maître qui se complaisait toujours à raconter de vieilles histoires de sa jeunesse. Elles avaient le don d’endormir Hui Ying. Combien d’après-midi avait-elle dû passer en écoutant toutes ces histoires maniées, remaniées, et re-remaniées. On ne savait même plus ce qui s’était vraiment passé. Pendant bien des années la simple évocation du fameux breuvage l’avait totalement écœurée. Lui qui lui répétait toujours que le thé était la fierté de son pays. Oui, peut-être, mais en attendant, pourriez-vous arrêter de me resservir… Je ne vais bientôt plus pouvoir tenir si ça continue. Oh, et ma soupe qui est sur le feu.

Lentement, ses yeux se posèrent sur le tableau dont le maître des lieux voulait qu’elle lui conte l’aspect. Clignant plusieurs fois des yeux, elle réalisa soudain ce qu’elle avait en face des yeux, et manqua de s’étouffer sous le coup de l’émotion. Les yeux écarquillés, elle réprima sa gêne en un rictus. Le rouge lui monta aux joues. Elle ne savait plus où se mettre. Cependant, elle était quelque peu soulagée qu’il soit aveugle parce qu’au moins, il ne pouvait pas voir sa réaction. Ironique, n’est-ce pas ?

« Euhm… C’est un très beau tableau que vous avez là… C’est vous qui l’avez choisi ou c'est un cadeau ? »

Elle ne put s’empêcher de lui demander cela. C’est-à-dire qu’elle ne se serait jamais attendue à voir pareille scène dans une chambre si « tranquille ». Comment cela se faisait-il qu’il puisse passer son quotidien à écouter de la musique, ou que sais-je, méditer, tandis qu’il côtoyait une telle… insanité ? Oui, c’est le mot, n’est-ce pas ? On ne pouvait appeler autrement la chose… Mais comment est-ce qu’on a bien pu en arriver là pour que je doive ainsi décrire cette... peinture ? Je n’ai vraiment pas de chance…

Deux hypothèses se proposèrent à elle. Soit Kurogane avait déteint sur lui, de par sa cruauté et son libertinage, soit il était tout bonnement le dindon de la farce. Pauvre monsieur Ryû… Pour lui épargner une trop vive émotion, elle lui mentit donc. Elle ne voulait quand même pas qu’il s’enfuit en courant.

« Et bien c’est une très jolie scène champêtre… Toute la nature est verdoyante et luxuriante… Des poissons tentent de remonter la rivière pour aller ensemencer les eaux troubles et permettre la pérennisation de l’espèce… Oh, ils sont fauchés au vol par trois ours de taille décroissante… Deux jeunes filles lavent leur linge. Elles rient à gorge déployée et continuent leur ouvrage… »

Que dire ? Continuer de mentir ?... Cela vaut peut-être mieux…

« Un loup s’approche de leur récent larcin -un petit pot de beurre et des galettes qu’elles ont vilement dérobés à une vieille sans défense, mais un policier guette à l’orée du bois… »

Ne sachant plus trop quoi inventer, Hui Ying s’interrompit et son regard glissa vers monsieur Ryû.

« Voilà, c’est à peu près tout… »

Un silence s’installa. Gênée, elle se gratta la tête, puis se passa la main sur son genou. Et que dire désormais ? Le pianiste continuait toujours sa folle course. Il lui sembla que les vibrations sortant du ventre de cet instrument traversaient son corps tout entier, comme s’il se fut agi d’une simple éponge. Et s’il fait la moindre fausse note, qu’adviendra-t-il de moi ? Me briserai-je à mon tour ? Elle posa une main à la place de son cœur et s’imagina ce que ça ferait si les pulsations prenaient fin. Résultat pas très brillant… Peut-être manquait-elle d’imagination après tout. Accablée par son ignorance, effarée devant la montagne de ses tares qui s’élevait face à elle, elle redoubla d’efforts pour se persuader du contraire. Elle n’avait quand même pas vécu durant tant d’années pour ne pas être capable d’une chose si futile. Elle se concentra donc et pensa fort, très fort à ce que cela pouvait faire…

Elle ferma les yeux, appuya plus fort sur sa poitrine et souffla profondément. Elle retint d’un coup sa respiration. Une minute, deux minutes. Elle sentait monter en elle une intense froideur et ses oreilles commencèrent à bourdonner. Elle tint bon. Je vaincrai, je saurai. Dans le gouffre insondable de sa bêtise, elle se cramponnait à ce mirage, que dire, cette vaine entreprise, et "imaginer" était devenu une idée fixe pour elle. Au bout d’un temps, elle crut atteindre le nirvana... Non, elle ne se trouvait plus dans cette pièce si étroite pour son cerveau fécond. Non, elle n’était pas même sur la nef. Elle était ailleurs, planant dans le territoire aérien d’un quelconque pays… Oh, un oiseau. Bonjour l’oiseau. Comment te portes-tu en cette saison ? Tu ne sais pas parler ? Oh, ce n’est pas grave, je vais voir plus loin. Tiens, mais qui est ce vieil homme barbu qui se tient devant un grand portail ? Et pourquoi donc vois-je un champ derrière ? Tiens, c’est drôle, mais sont-ce des livres qui remplacent les fleurs ? C’est une bonne idée, du reste... Bonjour monsieur, serait-il possible de jeter un coup d’œil… « Désolé, mais ce n’est pas votre heure. Vos amis viennent d’utiliser un point de destin pour vous sauver. » Quid ?

Elle rouvrit les yeux, hagarde. Reprenant ses esprits, elle se rappela de ce qui s’était passé… ah, c’était peut-être ça la mort… Mince, j’aurais aimé aller voir ce qui s’y passait dans ce magnifique champ… Quelle belle idée quand même… J'aimerais y retourner.

Son regard se posa soudain sur monsieur Ryû. Fait étrange, il lui rappelait Kurogane. Peut-être étaient-ils frères ?

« Dites, ça n'a rien à voir, mais vous connaissez bien le méch… euh Kurogane-san ? »
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Ryû Haru
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MessageSujet: Re: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Lun 22 Nov - 17:31

    Quelle curieuse demoiselle était Hui Ying. J'entendais les paroles d'une enfant naïve et agitée pour ensuite entendre la voix sensible et analytique d'une femme. Les tons et couleurs de la chambre qu'elle me décrivit gentiment me plurent. Couleur sable … Cela me faisait rappeler les îles Ryukyu de mon enfance.

    Mais brutalement la conversation vira à l'absurde quand Hui commença à me décrire la toile qui se dressait dans ma cabine et dont je ne pouvais, bien entendu, pas contempler les traits. Je sentis la nervosité gagner mon invitée, et elle sema la confusion dans les paroles de Hui. Quelle était cette toile dont elle me faisait la description, certainement pas la mienne, j'en étais sûr. Elle me mentait. Et pourquoi donc cela ? Je supposais en cet instant que la toile était soit particulièrement hideuse, soit inappropriée dans ma cabine.

    Hui continuait de s'emballer et à broder une description imaginative aussi improbable qu'absurde. Je ne lui en tenais pas rigueur, mais je voulais en connaître la raison tout du moins.

    - « Pourquoi me mentez-vous, mademoiselle Ying ? Cette toile est-elle si laide que cela ? Je ferai peut-être mieux de m'en débarrasser. »

    Mais avait-elle seulement entendu mes paroles ? J'en doutais, je la sentais maintenant plonger dans ses pensées, et quand elle revint à moi, elle détourna la conversation sur un certain être dont j'avais décidé de m'occuper : Kurogane. Tiens, tiens … Il revient encore sur le tapis celui-là ? Après les takoyaki, sur quel sujet allions-nous étendre sur lui ?

    - « Dites, ça n'a rien à voir, mais vous connaissez bien le méch… euh Kurogane-san ? »
    - « A l'heure d'aujourd'hui, si je peux m'exprimer ainsi, je pense qu'il s'agit de la personne que je connais le mieux sur la Nef. Pourquoi ? »


    Et si j'avais tout simplement tout faux sur la ligne depuis le début ? Des takoyaki, nerveuse, et un nom qui revenait sans cesse : Kurogane. A se demander si Hui Ying n'avait pas des attirances particulièrement pour mon cher petit et tendre disciple. Bon d'accord, j'en rajoutais peut-être un peu, mais au fond c'était quelqu'un de bien. Mais bien sûr je devais être la seule personne de la Nef à penser cela de lui.

    En me concentrant un instant sur le thème noir et arrogant de la conversation, une idée presque absurde me traversait l'esprit. J'aurais tant aimé pouvoir lui faire, ça lui aurait fait une leçon. Mais non … Puis, et vu que Hui Ying ne répondait pas à mon « Pourquoi ? » Je décidais de répondre de manière plus complète à sa question.

    - « Vous vouliez dire « méchant » n'est-ce pas ? Ah, oui, c'est vrai ce n'est pas un tendre nounours je vous l'accorde. Disons qu'il a un passé qui justifie ce qu'il est aujourd'hui. J'espère sincèrement qu'il changera et dans le bon sens. Enfin … Il n'a pas que des défauts, c'est un bon kendoka par exemple. »

    Oui, un bon kendoka de 3ème Dan de Kendô, attention monsieur y tenait. Voilà maintenant que je faisais de l'humour dans mon propre esprit. Allais-je mieux ? Cela aurait été paradoxal de me sentir mieux ici que sur Terre. Je soupçonnais Hui Ying de réveiller en moi mon côté enfantin et espiègle par sa simple présence. Tous les jours comme cela, je ne me reconnaitrais pas moi même, mais cette fois comme aujourd'hui, c'était agréable.
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Hui Ying

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MessageSujet: Re: La Cabine OO8 - Sons et Parfums {Libre}   Sam 4 Déc - 12:45

Hui Ying se perdit dans les paroles de monsieur Ryû. Elle le regardait vaguement, songeant à part elle à quoi pouvait bien ressembler le Kurogane que ce dernier lui dépeignait. D’après ses dires, on aurait pu croire qu’il était le héros d’une tragédie grecque. Du genre que la vie n’avait pas gâté : un château au lieu de deux, un harem au lieu du pouvoir… Cette image du nanti entourée de nymphes lui correspondait bien en fait. Mais attention, ne pas oublier l’alcool et les effluves d’opium. Elle eut un sourire… Elle l’imaginait puissant, certes, mais quelque chose la chiffonnait. Kurogane, une victime ? Mmh… Non. Décidément non.

« A vous entendre, on dirait que tout lui est permis… Je ne crois pas qu’une telle attitude puisse ainsi se justifier. Au contraire, il n’y a que les lâches et les débonnaires pour prétexter un lourd passé afin d’éviter les situations contraignantes… »

Elle s’arrêta progressivement de parler, gênée. Elle s’était peut-être un peu trop échauffée à vouloir ainsi s’insurger contre un jugement qu’elle trouvait un peu trop hâtif compte tenu de tout ce que le grand brin lui faisait subir.

« … En tout cas, en ce qui me concerne, je ne pense pas que le passé permette d’excuser nos erreurs… Ce n’est que mon opinion bien sûr… Je peux me tromper… »

Et voilà qu’une fois de plus, le naturel revenait au galop. Vraiment agaçant, elle s’en rendait compte et se mordit le pouce en guise de punition. Du reste, monsieur Ryû ne remarquerait pas cela. Bah oui quoi, il ne voit pas. Un craquement se fit entendre. L’ongle avait dû lâcher. Les yeux à demi-clos, elle ne prêta même pas attention au sang qui coulait de son doigt. Elle ne pensait qu’à une chose : elle aurait dû se taire, point final. Elle rouvrit enfin la bouche et soupira de sa bêtise. Maintenant, elle devrait se justifier et donc parler à un être humain durant plus d’une minute, ou bien affronter l’insurmontable poids du silence. Pendant ce temps, son pouce en profita pour prendre ses jambes à son cou et rejoignit son pote l’index sur son genou. Dis donc, je crois qu’elle manque de viande en ce moment. Tu ne pourrais pas m’arranger ça ?

Elle regarda monsieur Ryû. A voir son air serein, il ne se doutait de rien. Elle rabaissa son regard, sans trop savoir quoi dire, et tomba des nues en apercevant une tâche écarlate teinter le tatami. Ah mince alors. Mais d’où ça sort ? C’est moi qui aie fait ça ? Son pouce fut appelé à la barre des témoins. Ah, d’accord… Munie de sa manche elle tenta d’effacer son méfait, mais il était apparemment trop tard pour revenir en arrière. Elle alla même jusqu’à imbiber le bout de sa manche de salive. Pas moyen. Elle eut soudain un éclair de génie. Mais… Il est aveugle ! Ca ne changerait donc pas grand-chose pour lui que ce soit propre ou sale puisqu’il ne pourrait le constater par lui-même. Et puis, s’il pouvait supporter de vivre à côté de ce « tableau », il pourrait bien s’accoutumer d’une petite tâche sans importance. Elle pourrait tout aussi bien revenir plus tard et faire semblant de voir la tâche pour la première fois, ajoutant que la personne qui avait osé imprégner le sol de son identité était une impudente. Oui voilà. Tout le monde la prenait pour une idiote et la calomniait en secret, mais elle, elle n’était pas dupe. Ils pensaient qu’elle était simplette, et bien ils allaient voir ce qu’ils allaient voir. Pour la peine, elle ne leur dirait même pas que ce sang lui revient de droit, le jour où celui-ci se changerait en or sous l’effet de la pierre tant convoitée. C’est qu’il y a des effets secondaires à cette foutue drogue. La dopamine s’emballe et entraîne de bien curieuses bizarreries… Elle les laisserait donc seuls, entre loups affamés, et retourneraient à ses chers amis de papier. Parenthèse refermée.

Elle se rappela brusquement d’un trait de Kurogane qui avait piqué son attention.

« Vous avez dit tantôt qu’il était un bon kendoka, je crois. J’en déduis donc que vous avez déjà combattu ensemble… A-t-il déjà perdu contre vous ? Je veux dire : l’avez-vous déjà corrigé ? J’imagine qu’il déteste perdre la face… »

Elle marqua un temps, hésitante. Comment se faisait-il que ce géant si doux et raffiné puisse se rabaisser à disputer la victoire avec un tel malfrat ? Quelque chose lui échappait ; elle avait beau se remémorer ses paroles et lancer de petits coups d’œil dans la direction du sabre trônant dans le coin de la pièce, elle ne parvenait décidément pas à s’imaginer un monsieur Ryû tout ruisselant de sueurs et l’air hargneux, rugir et fondre sur son ennemi, sabre en mains. Comme quoi tout était possible parmi les hommes… Et elle ? Etait-elle capable de charger sur l’ennemi ? Sans doute pas. Elle avait tendance à trop intellectualiser les choses et du coup, elle se bloquait totalement. Au fond, c’est peut-être ce Ryû-là qui avait raison. Elle, elle ne faisait que fuir une réalité qui n’adviendrait jamais. Un fantasme, rien de plus. Car rien n’arrive jamais comme on croit. Elle grinça presque des dents en pensant à cette formule stupidissime : « y a pas de hasard dans la vie ». Ca crée des illuminés. « C’est incroyable ce qui vient de m’arriver. Ca doit être mon ange gardien, c’est pas possible. C’est comme si la cabine m’appelait ; elle sonnait, sonnait… » Bienheureux est celui qui croit à de pareilles sornettes ; il se laisse vivoter à droite à gauche en espérant l’évènement tant attendu, si bien que ce désir n’aboutit à rien, retournant au néant des idées.

Qui a raison ? Elle releva la tête.

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